Les inégalités de salaire entre femmes et hommes stagnent : une fatalité ?

Les inégalités de salaire entre femmes et hommes stagnent : une fatalité ?

Société
DirectLCI
ÉGALITÉ - Un récent rapport de l'OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques) pointe la stagnation des inégalités de salaire entre femmes et hommes, dans de nombreux pays européens. Et depuis de nombreuses années, en dépit de mesures incitatives. La situation est-elle vouée à ne jamais s'améliorer ?

Le constat n'est pas nouveau. Dans un récent rapport dévoilé à l'occasion du Women's Forum, l'OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques) a rappelé l'existence de fortes disparités entre femmes et hommes, "sur les plans social, économique et politique" au sein des différents pays européens. 


Néanmoins, une observation a attiré notre attention : "La salariée médiane gagne près de 15% de moins que son homologue masculin, en moyenne, dans l'OCDE - un taux qui a à peine évolué depuis 2010" a ainsi expliqué la directrice de cabinet de l'organisation, Gabriela Ramos. Une réalité intéressante qui suscite de vraies questions : les inégalités, de salaire notamment, sont-elles immuables ? Les politiques publiques menées dans plusieurs Etats depuis quelques années vouées à l'échec ? 

De gros progrès dans les années 80

Pour y répondre, nous avons échangé avec Dominique Meurs, professeure à l'université Paris Ouest, économiste du travail et spécialiste de l'économie du genre. Elle va plus loin que le rapport de l'OCDE dans le constat d'une marche trop lente vers l'égalité. "Avant même 2010, les écarts de salaires avaient déjà commencé à stagner" note-t-elle. "Il y a eu d'énormes progrès dans les 80 puis 90, mais depuis... ça bouge très peu."


Et pour savoir comment inverser la tendance, encore faut-il comprendre le pourquoi de ce coup d'arrêt. Selon l'économiste, les facteurs de cette stagnation sont multiples. "D'abord, il faut rappeler que les inégalités de salaires entre femmes et hommes sont concentrées sur les managers" précise-t-elle. Non pas que les inégalités soient inexistantes au sein des autres échelons, mais elles s'illustrent alors davantage en terme de différence d'accès au temps complet ou à de bonnes conditions de travail. Parmi les cadres donc, "les femmes diplômées - et elles sont de plus en plus nombreuses - grimpent dans la hiérarchie. Mais pendant ce temps, leurs collègues masculins grimpent encore plus. Aux Etats-Unis, des chercheurs, Blau et Kahn, parlent du concept de 'nage à contre-courant' : en gros, c'est comme monter des escaliers dont les marches grandissent au fur et à mesure". 

Ajoutons à cela un "plafond de verre encore bien solide", une difficulté pour les femmes à "réclamer des augmentations de salaire dans une société où cette revendication, de leur part, est encore mal vue", ainsi qu'une conciliation vie professionnelle - vie privée toujours à la charge des femmes (voir nos articles sur le concept de la "charge mentale") et on obtient un salaire moyen, aujourd'hui encore, à la faveur des hommes, en France comme dans le reste de l'Europe.

En vidéo

VIDÉO - Charge mentale : et si l'État nous filait un coup de main ?

Mais rien n'est gravé dans le marbre, assure Dominique Meurs. Car des leviers d'action existent pour remplir ce fossé. Les trouve-t-on à la maison, dans une meilleure répartition des tâches envers les enfants et les parents âgés à charge ? Ou au sein même de l'entreprise ? Partout, en réalité, où l'éducation peut jouer son rôle. 


L'économiste poursuit : "En France, il faut que les politiques publiques contribuent à changer les mentalités. Et cela passe par une éducation des enfants en ce sens, des interventions précoces - et par ailleurs - peu coûteuses afin, notamment, d'aider les filles dans leur choix d'orientation secondaire." Elles sont, par exemple, toujours une minorité en sciences aujourd'hui. 

Sur le même sujet

Plus d'articles

Lire et commenter