Des lycéennes se mobilisent contre le harcèlement sexuel : "Nous non plus, nous ne nous laisserons plus faire"

Des lycéennes se mobilisent contre le harcèlement sexuel : "Nous non plus, nous ne nous laisserons plus faire"

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BALANCE TON BAHUT - Plus de 300 lycéennes et lycéens ont organisé un blocus jeudi 21 décembre devant un établissement du Val d'Oise, afin de dénoncer le harcèlement sexuel au sein des ensembles scolaires. La direction a organisé les interventions prochaines d'une brigade spécialisée et d'une association féministe.

Shanley, 18 ans, était plongée dans son épreuve de bac blanc de philosophie quand des cris ont résonné dans le couloir, à l'extérieur de la salle de cours. "Une fille faisait une crise d'angoisse. On a appris plus tard qu'elle avait pété les plombs à la suite de remarques sexistes. Dans sa classe, il y a des garçons qui martyrisent les filles, ça va du harcèlement sexuel à la main aux fesses." 


Après le monde de la culture, de l'entreprise, de la politique, la parole se libère aussi dans les lycées. C'est ce que démontre l'action menée jeudi 21 décembre au lycée Pissarro de Pontoise, dans le Val d'Oise, par plus de 300 lycéennes et lycéens : un blocus, auquel était conviée la presse, pour dénoncer le harcèlement sexuel au sein même des salles de classe. Ou comment tirer savamment parti d'une fenêtre médiatique largement ouverte après l'affaire Weinstein.

"Gros cul !"

"Nous voulons montrer que, nous non plus, nous ne laisserons plus faire", explique encore à LCI Shanley, en terminale littéraire, à l'initiative du rassemblement. Elle décrit des remarques - "gros cul !" - quand les filles se lèvent pour aller au tableau, parfois suivies de SMS de même teneur, des mains aux fesses dans les couloirs (un geste qui relève de l'agression sexuelle). Elle ajoute : "Parfois ces gestes et ces faits de harcèlement sexiste se passent sous le regard des professeurs. On ne veut pas les stigmatiser, tous ne restent pas passifs. Certains, oui. Et la passivité, c'est une forme de tolérance. Il est temps de dire non à cette tolérance-là."


Le message qu'elle souhaite faire passer, surtout, en ce lendemain de mobilisation, est que ce problème ne se limite pas uniquement à son établissement. "C'est à l'échelle nationale que ça se passe. Et c'est important de dénoncer le harcèlement sexuel dans les établissements scolaires, parce qu'il faut savoir que ces comportements commencent dès le plus jeune âge."

Prévention et rappel de la loi

Dans ce lycée du Val d'Oise, le message est passé. Auprès de la direction, en tout cas. Si le proviseur du lycée n'a pas souhaité répondre à notre demande d'interview, une inspectrice d'académie adjointe du département nous confirme que les lycéennes ont été reçues, à leur demande, par la direction en amont du blocus. "Il a été décidé l'intervention d'une brigade de prévention de la délinquance juvénile, ainsi que d'une association féministe. L'idée : faire de la prévention et un rappel de la loi", nous précise l'inspectrice, Marie-Ange Tomi. Par ailleurs, à la rentrée, se tiendra un conseil d'administration au lycée pour parler de ces problèmes. 


Quant au ministère de l'Education nationale, contacté ce vendredi, il nous rappelle que "l'ensemble de la communauté éducative a un rôle essentiel à jouer pour combattre et prévenir les violences physiques, psychologiques, sexuelles ou encore économiques dont les femmes sont victimes". En novembre dernier, le ministre Jean-Michel Blanquer avait souhaité que l'école intègre "mieux cette dimension dans les cours d'éducation à la sexualité". Vaste programme, dont les actions comme celles de Shanley et de ses camarades démontrent l'urgence. "Quand on a lancé l'idée du rassemblement, on a reçu des critiques. Finalement, on a tenu bon, je suis satisfaite", termine-t-elle dans un sourire. 

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