Des shorts sous les jupes pour "éviter les comportements déplacés" : le message d'un centre aéré passe mal

Des shorts sous les jupes pour "éviter les comportements déplacés" : le message d'un centre aéré passe mal

SOUS LES JUPES DES FILLES - A Reims, un centre aéré a fait passer la consigne aux parents de mettre des shorts sous les jupes des filles, afin d’"éviter les situations complexes à gérer" si les jupes se soulèvent. Une maman, indignée, a évoqué le sujet sur Facebook. Et le web s’est enflammé.

"Ma fille a quatre ans putain. QUATRE ANS. Et on lui fait comprendre que les jupes ce n’est pas adapté si elle ne veut pas d’ennuis. Vous sentez ce qui cloche dans ce monde ?" Le message vient d'une jeune maman indignée. Il a été retweeté 3000 fois en quelques heures. Et suscité, à chaque fois, autant de commentaires énervés.

A vrai dire, en postant son message, Laure (nom changé), jeune maman habitant Reims, ne pensait pas qu'il aurait autant d’impact. Mais quand sa fille est rentrée du centre aéré lundi soir avec ce petit mot, elle a été scandalisée. Et le coup de gueule est parti tout seul, sur sa page Facebook.

"Un fort sentiment d'injustice"

Laure a placé sa fille en début d’été dans un centre aéré de la ville. Pauline (nom changé), 4 ans, y a déjà passé plusieurs semaines. Tout se passe très bien. Mais lundi soir dernier, Pauline a fait passer à ses parents un petit mot du centre aéré. Un prospectus jaune, avec des consignes aux parents. "Je ne l’ai lu qu’une fois rentrée à la maison, raconte Laure à metronews. Et je suis devenue blême. Je l'ai fait lire à mon mari qui m'a dit : 'Ah oui, effectivement, il y a un problème'. J'ai ressenti de la colère, un fort sentiment d'injustice."

Ce petit mot, c’est celui-là :


Dans ce texte adressé aux parents, la direction donne diverses consignes, en matière d’horaires à respecter, ou d’objets précieux à éviter d’apporter. Mais surtout, elle demande aux parents "de mettre soit des shorts, pantalons, ou de mettre un short sous la jupe de votre fille". La première explication évoquée est celle "d’avoir une meilleure mobilité pour les activités". Mais la seconde fait tiquer : "Et sachez que nous avons des enfants de 10 à 12 ans, qui peuvent avoir un comportement déplacé avec une petite fille dont la jupe se soulèverait. Nous voulons juste éviter des situations complexes à gérer." 

Laure a dégoupillé. Sur le coup, elle a écrit un post, sur sa page Facebook. "Il ne leur vient pas à l’idée que ça n’est pas aux petites filles d’adapter leur tenue en fonction des gros lourdeaux, mais aux gros lourdeaux de s’éduquer ?", peste-t-elle dans son message. "Ma fille ne doit pas avoir à choisir entre une coquetterie et la tranquillité de faire du toboggan sans avoir à subir des 'comportements déplacés' de mômes à qui on n’apprend pas le respect de l’autre."


Le coup de gueule, écrit à la va-vite sur Facebook, n’était à la base que destiné aux proches de Laure. Mais une capture écran du post a été reprise sur Twitter, et tout s’est emballé. Un peu malgré elle. Le post a été vite relayé en effet par des profils et associations féministes. "Je pense que le sujet touche à plein de choses qui tiennent à cœur de beaucoup de personnes", estime Laure. Elle a tout de même été "étonnée de l'ampleur" prise par cette histoire. 

Le centre défend ses valeurs de respect, de tolérance et d'égalité

Avec son conjoint, Laure a pris le temps de se poser, et d’envoyer un mail, le lendemain, au centre aéré. Mais la réponse ne l'a pas vraiment contentée. "C'était très laconique, et ne faisait qu'admettre une maladresse, et non pas une injustice clairement défavorable aux fillettes", détaille Laure. 

Et si tout ça n'était dû qu'à une maladresse, et un malencontreux enchaînement de faits ? Depuis le début de la journée, à Reims, Noëlle Harmand la directrice générale de la maison des associations des Trois-Piliers est "complètement débordée". Elle croule sous les appels de journalistes. Et essaie, à chaque fois, de rétablir sa vérité. Et se défendre contre toute accusation de discrimination ou de sexisme.

"Il y a évidemment une maladresse rédactionnelle", nous explique-t-elle au téléphone. Mais elle tient à rappeler le contexte. "Nous proposons aux filles et garçons des activités sportives. Des animateurs ont remarqué que des filles venues en jupe ont eu à subir, dans le cadre de ces activités, des moqueries, quand leurs jupes se soulevaient." Des petites remarques, pas plus graves que des "bêtises de gamins dans une cour d'école", estime-t-elle.

"Cela affecte beaucoup l'équipe pédagogique"

Mais l'équipe d'animation a décidé de travailler sur le sujet, en engageant un débat avec les enfants, "pour leur expliquer la notion de respect, de tolérance, d'égalité garçon-fille". "Tout le travail éducatif a été fait en amont auprès des enfants", insiste Noëlle Harmand. Sauf qu'à la suite de ça, la responsable directe du centre aéré a pris l'initiative de rédiger cette fameuse note aux parents. "Dans la terminologie, la phrase prête à confusion, reconnaît Noëlle Harmand. Mais une grande partie des parents a eu le mot avec l'explication des animateurs. Ils ont compris directement. Mais les parents qui n'étaient pas là n'ont pas eu cet échange." D'où, selon elle, l'incompréhension. 

Surtout, la directrice déplore cette envolée des réseaux sociaux. "La polémique est partie sur quelque chose de complètement faux", déplore-t-elle, Avec des dégâts bien réels. "Cela affecte beaucoup l'équipe pédagogique. Cela sous-entend qu'ils n'ont pas fait leur travail. C'est d'autant plus difficile pour nous que le respect, la lutte contre le sexisme, l'égalité sont des valeurs fondamentales pour nous."

Petite consolation : depuis le début de l'après-midi, elle indique recevoir des mails de soutiens de parents félicitant l'équipe pour leur travail. "On espère que cela va se dégonfler, souffle la directrice. Mais vraiment, ces réseaux sociaux... Il vaut mieux échanger en vrai plutôt que mettre les choses tout de suite sur Internet."

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