Des stickers "produit toxique, relents racistes" sur "Tintin au Congo"

SOCIÉTÉ
COUP DE POING - Un collectif dénonce le racisme de l’album "Tintin au Congo", du dessinateur belge Hergé. Ses membres sont entrés dans la Fnac des Halles à Paris et ont apposé des stickers avertissant du caractère "toxique" et raciste de l’oeuvre.

Tintin au Congo est-il raciste et si oui, doit-on avertir les lecteurs, voire interdire la diffusion de l’album jeunesse d’Hergé ? Cette question régulièrement posée est revenue dans le débat public à la faveur d’une action du "Groupe d'Intervention Contre le Racisme". Des membres de ce collectif sont ainsi entrés à la Fnac des Halles à Paris et ont apposé des stickers avec la mention "Produit toxique, relents racistes, peut nuire à la santé mentale" sur les ouvrages, dans le cadre d’une opération baptisée "Tintin toxique".

Le groupe, qui dit avoir "dialogué" avec l’éditeur Casterman et Moulinsart, exige dans un message transmis à la presse que soit "apposé un bandeau d'avertissement, comme en Grande Bretagne, pour alerter le lecteur". "Tintin au Congo est pratiquement le plus vendu de la série (des “Tintins”, ndlr) avec 10 millions d’exemplaires. Et c’est un ouvrage que nous estimons être particulièrement raciste et même négationniste", explique Louis-Georges Tin, président du Conseil Représentatif des Associations Noires de France (Cran) et membre de ce collectif.

Négationnisme ?

Le groupe reproche notamment à l’ouvrage de présenter les Africains "comme des êtres lâches et si stupides, qu'ils finissent pas faire de Milou leur monarque, en le plaçant sur le trône avec sa couronne" (voir ci-dessous). Hergé avait lui-même reconnu si ce n’est le "racisme" de l’ouvrage, du moins ses aspects "paternalistes", affirmant qu’il avait reproduit une opinion communément répandue en 1930 selon lui qui décrivait les noirs comme de "grands enfants" : "Je les ai dessinés, ces Africains, d’après ces critères-là, dans le pur esprit paternaliste qui était celui de l’époque, en Belgique", s’était-il justifié.

Mais le groupe rejette ces justifications et accuse l’auteur, qui était journaliste, d’avoir délibérément ignoré les témoignages de l’époque rapportant "l’esclavage", le "travail forcé" et les morts par "millions" au Congo sous le règne du roi Léopold, qui en était alors le propriétaire personnel. "Etant lui-même journaliste, Hergé ne pouvait ignorer cette réalité, qui avait suscité une polémique énorme. Le travail forcé était encore de mise au moment où il rédigeait Tintin au Congo, et les conséquences de ce crime contre l'humanité étaient partout visibles. Des écrivains aussi connus que Simenon, Arthur Conan Doyle ou encore Marc Twain avaient dénoncé la colonisation belge", écrit le collectif.

En 2012 la justice belge, saisie par Le Cran et le citoyen belge Bienvenu Mbutu Mondondo, avait estimé en deuxième instance qu’ Hergé s’était "borné à réaliser une œuvre de fiction dans le seul but de divertir ses lecteurs", et que l’oeuvre n’était pas raciste.

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