Des syndicats dénoncent les inégalités de salaires hommes-femmes dans l'entreprise de la féministe Elisabeth Badinter

Des syndicats dénoncent les inégalités de salaires hommes-femmes dans l'entreprise de la féministe Elisabeth Badinter

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ENQUETE – Selon nos informations, les représentants du personnel du groupe de communication Publicis grondent contre des différences de salaires entre hommes et femmes. L'entreprise, qui réfute "des inégalités salariales en défaveur des femmes d'un point du vue général", a pour principale actionnaire Elisabeth Badinter, philosophe, essayiste et… figure du féminisme français.

Elle est l’une des rares entreprises françaises où un préavis de grève a été déposé à l’occasion du 7 novembre 16h34. L’initiative de la newsletter féministe Les Glorieuses, qui visait à dénoncer les inégalités salariales entre hommes et femmes, avait fait écho auprès des salarié(e)s de Publicis. Car au sein de ce grand groupe de communication, dont le conseil de surveillance est présidé par la philosophe et féministe notoire Elisabeth Badinter, l’égalité professionnelle semble encore demeurer, comme souvent ailleurs, un vœu pieux. 


C’est en tout cas le constat des représentants du personnel. A la mi-octobre, ils ont rédigé une lettre ouverte à l’intention d'Elisbath Badinter. "Allaitement, laïcité, parité, etc. La cause des femmes semble vous préoccuper à chaque instant, mais quand oserez-vous enfin balayer devant votre porte ?" demandent-ils ainsi à la présidente du conseil de surveillance. (…) "Comment se fait-il que les femmes de Publicis soient toujours moins bien payées que les hommes ? Pourquoi leur turn-over est-il beaucoup plus élevé que celui des hommes, et pourquoi quittent-elles Publicis passé 40 ans car elles subissent toujours le plafond de verre ?" poursuivent-ils.

Entre 5% et 20% de différence en moyenne

Mais concrètement, qu’en est-il ? D’après nos informations, les différences de salaires entre hommes et femmes au sein du groupe Publicis s’échelonnent entre 5 et 20%. Une situation qui varie grandement en fonction des nombreuses filiales. Exemple avec l’agence de communication "Publicis Consultant", où la moyenne totale des salaires montre un écart d’environ 20% entre hommes et femmes. Le fossé semble également s'y creuser à mesure que les postes progressent dans la hiérarchie. Si les femmes apparaissent ainsi légèrement mieux payées dans les catégories à faible coefficient, elles se retrouvent ensuite, en moyenne, avec un salaire nettement inférieur dans les emplois à responsabilité.


Même constat du côté de "Wam Prodigious", la boîte de production de Publicis. Là encore, toutes catégories confondues et hors salaires des président et vice-président, la différence atteint 15% en moyenne, en défaveur des femmes. La faute, selon une représentante du personnel contactée par LCI, à "un turn-over deux fois plus important pour les femmes que pour les hommes". Elle poursuit : "A l’embauche, nous atterrissons directement au milieu de la pyramide. Nous n’avons ensuite pas de réelle perspective d’évolution." 


La faute aussi, ajoute-t-elle, à une revendication syndicale compliquée par la myriade de filiales et de dénominations qui composent ce géant qu'est Publicis, coté en Bourse et chouchou du Cac 40. "Rien qu’à Wam Prodigious, il existe environ 100 intitulés de postes différents… pour 125 personnes." Difficile, donc, de calculer une différence de salaire à poste égal sur laquelle fonder ses velléités. "Mais en regroupant entre elles les catégories similaires, 12 postes sur 18 restent à l’avantage des hommes" précise encore la représentante du personnel de la boîte de production.

"Des différences, oui, mais dans les deux sens"

"Catégorie par catégorie." C’est aussi de cette façon que la direction de Publicis dit procéder pour suivre la question des inégalités de salaires. Mais la conclusion qu’elle en tire n’est pas exactement la même que les syndicats. Anne-Gabrielle Heilbronner, membre du Directoire et secrétaire générale du groupe, précise ainsi à LCI : "Il n’existe pas, à Publicis, d’inégalité salariale en défaveur des femmes de manière générale. Nous suivons cette question sur toutes nos agences de manière attentive, et ce chaque année. Il y a des différences oui, mais dans les deux sens."


Et la haute dirigeante de détailler : "Si on prend les dix plus grosses agences, dans la moitié des cas les hommes sont mieux payés, dans l’autre moitié, les femmes sont mieux payées. En fait, c’est très variable selon toutes les agences. Mais nous sommes très attentifs à ce que les écarts se résorbent". Sur ce point, Eric Diemer, représentant syndical chez "Publicis Consultant", admet d'ailleurs que "Publicis n’est pas le plus mauvais élève du Cac 40. Ils estiment qu’ils n’ont pas à rougir de leur situation".

"Nous alertons Madame Badinter depuis des années"

En effet, cette réalité est loin d’être l’apanage du seul groupe Publicis. Mais les autres grandes entreprises françaises n’ont pas à leur tête l’une des féministes les plus reconnues de France. Chez Metrobus - qui englobe les sociétés MediaGare et MediaRail sous l’autorité, là encore, de Publicis -, Aïcha Gavinet, représentante du personnel, a, elle aussi, tenté de mettre le problème sur la table. "J’ai accès aux analyses chaque année. Et je constate systématiquement un écart entre les salaires des hommes et celui des femmes. Nous alertons particulièrement Madame Badinter depuis des années. C’est bien d’être invitée sur les plateaux TV pour défendre les femmes comme elle prétend le faire. Mais au niveau de son groupe, il y a beaucoup de travail. Et je crois que les avancées ne sont pas pour tout de suite. Nous avons déjà du mal à faire appliquer, au quotidien, le premier accord égalité hommes-femmes signé en 2012."


Un accord dont la direction nous précise qu’il est en cours de renégociation. Le nouveau devrait voir le jour à la fin de l’année. Il comporterait notamment un outil afin de "signaler et corriger les situations d’inégalités, au cas par cas". Quant à Elisabeth Badinter, elle n’a, indique son attachée de presse "aucun pouvoir de gestion" dans l’entreprise. "Il n’est pas question qu’elle réponde à des questions sur Publicis", poursuit notre interlocutrice. "En tant que présidente du conseil de surveillance, elle n’a aucune voix au chapitre sur la gestion. Je sais qu’elle ne répondra pas." Elisabeth Badinter et sa famille sont pourtant encore aujourd'hui les premiers actionnaires du groupe Publicis.

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