Diane, journaliste burundaise en exil : "On ne m’a pas cousu la bouche"

Diane, journaliste burundaise en exil : "On ne m’a pas cousu la bouche"

TEMOIGNAGE - Alors qu’un sondage de l’IFOP dévoile les principales menaces à la liberté de la presse, metronews est allé à la rencontre de Diane Hakizimana, reporter burundaise réfugiée à la maison des journalistes. Parce qu’elle a dénoncé la dictature dans son pays, elle risque la mort si elle y retourne un jour.

Elle descend les escaliers quatre à quatre. Dans ses mains, une bouteille de soda sans sucre et les restes d’un repas avalé en vitesse. "Désolée, je travaillais" nous glisse-t-elle en guise d’excuse pour expliquer son léger retard. Diane Hakizimana, 35 ans, ressemble à tous les autres journalistes de la planète. Elle mange sur le pouce et ne regarde jamais l’heure. Mais la comparaison s’arrête là. Car Diane, parce qu’elle a fait son travail de journaliste, risque la mort si elle retourne dans son pays natal, le Burundi.

Cet après-midi, alors que la canicule s’abat sur Paris, nous la retrouvons dans la fraîcheur de la Maison des journalistes (MDJ). De loin, la Tour Eiffel veille sur ce bout du 15eme arrondissement, où s’est installée cette association créée en 2003 et qui accueille en permanence quatorze reporters réfugiés, persécutés dans leur pays, pendant une durée de six à huit mois. Diane, elle, y a trouvé refuge en avril.

Menaces

"Ça été toute une aventure pour en arriver là" confie-t-elle, attablée devant une tasse de café, dans la "salle télé" de cette ancienne usine de brosse à reluire réaménagée, mise à disposition par la mairie de Paris. "Au Burundi, j’étais embauchée à la radio publique africaine depuis plusieurs années quand j’ai décidé de réaliser une série de reportages sur les milices du gouvernement. Des jeunes gens entraînés pour malmener la population : il y avait beaucoup à dire…" Aussitôt, Diane reçoit menaces et appels malveillants. "Je ne les ai pas pris au sérieux. Vous savez, au Burundi, on est habitués aux menaces de la part du pouvoir en place."

Alors, quand fin 2014, Diane se rend en France pour suivre une formation d’un mois au sein du CFPJ (Centre de formation profesionnelle des journalistes), elle est bien loin de réaliser qu’elle n’y reviendra sans doute plus jamais. "Pendant mon absence, deux collègues ont failli mourir. L’un d’entre eux a été emprisonné. Je me suis dit : ‘Si j’y retourne, qu’est-ce qui m’attend?’" Alors, pour échapper à la mort, Diane décide de rester à Paris. Une décision crève-coeur, puisqu’elle laisse derrière elle trois enfants, de onze, neuf et six ans. "Mon mari, élu de l’opposition, est en cavale lui aussi. C’est une tante qui prend soin de mes enfants."

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Un jour, peut-être, si Diane obtient son statut de réfugiée, elle pourra retrouver ses petits. Pour le moment, elle essaie d’oublier les quelques mois d’incertitude, entre les appels au 115 et les nuits passées sur le sol des gares parisiennes, dans l’attente d’un logement. Et à présent qu’elle a retrouvé une chambre à elle, des compagnons de vie et des repas quotidiens, elle s'est remise à travailler. Publiée dans le journal de la MDJ, l’Oeil des Réfugiés, Diane dit vouloir conserver ses réflexes d’écriture. Et son esprit journalistique. "Le président m’a éloignée de mon pays, de ma famille. Mais il ne m’a pas cousu la bouche."

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