Dieudonné - Metronews a vu "Asu Zoa" : un nouveau spectacle "limite" mais... pas illégal

Dieudonné - Metronews a vu "Asu Zoa" : un nouveau spectacle "limite" mais... pas illégal

Société
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REPORTAGE – Après l'interdiction du Mur, son dernier spectacle, et l'interruption de sa tournée, l'humoriste controversé Dieudonné a annoncé la création d'un nouveau show, nommé "Asu Zoa". Metronews a assisté au spectacle.

"Asu Zoa" n'est pas le "nouveau spectacle" de Dieudonné, mais un exercice d'équilibriste. Ne jamais verser dans l'illégalité, tout en gardant l'essence de ce qui fait le succès de l'humoriste : la provocation. Le pari est réussi. C'est ce que metronews a constaté, mardi soir, lors de la deuxième représentation de ce spectacle, quelques jours seulement après la décision du Conseil d'Etat d'interdire "Le Mur".

En riposte, cantonné à sa salle parisienne devenue, au fil des années, une sorte de QG des fans de la quenelle, Dieudonné a annoncé qu'il donnerait sa nouvelle représentation, nommée "Asu Zoa", "la face de l’éléphant" en langue ewondo du Cameroun, "écrit en trois nuits". Alors forcément, dans l'étroit passage de la Main d'Or, dans le 11e arrondissement, ce mardi, la foule se presse. Des curieux comme des fans de la première heure sont venus très nombreux, impatients de voir comment Dieudonné répondra. "Ça va y aller fort", prévient, tout sourire, un jeune homme dans la file d'attente, son billet acheté 40 euros à la main.

Journaliste, je suis sous surveillance

Dans la queue, l'ambiance est bon enfant. Devant moi, une jeune femme -au look d'adolescente- parcourt son profil Facebook sur son téléphone, où l'on aperçoit la photo d'une étoile de David ensanglantée sur un drapeau français. Le spectre de l'anti-sionnisme de Dieudonné, qu'on le veuille ou non, est bien là.

A l'entrée, les choses se compliquent. Dans mon sac, mes affaires de travail : un ordinateur et un carnet de notes, sont vite repérés. Tout sourire, on me prévient que je ne dois rien sortir durant le show. De bonne foi, je propose de tout confier à l'accueil : "je veux juste voir le spectacle". C'est ok. Deuxième mise en garde, une fois à l'intérieur. On me rattrape : "vu ton matos, on va doublement te zyeuter (sic)". Ça ne rigole plus. Le même homme ira me suivre jusque dans les toilettes, histoire que ce soit bien clair : "je dis ça, c'est qu'on veut être prudents, on a dû virer des journalistes de TF1 hier". Il a compris, et j'ai compris aussi. Aux coins de la salle, quatre hommes observeront les spectateurs durant toute la représentation. Sans surprise, on me place aux pieds de l'un d'entre eux. Je me sens sous surveillance, et c'est bien dommage. 

Toujours limite, mais jamais illégal

Sur scène, Dieudonné s'amuse, et la foule exulte. Ses sketches sont souvent drôles. Bordeline, acides et parfois de mauvais goût. Dieudonné sait pousser la provoc', mais évite avec soin le dérapage, comme ce sketch sur un couple d'homosexuels Français qui vient "acheter" un enfant au Cameroun. Mais "Asu Zoa", tel quel, est inattaquable. Même si "l'interdit" plane, et se fait sentir, tout le long du spectacle, Dieudonné n'a rien laissé au hasard. C'est sa revanche : bien qu'interdit, "Le Mur", en vérité, est en effet toujours bien là. La trame du spectacle est la même. Mais il a retenu, au moins pour l'instant, la "leçon" : les passages les plus violents contre les juifs ont été retirés.

Le mot "juif", d'ailleurs, ne sera pas prononcé durant les soixante-dix minutes du spectacle. Tout comme le mot "Shoah". L'hymne des fans de Dieudonné, Shoananas, scandé durant son précédent spectacle, est désormais intitulé "Freshananas". "Antisémite, moi ? interroge le showman, amusé. Je ne suis pas antisémite, et personne dans la salle ne l'est, d'ailleurs. Parce qu'on a pas envie, on a pas le temps". Les spectateurs sont aux anges.

La "quenelle" pour Hollande

Les "interdits", Dieudonné les remplace aussi souvent par des silences, regard malicieux et provocateur (que la foule remplit de rires ou d'applaudissements nourris) ou par des sous-entendus. Comme sur le journaliste Patrick Cohen, dont l'humoriste regrettait avant qu'il n'ait pas connu les "chambres à gaz" : "il y aurait des choses à dire...". Sourire de l'humoriste, applaudissements et sifflets dans la salle. Ses fans en redemandent. Reste le sketch sur Manuel Valls prenant ses ordres chez Alain Jakubowicz, le président de la Licra : un succès fou.

Le public semble avoir été stimulé par "l'affaire", à la fois remonté et amusé de la situation : les rires sont bien forts, pour ne pas dire exagérés parfois, mêlés aux cris et aux encouragements. Cette complicité, Dieudonné sait l'entretenir, la renforcer : durant l'intégralité du spectacle, il va opposer sa communauté, "nous", avec les autres, "eux". Présents dans cette salle, le "repaire du Diable", nous risquons "la prison", nous sommes même "surveillés" (les références aux journalistes présents dans la salle, pour "nous espionner", sont nombreuses). Dingue, non ?

En conclusion, et devant une foule plus galvanisée que jamais, une chanson : un nouveau ralliement sur le refrain du chant des partisans. Dieudonné, chef d'orchestre, nous invite à chanter : "François, la sens-tu, qui se glisse dans ton c..., la quenelle ?" Tous semblent la connaître déjà. Avant de partir, l'humoriste invite ses fans à acheter le DVD du spectacle, "interdit" lui aussi ("c'est un label de qualité maintenant"). Point final de cette démonstration : le show Dieudonné est décidément un business bien maîtrisé.

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