Elle monte en haut d’une grue pendant dix heures : le cri de colère d’une mère d'enfants autistes

Elle monte en haut d’une grue pendant dix heures : le cri de colère d’une mère d'enfants autistes
SOCIÉTÉ

PIED DE GRUE - Meryem Duval, jeune maman de deux garçons autistes, est montée en haut d’une grue, mercredi à Lille. Elle réclame des aides financières pour élever et soigner ses deux fils handicapés et dénonce un blocage administratif. Les autorités réfutent sa version des faits et mettent en cause l'attitude du couple.

À 4h30 du matin, ce mercredi matin Meryem Duval a grimpé en haut d’une grue, sur un chantier en bordure du périphérique de Lille. Un acte symbolique, désespéré, pour obtenir ce qu’elle dit réclamer depuis des années : une allocation décente pour élever à domicile ses deux enfants autistes, Samy et Yanis.

Au sol, son mari, Jean-Luc, se charge d’expliquer la situation. "On est à bout", nous confie-t-il. "Cela fait trop longtemps que ça dure, on est en situation de précarité." Ces allocations réclamées permettraient, selon le couple, de compenser la perte de leur activité professionnelle. Car il y a encore quelques années, Jean-Luc dirigeait une société de vente par correspondance, et sa femme Meryem était chef de rang dans un restaurant. Il affirme que les services d’aide sociale à l’enfance leur ont imposé d’arrêter de travailler pour prendre en charge leurs enfants, diminuant de fait leurs revenus. Il indique toucher le RSA (900 euros pour deux) et une aide de l’Etat (environ 600 euros pour les deux enfants). Au total : 1500 euros pour un foyer de quatre personnes. 

"Cela fait trop longtemps que ça dure, on est en situation de précarité."- Jean-Luc Duval

Des données contestées par les autorités. "Entre ce que dit M. Duval - même s’il le croit - et la réalité, il n’y a pas une différence mais un gouffre", proteste Jean-René Lecerf, président du conseil départemental du Nord. "Sur le mois de janvier, toutes aides confondues (allocations d’enfants handicapés, familiales, de logement notamment), le couple a touché 2.719 euros. Je ne dis pas que c’est énorme", reconnaît-il, "mais on est loin de la somme avancée."

Le bras de fer se joue aussi sur d’autres tableaux. Le conflit entre la famille Duval et les autorités concerne également l’éducation des enfants. Les deux garçons sont scolarisés à domicile. Jean-Luc Duval explique que l’Education nationale ne peut les prendre en charge. Pour Jean-René Lecerf, la situation est plus complexe : "Selon les retours du personnel éducatif, l’un des enfants pourrait être scolarisé en milieu ordinaire avec la présence d’une auxiliaire de vie, mais cela semble plus difficile pour le second."

Entre ce que dit M. Duval - même s’il le croit - et la réalité, il n’y a pas une différence mais un gouffre.- Jean-René Lecerf, président du conseil départemental

Un bras de fer, ininterrompu depuis des années

Ce qui est clair dans ce dossier, c’est que la situation est tendue entre le couple Duval et les institutions auxquelles ils font face. D’un côté, Jean-Luc et Meryem estiment que l’autisme est trop méconnu en France et que le système rejette les personnes atteintes de sa maladie. De l’autre, les institutions réclament le suivi des règles, notamment administratives. Les deux parents ne joueraient pas le jeu, selon Jean-René Lecerf.

Les parents ont fait l’objet de plusieurs signalements des services de protection de l’enfance ces dernières années (CMP, Préfecture ou encore Education nationale). Une situation ubuesque pour le papa, qui y voit "une intimidation". "Nous sommes passés de victimes à coupables", estime-t-il. On tenterait de faire payer au couple leur rébellion face au système : les articles critiques de Jean-Luc dans Le Plus de L'Obs, les plaintes déposées contre discrimination au handicap.

Nous n'avons jamais de retour à nos demandes de renseignements, que ce soit sur la scolarité ou le suivi des soins.- Jean-René Lecerf, président du conseil départemental

Là encore, les points de vue s’opposent : "Les institutions de protection de l’enfance ne sont pas là pour s’acharner sur eux, mais pour vérifier que les enfants sont bien traités, soignés" et qu’ils suivent un cursus scolaire. "Le problème, c’est que nous n’avons jamais de retour à nos demandes de renseignement, que ce soit concernant leur scolarité - car il faut renouveler chaque année un agrément - ou le suivi des soins", peste le président du conseil départemental. Selon lui, la situation pourrait se débloquer si la communication reprenait.

Une issue heureuse ?

Le directeur de la MDPH a proposé à Meryem Duval une rencontre ce jeudi pour répondre à sa demande. "Insatisfaisant" a répondu la mère de famille aux pompiers venus transmettre le message. Mais quelque temps plus tard, la jeune femme a changé d’avis et a opté pour un retour à la terre ferme.

Nul ne sait si une issue sera trouvée demain. En 2013, Meryem Duval avait obtenu satisfaction face à Pôle emploi. L’institution lui refusait son inscription au motif qu’elle ne pouvait travailler avec ses deux enfants autistes. Une opposition qui avait duré plus de deux ans, jusqu’à l’intervention du défenseur des droits Dominique Baudis. Un médiateur serait sans doute encore  bien nécessaire aujourd'hui.

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