Djihadisme : pourquoi regrouper les détenus radicalisés peut être dangereux

Djihadisme : pourquoi regrouper les détenus radicalisés peut être dangereux

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RAPPORT – La contrôleure générale des lieux de privation de liberté, dans un rapport publié mardi sur le phénomène de radicalisation en prison, se montre défavorable à la mesure de regroupement des détenus islamistes.

Faut-il regrouper les détenus islamistes pour lutter contre la radicalisation en prison ? Cette mesure, mise en place notamment à Fresnes depuis octobre, a fait l'objet d'une évaluation dans un rapport publié mardi par la contrôleuse des prisons, Adeline Hazan. Après s'être rendue dans quatre centres de la région parisienne : Fresnes, Réau, Osny et Bois-d'Arcy, et avoir interrogé chefs d'établissement, gardiens, détenus mais aussi des magistrats, avocats, sociologues ou des membres des services de renseignement, la contrôleuse des prisons émet un avis défavorable au regroupement des détenus islamistes, pointant le caractère "potentiellement dangereux" de cette mesure.

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Dans ses conclusions, la contrôleure générale pointe de nombreuses difficultés, elle estime notamment que "le regroupement des détenus radicalisés présente des risques qui ne paraissent pas avoir été pris en compte, notamment la cohabitation de personnes détenues présentant des niveaux d'ancrage très disparates dans le processus de radicalisation". Elle pointe en outre : "les difficultés d'identification des personnes visées ne sont pas résolues" et "la grille d'évaluation de la 'dangerosité' n'est plus adaptée à l'évolution du phénomène".

"Une pression islamiste demeure présente dans le reste de la détention"

Et Adeline Hazan de citer l'expérience menée à Fresnes, où 22 détenus mis en cause dans des dossiers de terrorisme ont déjà été isolés, et dont "les personnes regroupées ont pour la plupart confié leur crainte d'être étiquetées durablement islamistes radicaux, et de ne pouvoir se défaire de l'emprise de leurs codétenus". Mais "l'incrimination de 'terrorisme' ne suffit pas à identifier tous les islamistes à Fresnes", souligne le rapport. "De sorte qu'une pression islamiste (...) demeure présente dans le reste de la détention sans être traitée, ni même formellement surveillée", note la contrôleuse.

Dans ce contexte, "les détenus désireux d'imposer une influence islamiste y parviennent aisément et font pression sur les détenus modérés en imposant des règles de comportement telles que: ne pas se doucher nu, ne pas fumer, ne pas écouter de la musique", constate encore le rapport.

Du personnel sans formation adaptée

Face à la complexité de la situation, la contrôleure des prisons regrette l'absence de "formation particulière" des personnels affectés à ces unités, le manque "d'informations sur les modalités d'encadrement" et "les conditions de détention" qui "laissent craindre "un éventuel glissement vers un isolement de facto de ces personnes.

Elle demande enfin "qu'une réflexion soit engagée sur la prise en charge des jeunes de retour des zones de conflit (...) l'incarcération ne (pouvant) pas être le mode de traitement indifférencié d'un phénomène qui touche plusieurs centaines de personnes au degré d'engagement disparate".

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