Djihadiste français rentré de Syrie : une condamnation qui ne règle pas tout

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JUSTICE - Il est le premier apprenti djihadiste français rentré de Syrie à être condamné. Flavien Moreau, 28 ans, a écopé ce jeudi de sept ans de prison ferme devant le tribunal correctionnel de Paris. Si Nathalie Goulet, présidente de la commission d'enquête sur les réseaux djihadistes, salue cette condamnation, elle s'inquiète cependant pour metronews des conditions de sa réinsertion.

Cheveux courts et rasé de près, mais l'élocution hésitante, Flavien Moreau avait assuré à la barre n'être resté qu'une "dizaine de jours" en Syrie et n'avoir pris part à aucun combat, reconnaissant avoir fait "seulement de la surveillance". Ce jeune homme de 28 ans a néanmoins été condamné ce jeudi à Paris à sept ans de prison ferme. La peine maximum qui avait été requise contre lui par le procureur lors de son procès le mois dernier.

Le problème de la radicalisation en prison

D'origine sud-coréenne, adopté à l'âge de 2 ans par une famille nantaise, il a connu un parcours chaotique avant de devenir le premier apprenti djihadiste français rentré de Syrie à écoper d'une peine de prison. Condamné 13 fois durant son adolescence, notamment pour des vols avec armes et violence, il s'était ensuite converti à l'islam avant de se radicaliser.

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Sa condamnation pose néanmoins la question de son désendoctrinement, car le milieu carcéral n'est pas encore outillé pour faire face à ce phénomène. "La judiciarisation excessive des affaires concernant ces djihadistes n'est pas la solution, estime pour metronews le sociologue et chercheur à l'EHESS, Farhad Khosrokhavar. Ce sont des personnes jeunes, qui ont subi un endoctrinement de plusieurs semaines. Une fois dans la nature, ces personnes, mêmes repenties, sont encore plus dangereuses qu'en entrant en prison. Bien souvent, elles se sont encore radicalisées derrière les barreaux."

La question de la réinsertion

Une inquiétude que partage Nathalie Goulet, présidente de la commission d'enquête sur les réseaux djihadistes. "La question qui se pose, c'est qu'est-ce qu'on va en faire ? Comment être certain qu'il ne sera pas dangereux lorsqu'il sortira de prison ?" s'interroge pour metronews la sénatrice UDI de l'Orne, qui compte formuler des propositions d'ici février 2015.

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Pourtant, des solutions alternatives existent. Au Royaume-Uni, aux Emirats Arabes Unis et au Danemark, où un programme dit "de seconde chance" a été créé. Les djihadistes présumés sont placés dans un centre où ils reçoivent des soins psychologiques, une aide pour retrouver un emploi ou reprendre des études. Nathalie Goulet souhaiterait que la France s'inspire de ces programmes, et mette l'accent sur la prévention. "Tous les pays vont se retrouver avec cette même problématique lors du retour de leurs djihadistes, la solution passera par la coopération."

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