Quand sa femme est tombée gravement malade, tous ses collègues lui ont donné des RTT, même si c'était illégal

Quand sa femme est tombée gravement malade, tous ses collègues lui ont donné des RTT, même si c'était illégal

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MONDE DU TRAVAIL - Le don de RTT entre collègues est possible depuis 2014, mais seulement pour les parents d'un enfant malade. Le député Paul Christophe (UDI, Agir et Indépendants) souhaite élargir ce dispositif à ceux qui s'occupent d'un proche. Sa proposition de loi doit être examinée ce jeudi.

"Tous ses collègues lui ont donné des RTT, même le commissaire…" Pour LCI, François* se souvient de l'élan de solidarité qui s'est répandu dans le commissariat de Bondy en mars dernier. A l'époque, leur collègue Antoine leur apprend que son épouse souffre d'une leucémie. Ce brigadier va alors se voir proposer des dons de RTT pour s'occuper de ses cinq enfants. Problème : cela est interdit. Seul un enfant malade permet de bénéficier de la loi – adoptée en 2014 - sur la cession de jours de congé. Un écueil qui devrait être corrigé ce jeudi à l'Assemblée nationale, une proposition de loi visant à élargir ce dispositif.


Une évidence, selon un délégué départemental Unsa-Police 93, joint par LCI. Le cas d'Antoine illustre un réel besoin dans le monde du travail : "Nous voulions accompagner notre collègue dans son quotidien, avec le malheur qui s’abattait dans sa famille." Un accompagnement qui, s'il est interdit par la loi, existe déjà dans les faits. Et pour cause : le ministère de l'Intérieur a permis à Antoine de bénéficier pour le moment de 90 jours de RTT, grâce aux dizaines de dons. "Disons que la préfecture de police, en répondant favorablement à notre demande, a "coupé" le droit en douce…", reconnait l'élu du syndicat de police. 

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Police nationale : l’impossible don de RTT au père d’un enfant malade

Urgence d'agir pour soulager les aidants familiaux

Une démarche qui ne surprend guère Paul Christophe. Le député du Nord (Udi, Agir et Indépendants) est à l'origine de la proposition de loi examinée jeudi matin à l'Assemblée nationale. Son souhait ? Que les dons de jours soient étendus aux aidants d'une personne qui ne serait pas forcément l'enfant, ajoutant le "conjoint, le concubin, la personne avec laquelle [l'aidant] a conclu un pacte civil de solidarité ou son ascendant, descendant ou collatéral ou l'ascendant, descendant ou collatéral d'un des membres du couple". L'issue du débat ne fait guère de doute : devant la commission des Affaires sociales mercredi dernier, le texte a été voté à une large majorité. "Avant d'être des élus politiques,  nous sommes des élus de la République", estime-t-il auprès de LCI pour expliquer ce consensus.


Selon l'ancien maire de Zuydcoote, l'urgence d'agir pour soulager les aidants familiaux dépasse les clivages. "Nous sommes confrontés à un vieillissement de la population, avec une augmentation des pathologies entrainant la perte d'autonomie. La pression est donc de plus en plus grande sur les aidants", précise le député. Des aidants qu'il souhaite "sécuriser" grâce à son texte, lequel doit s'ajouter à "l'arsenal de dispositifs" déjà existants. Et d'ajouter : "La loi "Mathys" de 2014 a permis de sécuriser les parents travaillant dans une entreprise et ayant des enfants malades. Aujourd'hui, on répond simplement à un manque." A l'époque, cette loi s'était inspirée de l'histoire de la famille de cet enfant un jeune garçon atteint d'un cancer. Son père avait épuisé ses vacances et avait dû reprendre le travail. Ses collègues l'avaient soutenu en mettant en commun 170 jours de repos et en les lui offrant pour qu'il puisse accompagner son fils dans les derniers mois de sa vie.

"Un outil de solidarité"

Un manque dont souffrent des millions de Français, rappelle Paul François. "En 2008, date du dernier recensement à ce sujet, 8,3 millions de Français étaient en situation d'aidants. Désormais, les associations parlent de 11 à 13 millions de personnes." Des citoyens qui, la plupart du temps, n'ont pas conscience de leur statut. "Beaucoup ne cherchent pas d'aide car ils se disent : "ce que je fais est normal car il s'agit de mon mari, de ma femme", précise le député. Lui-même, en tant que maire, a rencontré des "personnes en situation d'épuisement", dont "le premier réflexe est trop souvent de s'isoler plutôt que de s'ouvrir aux autres." 


Paul François le reconnait lui-même : sa proposition de loi "ne va pas révolutionner le monde des aidants". Il s'agit malgré tout d'un outil de solidarité au sein de l'entreprise, qui va répondre aux attentes des aidants familiaux." 

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