Dordogne : ils doivent combler leur mare pour faire taire les grenouilles, les internautes s'indignent

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INSOLITE - Les époux Pecheras, habitants du lieu-dit Grignols, en Dordogne, viennent d'être condamnés par la cour d'appel de Bordeaux à combler leur mare. Elle héberge en effet des batraciens dont les coassements énervent leurs voisins. Une pétition mise en ligne pour les soutenir avoisine déjà les 100.000 signatures.

"C'est comme si on vous reprochait les oiseaux qui chantent sur votre toit ! C'est totalement aberrant… On ne peut pas empêcher un papillon de voler !" Christophe Coïc est directeur de Cistude nature. Cette association de protection du patrimoine vient de se pencher sur un cas kafkaïen, celui des époux Pecheras, habitants de Grignols, à côté de Périgueux, qui viennent d'être condamnés par la cour d'appel de Bordeaux à boucher la mare qui se trouve sur leur terrain.

Car cette mare héberge une famille de batraciens. Et, vous savez quoi ? Les grenouilles, ça coasse. Et c'est même particulièrement vociférant à la période des amours. Et donc c'est bruyant. C'est ce que n'ont pas supporté les voisins des époux Pecheras, venus s'installer dans la maison mitoyenne. Ils ont poursuivi en justice Annie et Michel Pecheras en 2012. Ils avaient perdu leur procès en première instance au Tribunal de grande instance de Périgueux. Mais les voisins ont fait appel, et la cour d'appel de Bordeaux leur a donné raison en juin dernier. Les époux Pecheras sont donc condamnés à reboucher leur mare.


100.000 signatures de soutien

La décision a surpris, à tel point qu'une pétition a été mise en ligne, et cumule à ce jour près de 100.000 signatures. "J'ai entendu l'information à la radio", raconte à LCI Valentin Coupri, étudiant en stage à Périgueux, et initiateur de la pétition "Froggate, Soutien aux époux Pecheras : pour que nos campagnes ne deviennent pas des villes" . "Je ne les connais pas, mais cette décision m'a paru injuste et aberrante. J'ai grandi à la campagne, et de plus en plus on voit ce type d'histoires, qui paraissent totalement improbables mais que la justice cautionne", indique-t-il. "La campagne, ça reste un cadre naturel, un lieu de vie des espèces en tout genre. Les citadins arrivent et veulent les chasser." Une cagnotte de soutien a également été lancée cet été, recueuillant à ce jour un peu plus de 5000 euros.

Très vite, les signatures ont afflué sous la pétition, et Valentin en a envoyé un premier recueil aux destinataires, la ministre de l'Environnement Ségolène Royal, ou le président de la cour d'appel de Bordeaux. "Ils ne sont pas forcément susceptibles de changer une décision de justice, mais l'idée est de mobiliser des acteurs qui ont plus d'aura que ces époux, pour appuyer notre position." Aucun soutien politique ne s'est encore manifesté. Mais des associations environnementales se sont penchées sur le dossier.


Dilemme

Comme  Cistude nature , qui a réalisé des prélèvements sur le site. Et a trouvé, parmi les batraciens menacés, cinq espèces protégées, dont deux au niveau européen. Ce qui, peut-être, permettra de casser le jugement. Le couple Pecheras se sont en effet pourvu en cassation. Pour essayer cette fois de défendre devant la cour l'utilité de leur mare, en tant que zone humide, et lieu de reproduction d'espèces protégées. La cour statuera en 2017. 


Car en l'occurrence, le juge de Bordeaux a considéré les grenouilles "comme des espèces domestiques", estime Christophe Coïc, qui a pu consulter la décision de la cour d'appel. Ce qui n'est pas le cas : "Les amphibiens, les chevreuils, la faune sauvage n'appartiennent à personne", précise le directeur. "Bordeaux n'a pas tenu compte de la loi sur l'environnement, ni de la loi sur l'eau, qui, interdit de déplacer ou détruire les habitats d'espèces protégées". Et, dans tous les cas, les époux Pecheras vont devoir résoudre un dilemme kafkaïen : "Soit ils comblent la mare, et sont accusés de destruction d'espèces protégés, soit ils ne comblent pas, et ont à payer une astreinte de 150 euros par jour".

"On ne peut pas empêcher un papillon de voler"

Christophe Coïc a déjà vu des plaintes de ce genre. "On a une dizaine de conflits par an liés à des amphibiens", raconte-t-il à LCI. "Pendant les amours, les grenouilles chantent au printemps, elles font du bruit. Généralement, les nouveaux arrivants dans le voisinage se calment assez vite. Mais certains partent au tribunal. Dans le cas des époux Pecheras, c'est allé très, très loin", reconnaît-il.

Plus généralement, le dirigeant associatif voit ce type de problèmes se multiplier : "Les villes s'étendent de plus en plus, d’où le combat avec les habitants rurbains, qui aiment la campagne, mais sans ses inconvénients". Les citadins aiment la vie sauvage, d'accord. Mais sans le coq qui chante le matin, l'âne qui braie, où les chiens qui aboient quand passe un promeneur, sans les odeurs de la ferme d'à côté… Pourtant, sur les animaux, la loi est claire. "On est responsable de ses animaux domestiques ", explique Chritosophe Coïc. "Mais les animaux sauvages, par définition, vont et viennent. Il y a des dérogations si cela représente un danger. Mais on ne peut pas empêcher un papillon de voler…" 

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