Drame des familles surendettées : "Il ne faut surtout pas avoir honte, ni rester seul"

Drame des familles surendettées : "Il ne faut surtout pas avoir honte, ni rester seul"
SOCIÉTÉ

CRISE - Le tragique fait divers survenu dans les Landes, à Uchacq-et-Parentis, pourrait avoir pour cause une situation de surendettement devenue insupportable. Tentative de décryptage.

Le fait divers a créé l’émoi : dans le département des Landes, un couple de retraité s'est suicidé, le 30 décembre dernier . A l’origine du drame, selon les premières pistes, une situation de surendettement. Une funeste issue extrême et rare, mais qui met en lumière ces familles déchirées par leurs problèmes d’argent.

"On s'endette pour payer son chauffage"

"Le surendettement a toujours existé. Mais la tendance est lourde depuis la crise de 2007-2008", explique Colin Riegger, en charge du secteur consommation à la Confédération syndicale des familles. La crise économique, la baisse des revenus, mais aussi la généralisation des multiples crédits contractables en une signature et une journée, ont fragilisé l’équilibre budgétaire des familles. "Tous ces facteurs se sont conjugués", indique Colin Riegger. "Mais surtout, les dépenses incompressibles, comme le prix de l’énergie, les loyers qui n’ont pas cessé d’augmenter, alors que les ressources ont baissé. Les personnes n’arrivent plus à honorer leurs dettes, qu’elles ont contractées pour simplement se chauffer." Perdre la main sur son budget devient aussi plus facile : "La gestion est faite à distance, sans assistance ou conseils, par prélèvements automatiques, on souscrit trois assurances pour le même téléphone." Et, facilement, c’est la spirale : faillite, surendettement.

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Au fil des années, le profil des surendettés a évolué. "Dans les années 1970-1980, c’était plutôt les classes moyennes, fragilisées par défaut de gestion ou en faillite personnelle",  explique Colin Riegger. "Mais aujourd’hui, c’est la classe populaire, employés et ouvriers, qui est particulièrement touchée". D’après le dernier rapport de la Banque de France , qui s’appuie sur le nombre de dossiers déposés pour surendettement - plus de 290.000 en 2014, voire encadré – les familles monoparentales sont particulièrement touchées : elles représentent 64,4% de ce total.

"C'est parfois l'échec d'une carrière, d'une vie"

Derrière les chiffres, la détresse est grande. "Beaucoup arrivent chez nous dans un état psychologique éprouvé", indique Colin Riegger. Car la situation est une véritable épreuve. "C’est parfois l’échec d’une carrière, d’une vie. Comme des petits propriétaires qui ont investi dix ans de leur vie dans une maison, qui est saisie parce qu’elle a été hypothéquée. Et la somme ne servira à rembourser que 10% de leurs dettes." Et aller voir une association est souvent le dernier recours. "Avant de venir, ils ont tout tenté, contracté des prêts même dans la famille, fait contracter des dettes par autrui auprès des banques, qui se sont parfois retournées vers les garants, créant des situations catastrophiques en chaîne. Certains viennent nous voir alors qu’ils ont déjà été convoqués par le juge, il y a des saisies sur salaire, mais ils ne comprennent pas."

Car souvent, les personnes surendettées ont fait la sourde oreille. Fuient les échanges avec leur créancier, n’ouvrent plus les courriers, les sommations de payer, taisent le problème à leur entourage, par honte. Avec l’impression que se faire oublier permettra de tout résoudre. "La banque harcèle, le propriétaire harcèle, le fournisseur d’énergie appelle… Tout le monde vous somme de payer, et ils sont dans leur droit, et vous êtes seuls. La pression sociale, le jugement des autres joue aussi", détaille Colin Riegger. Pourtant, il insiste : "Pour s’en sortir, il ne faut surtout pas rester seul." Des aides existent, au niveau du Conseil départemental, des associations de terrain, et de la Banque de France, où le dépôt d’un dossier de surendettement est ouvert à tous . Le parcours n’est pas facile, est long, avec des dossiers lourds administrativement à monter, des contraintes fortes pour se désendetter. "Certains perdent pied à nouveau, car même si leur dette a été effacée, ils sont dans une situation tellement catastrophique, qu’ils en contractent une nouvelle tout de suite après", prévient Colin Riegger. "Mais il ne faut pas perdre pied. Il faut faire ce travail, mettre le nez dans toute sa vie financière pour arriver à tout résoudre. Point par point."

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