Ecarts de salaires entre femmes et hommes : un léger mieux, mais "à ce rythme, l'égalité sera atteinte en 2168"

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ÉGALITÉ - Mesdames, à partir de ce mardi 6 novembre, à 15h35... vous travaillerez pour rien. C'est le calcul auquel est parvenue la newsletter Les Glorieuses, en se fondant sur les inégalités de salaire entre femmes et hommes. Trois jours plus tard que l'année dernière. Y aurait-t-il un petit progrès à l'horizon ?

Nous avons gagné trois jours. Trois petits jours, par rapport à l’année dernière, sur le long chemin vers l’égalité des salaires entre les femmes et les hommes. En 2017, la newsletter féministe Les Glorieuses, à l’origine de ce calcul annuel, avait arrêté la date du 3 novembre, 11h44. Cette année, c’est donc à partir du 6 novembre, 15h35, que les femmes, en France, commenceront à travailler gratuitement. Et ce jusqu'à la fin de l'année. 


Car il faut bien le rappeler, selon Eurostat, la différence de salaire entre les femmes et les hommes atteint encore 15,2%. D'ailleurs, d'autres chiffres viennent ajouter une lumière crue sur cette réalité : à travail égal et poste égal, dans des secteurs d’activité et des tranches d’âges similaires, l’écart est de 9%. C'est en tout cas ce chiffre, déterminé en 2014, qui fait toujours autorité dans les données rappelées, en 2018, par le secrétariat d'Etat en charge de l'égalité entre les femmes et les hommes. Un pourcentage inexpliqué, qui se rattache en réalité à de la "discrimination pure", pour les économistes. Si le calcul est effectué de manière plus générale, par l'écart de revenus, on atteint le chiffre de 23,7%, selon l'INSEE. Quant à l'écart de salaire en équivalent temps-plein, il place le curseur à 18,6%. 

"C'est toujours mieux qu'en 2011"

Pourtant, l'égalité entre les femmes et les hommes fait office de "grande cause nationale", dans le quinquennat Macron, rappellent Les Glorieuses. Du coup, la question est légitime : a-t-on évolué dans le bon sens, ces derniers mois, au sujet de l'égalité salariale ? Avec trois jours de sursis obtenus cette année, force est de constater qu'une amélioration est en cours. "C'est toujours mieux qu'en 2011, puisque nous étions à 15,7% (de différence salariale, ndlr)", reconnait Rebecca Amsellem, autrice de la newsletter.


Par ailleurs, une mesure non négligeable a été annoncée au mois d'octobre par Muriel Pénicaud, ministre du Travail. Dans le cadre de la loi "avenir professionnel", votée l'été dernier, une nouvelle contrainte voit le jour : à partir du 1er janvier 2019, les entreprises de plus de 50 salariés devront mesurer les inégalités de salaires entre les femmes et les hommes. Et celles "qui ne seront pas au carré auront l'obligation de faire une enveloppe de rattrapage sur trois ans", a assuré la ministre. Sans quoi, une sanction équivalente à 1% du chiffre d'affaires est envisagée. 

Un rythme trop lent

Une mesure forte qui ne convainc pas forcément les associations spécialistes du sujet. En dehors de cette proposition, l'association féministe Les Effrontées estime que la loi, aujourd'hui, n'est pas assez contraignante. "Aujourd'hui, la seule chose que la loi exige, c'est que les entreprises mettent en place un plan d'égalité salariale ou de réduction des inégalités, de dresser un rapport de situation comparée entre les salaires des employé.es et de mener une négociation annuelle", expliquent-elles. "Elle ne leur impose même pas une obligation de résultats (...) en gros, elle leur demande d'essayer." Interviewée par LCI, Sophie Binet, référence de la CGT sur ces questions, soulignait ainsi l'an passé que seules 0,2% des 61% d'entreprises pointées du doigt pour leurs pratiques insuffisantes en matière d'inégalité avaient été sanctionnées. 


L’insatisfaction est clairement partagée par Les Glorieuses. Si ces trois jours gagnés semblent indiquer un progrès, le tableau général fait peine à voir. "A ce rythme", poursuit Rebecca Amsellem, "l'égalité sera atteinte en 2168." A-t-on le temps d'attendre 150 ans ? 

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