Echoppes dans la "Jungle" de Calais : "Sur le fond, rien n'est résolu"

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Le démantèlement de la "Jungle" de Calais

ATTENTE - Ce vendredi 12 août, le tribunal administratif de Lille a débouté la préfecture du Pas-de-Calais de sa demande en référé de la fermeture des commerces informels installés dans le camp. Mais pour l'association de l'Auberge des migrants, cette décision fait surtout office de "sursis"...

Une bonne nouvelle qui pourrait peut-être en cacher une mauvaise à l'avenir. C’est dans ce climat de circonspection que baigne la "Jungle" de Calais malgré une petite victoire juridique obtenue auprès du tribunal de Lille.

"On est satisfait d'avoir été entendus par le juge, explique à Europe 1 François Guennoc, secrétaire de l'association l'Auberge des migrants. Mais, sur le fond, rien n'est résolu. La décision du tribunal n'est qu'un sursis". 

"Les conditions sanitaires et sécuritaires de ces restaurants ne sont pas adéquates"

Voilà des mois que diverses associations œuvrant à apporter un soutien logistique ou matériel aux milliers de réfugiés – 4500 selon le décompte officiel de la préfecture, entre 7000 et 9000 du côté des associations -  entassés dans ce camp de fortune, défient les autorités publiques.

Déboutée par le tribunal de Lille, le juge des référés Jean-François Molla estimant dans son ordonnance que "les préoccupations exprimées par le préfet (...) sont tout à fait compréhensibles" mais que "les conditions d'urgence et d'utilité requises" par la loi "ne sont pas remplies", la préfecture du Pas-de-Calais n’entend pas pour autant en rester là. 

"Nous allons nous pourvoir en cassation auprès du Conseil d'Etat pour demander l'évacuation de ces 72 commerces sur la zone nord du camp de la Lande", a affirmé Vincent Berton, le sous-préfet de Calais."Le respect de l'ordre public, le respect de l'Etat de droit justifient d'aller au bout de cette procédure, nous allons poursuivre ces contrôles sur ces lieux d'illégalité", a-t-il ajouté.

François Guennoc reconnaît que "les conditions sanitaires et sécuritaires de ces restaurants ne sont pas adéquates", mais assure que leur fermeture va aggraver les tensions dans le camp. La volonté d'éradiquer les commerces est une "opération symbolique maladroite et dangereuse" qui "vise à satisfaire les autorités portuaires et la mairie de Calais qui demandent à grands cris le démantèlement" de la "Jungle".

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"Ces restaurants répondent à 15% des besoins alimentaires des migrants"

François Guennoc rappelle en outre l’importance de ces commerces pour la population. "Ils répondent à de véritables besoins. Ces restaurants répondent à 15% des besoins alimentaires des migrants", assure-t-il. Les associations n’ont de toute façon pas assez d’apports pour distribuer des repas à tout le monde, explique-t-il. Pour notre part, nous avons par exemple dû passer de 6000 à 12.000 sachets repas distribués ces dernières semaines. Ce n’est pas viable sur le long terme".  

Libération , le représentant de l’Etat, Etienne Desplanques, directeur de cabinet de la préfète du Pas-de-Calais, Fabienne Buccio, égrène les manquements aux normes : des rats, pas de sécurité incendie, nourriture avariée, pas de permis de construire, pas d’impôts payés… La "Jungle" de Calais est un bidonville, et nul ne le nie. Mais là où les associations présentes sur place voient des lieux de vie, lui ne perçoit qu’"exploitation de la misère des migrants" et pointe des bénéfices pour chaque établissement "entre 1500 et 1800 euros par mois". 

Entre le 18 et le 21 juillet, tous les commerces informels de la "Jungle" avaient été contrôlés par les autorités et 18 personnes avaient été placées en garde à vue, soupçonnées de "vente à la sauvette". "42 procédures judiciaires avaient été réalisées avec saisie et destruction de plus de 30 m³ de marchandises diverses, dont 19 kg de produits avariés", avait précisé la préfecture.

Ainsi, "une quinzaine de personnes" sont poursuivies en correctionnelle pour "vente à la sauvette", délit passible de six mois d'emprisonnement, et devront se présenter devant le tribunal de Boulogne le 4 octobre.

Une pétition pour le Kid's restaurant

"La préfecture parle de problème d’hygiène et de produits avariés, mais nous n’avons recensé aucun cas d’intoxication alimentaire", précise à France 24 , Valérie, chargée de communication chez Utopia 56, une autre association d’aide aux migrants, qui œuvre sur Calais et sur Grande-Synthe. "Tous ces petits restaurants sont alimentés chaque jour en produits frais. Nous, les membres des associations, y mangeons régulièrement. Et tout est cuit et re-cuit à la manière de pays qui n’utilisent que très peu les frigos", explique-t-elle. 

Une pétition circule d’ailleurs pour demander que le Kid’s restaurant, créé exclusivement pour les mineurs, en nombre sur le camp,  soit épargné.

"Des lieux de vie"

Valérie insiste également sur la double fonction des échoppes qui hébergent aussi de nombreux migrants. "Ceux qui arrivent de nuit, ceux qui n’ont pas encore de tente ou de lieux pour dormir dans la jungle sont logés dans les restaurants. Tous ces lieux de vie abritent jusqu’à 250 personnes." 

En réponse à la surpopulation qui règne dans le camp, la ministre du logement, Emmanuelle Cosse a annoncé le 10 août la création de 3000 places supplémentaires d'hébergement pour les migrants avant l'automne. Mais Pierre Henry, directeur général de France Terre d'Asile, pointe une certaine incohérence. "Si on réduit dans le même temps les capacités d’accueil du camp de Calais, elles seront vite saturées."

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