Ecole en famille : ces enfants qui ne font pas leur rentrée scolaire ce jeudi

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Ce qui change à la rentrée

À L'ÉCOLE DE LA VIE – Tandis que plus de 12 millions d'écoliers rentreront à l'école mardi matin, certains resteront à la maison : eux s'instruisent en famille. Combien sont-ils, pourquoi le font-ils et comment travaillent-ils ?

Chez les Roany, à Saint-Rémy-de-Provence, la rentrée sera un jour ordinaire. Ou presque. Tandis que les enfants de leur âge reprendront le chemin de l'école, Juliette, Pénélope et Valentin, une écolière et deux collégiens, seront dispensés de prendre place derrière un pupitre. Mieux, leur mère organisera comme chaque année une "contre-rentrée" : au programme, pique-nique et jeux à la plage. Il y a quatre ans en effet, les Roany ont décidé de rejoindre les rangs des "non-sco", ces familles qui pratiquent l'instruction à domicile. "Mon fils aîné a toujours été malheureux à l'école, c'est un enfant précoce et l'institution n'a jamais pu s'adapter à lui, explique la maman, Céline de Roany, qui travaille depuis chez elle en tant que responsable administrative de plusieurs sociétés. Lui et ses deux sœurs étaient stressés, se chamaillaient sans cesse. Du jour au lendemain, les tensions ont disparu dans la famille."

"Un phénomène très marginal"- Le ministère de l'Education nationale

Combien sont-ils à être ainsi sortis du classique système scolaire ? Les derniers chiffres officiels , qui datent de 2011, comptabilisaient "18.818 enfants inscrits à domicile". Mais parmi eux, une large majorité suivait des cours d'enseignement à distance. Seuls 3297 étaient véritablement "instruits" à la maison par leurs parents. "On reste dans cet ordre de grandeur, cela demeure très marginal", assurait le ministère de l'Education à la rentrée 2015. Une stabilité dans les chiffres dont doute Charlotte Dien, maman d'un enfant non-scolarisé aujourd'hui âgé de 16 ans, et auteure du livre Instruire en famille (éditions Rue de l'échiquier, 2013). Selon elle, la hausse des familles concernées par ce "droit", "trop méconnu", de ne pas scolariser son enfant, est "exponentielle" ces dernières années.

Son fils Lucien, qui va se préparer durant les prochains mois à passer le bac de français en candidat libre, elle aussi l'a retiré de l'école, au milieu de son année de CE1, car il s'adaptait mal aux rigidités de l'institution scolaire : "Au lieu de l'éveiller, cela éteignait sa curiosité". Mais les motivations des parents qui décident de pratiquer l'instruction en famille peuvent être très diverses. "Il y a également des adeptes du 'maternage proximal', en fusion avec leur bébé, qui veulent ensuite continuer avec cette dynamique pour les apprentissages scolaires, d'autres qui travaillent le soir et ne verraient jamais leurs enfants s'ils les mettaient à l'école, des familles qui voyagent, celles dont un enfant est malade ou handicapé et à qui on ne propose pas de solution...", énumère Charlotte Dien.

La part belle à l'auto-apprentissage

Pour tous, ni "interros surprise", ni notes, ni contraintes de programme. Si la loi assure que l'instruction - et non la scolarisation - est obligatoire de 6 à 16 ans, l'Education nationale laisse en effet aux familles le libre choix des moyens et méthodes. Seule exigence : au final, l'enfant doit maîtriser "l'ensemble des exigences du socle commun". Chez les Roany, la maman Céline, 42 ans, dit avoir dû elle-même se "désécoliser" pour oublier les fiches et le rôle de maîtresse qu'elle s'était d'abord assignée. "Cela ne marchait pas. Désormais, on se focalise sur ce que les enfants aiment, sur ce qu'ils veulent apprendre, et petit à petit, ils s'aperçoivent par eux-mêmes qu'ils ont besoin d'acquérir des savoirs fondamentaux pour vivre dans la société", explique-t-elle. 

Sa fille de 9 ans écrit ainsi des livres qu'elle publie sur Wattpad . "Elle se rend compte que l'orthographe est importante, et c'est elle qui me demande des cours de grammaire pour ne pas faire de fautes." Au final, toute opportunité d'instruire est "saisie au vol" et les enfants, "moteurs de leur apprentissage", choisissent leur méthode : "Mon fils aîné apprend beaucoup en regardant des documentaires. Sa sœur la plus âgée en lisant ou en écrivant".

Ecole sans surveillance

"Si certains peuvent se tourner vers des pédagogies différentes, du type Montessori ou Freinet , chacun trouve son truc, en s'aidant d'Internet ou de livres. Et c'est aux parents de se remettre en question si cela ne marche pas", résume Charlotte Dien, qui souligne que l'apprentissage, "c'est tout le temps : on peut aussi apprendre à lire en déchiffrant des panneaux dans la rue, ou à compter en faisant la cuisine". Le tout en se serrant les coudes entre "non-sco". Chez les Roany comme chez les Dien, on a noué des liens avec d'autres familles pratiquant l'instruction à domicile, rencontrées via Internet ou par le biais d'associations. Jeux, activités culturelles ou sportives se font ainsi souvent en groupe.

N'allez pas croire pour autant que l'Education nationale leur laisse une totale liberté. Au contraire. Ces familles, qui doivent à chaque rentrée se déclarer au maire de leur commune et au directeur académique, font l'objet d'une surveillance rapprochée. Une "enquête" de la mairie vérifie tous les deux ans si le mode d'instruction choisi est "compatible avec l'état de santé et les conditions de vie de la famille". Surtout, un inspecteur d'académie évalue annuellement si l'enfant progresse bien vers l'acquisition des exigences du socle commun. Un pouvoir de contrôle, renforcé depuis une circulaire de 2011, qui se heurte parfois à ces familles militantes.

"Si les parents sont coopératifs, cela se passe globalement bien, témoigne Céline de Roany. Pour nous, l'inspectrice était assez ouverte, pas trop donneuse de leçons". Mais le contrôle peut parfois donner lieu à un signalement, prélude à une multitude d'ennuis : juge pour enfants, services sociaux... "Les cas où cela se passe mal, c'est quand l'inspecteur arrive avec un psychologue scolaire et veut s'isoler avec l'enfant pour lui faire passer des tests : en général, les parents qui choisissent l'instruction en famille ont une pédagogie qui exclut les tests", explique Charlotte Dien. Qui assure toutefois que l'instruction en famille, ça fonctionne mieux que bien : "Les injonctions de scolarisation représentent un pourcentage ridicule dans les contrôles effectués, même pas 1%."

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