Le redoublement est-il vraiment "interdit", comme l'affirme le ministre de l'Éducation nationale ?

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MISE AU POINT - Le nouveau ministre de l'Éducation nationale Michel Blanquer estime qu'il est "absurde" d'"interdire le redoublement" et propose "qu'il reste possible dans l'intérêt de l'élève". Mais la pratique était-elle jusqu'alors complètement abandonnée ?

C’est l’une de ses premières prises de position en tant que nouveau ministre de l’Education nationale. Michel Blanquer, dans un entretien au Parisien, a ainsi annoncé ce jeudi sa volonté de laisser l’hypothèse du redoublement possible "quand c’est dans l’intérêt de l’élève et dans des cas qui doivent rester rares". Il ajoute : "Il n’est pas normal d’interdire le redoublement. Il y a quelque chose d’absurde à laisser passer de classe en classe des élèves accumulant les retards".


Mais est-ce aussi simple que ça ? Le redoublement était-il jusqu’à présent réellement "interdit" dans les établissements scolaires ? Pour le savoir, nous avons regardé de plus près les études dispensées par le CNESCO, le Conseil national d’évaluation du système scolaire. Et nous apprenons qu’en 2003... La France était en réalité championne d'Europe du redoublement. En 2012, elle se plaçait en cinquième position de l'OCDE des pays faisant le plus redoubler leurs élèves. Cette année-là, 28% des élèves français âgés de quinze ans déclaraient alors avoir redoublé au moins une fois dans leur scolarité. Deux ans plus tard, en 2014, ce chiffre est en nette régression, mais, comme le précise le CNESCO, le recours au redoublement est encore, à l'époque, un phénomène "massif". 

Limiter le redoublement à des cas exceptionnelsNajat Vallaud-Belkacem, en 2014

La pratique du redoublement n'a donc jamais été à proprement parler "interdite", mais voici un sujet qui permet au nouveau ministre de s'inscrire en contradiction avec la politique menée en la matière par sa prédécesseure, Najat Vallaud-Belkacem. Celle-ci avait œuvré en faveur de l'adoption d'un décret, en 2014, affirmant "le caractère exceptionnel du redoublement". Mais même là, il n'était guère question d'interdire, purement et simplement, le redoublement scolaire. 


Voici notamment ce que l'ex-ministre de l'Education nationale déclarait à la rentrée 2014 : "Cela fait des années qu’il est avéré que le redoublement est assez inefficace pédagogiquement parlant, qu’il est démotivant pour les élèves et par ailleurs qu’il est coûteux. Nous avons pris une décision (…) de limiter le redoublement à des cas exceptionnels qui le justifient véritablement. Et dans le reste des situations lui préférer un accompagnement personnalisé de l’élève pour le conduire sur le chemin de la réussite plutôt que de le stigmatiser en lui faisant recommencer des années alors qu’on sait que c’est souvent vain."

Et chez nos voisins ?

Très concrètement, ce décret prévoit que les parents d'un(e) collégie(ne) peuvent demander par écrit le redoublement de leur enfant au chef d'établissement. Mais celui-ci doit apparaître comme "étant de nature à pallier une période importante de rupture" dans l'apprentissage, et recueillir l'avis du conseil de classe. 


Une voie de concertation également empruntée par nos voisins. L'Allemagne, l’Autriche, la Pologne et l’Espagne cherchent par exemple à réduire leur taux de redoublement et conditionnent le passage dans la classe suivante à un programme de rattrapages dans les matières où les lacunes sont constatées. Une piste qui n’a pas l’air d’être envisagée, du moins à l'heure actuelle, dans le système éducatif français.  

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