Edouard Martin : "La direction d'Air France devrait elle aussi être mise en garde à vue !"

SOCIÉTÉ

INTERVIEW - Edouard Martin, ancien visage du combat des salariés d'Arcelor-Mittal aujourd'hui eurodéputé socialiste, nous livre son regard sur le conflit à Air France, alors que six salariés de la compagnie ont été arrêtés et placés en garde à vue lundi, une semaine après les violences spectaculaires commises sur des vigiles et deux cadres du groupe. Pour l'ancien leader CFDT de Florange, les dirigeants d'Air France se sont mis "hors-la-loi" en n'étant pas "loyaux dans la négociation du plan social".

Six salariés d'Air France sont aujourd'hui en garde à vue. Comment réagissez-vous à leur interpellation ?
Il faut déjà voir ce que cela va donner. Une plainte a été déposée, la police est saisie et est obligée d'y répondre en convoquant les personnes suspectées. Moi-même, j'ai été interpellé à trois reprises dans le cadre du conflit de Florange et à chaque fois, j'étais ressorti au bout de deux heures. C'est tout ce que je souhaite aux personnes aujourd'hui en garde à vue. Mais ensuite, je pense que si la direction d'Air France veut apaiser le climat et en sortir par le haut, il faut qu'elle dise stop aux poursuites. Les six personnes entendues par la police sont suffisamment stressées et apeurées : en plus du licenciement, elles risquent une condamnation pénale.

Pour vous, les responsables de "l'agression à la chemise" doivent-ils néanmoins écoper de sanctions ?
Qu'Air France les sanctionne avec quelques jours de mise à pied pour marquer le coup, car il ne faut pas laisser les violences passer inaperçues, c'est une chose. Mais leur faire risquer une condamnation pénale... Le problème, c'est que tout le monde ne parle que des conséquences du plan social et des violences qui ont eu lieu. Moi ce que je veux dénoncer, ce sont leurs causes.

C'est-à-dire ?
Aucune agression physique ne peut être tolérée, mais il y a un contexte de violences sociales. Il faut que la direction d'Air France arrête de prendre les Français pour des imbéciles ! Elle ne va pas nous faire croire qu'en 48 heures, elle a pondu un plan social prévoyant 2900 suppressions d'emplois parce que ses pilotes avaient refusé de travailler 100 heures de plus par an. C'était préparé depuis longtemps ! Il n'y a pas eu de négociation loyale, on a convoqué les organisations syndicales pour les mettre devant le fait accompli. Après, il y a eu toute cette violence, mais ceux qui la condamnent au premier chef, et encore une fois il faut condamner toutes les agressions physiques, ne sont jamais passés par là : il faut se mettre à la place de ces personnes. Regardez les images de cette dame (lors du comité central d'entreprise de la compagnie lundi dernier, ndlr) expliquant les efforts qu'elle et ses collègues ont consenti depuis des années, et regardez l'attitude de la direction : elle ne lui répond pas et ne daigne même pas la regarder, ou avec dédain. Ce n'est pas violent, ça ?

Que demandez-vous ?
Qu'on mette en garde à vue les auteurs des agressions présumés, c'est une chose. Mais ce serait bien aussi que l'on mette en garde à vue les dirigeants d'Air France qui n'ont pas été loyaux dans la négociation du plan social, contrairement à ce qu'exige le Code du travail. Si mise en examen il doit y avoir, c'est aussi du côté de la direction, qui s'est ainsi mise hors la loi.

La semaine dernière, Manuel Valls a affiché sa fermeté face aux "voyous" et son soutien total à la direction d'Air France. En tant qu'ancien syndicaliste aujourd'hui élu sous les couleurs du du PS, qu'avez-vous pensé de ses prises de position ?
Ces propos sont complètement déséquilibrés. Je sais bien que l'on est en période d'élections, mais traiter les salariés de voyous, c'est ignorer ce que l'on ressent quand on se fait virer du jour au lendemain, que votre vie bascule et que tout s'effondre ! Qu'il soit ferme avec les violents, oui, mais j'aurais aimé qu'il ait la même fermeté avec la direction d'Air France. S'il voulait avoir un minimum de crédibilité dans ses propos, il aurait été très judicieux qu'il aille également apporter son soutien aux 2900 salariés sur la sellette. Monsieur Valls est le Premier ministre de tous les Français, pas seulement de la direction d'Air France. Il ne faut pas qu'il l'oublie, et qu'il soit au côté de tous les Français qui souffrent.

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