Education à la sexualité : la France coincée dans "une approche encore trop sanitaire"

Education à la sexualité : la France coincée dans "une approche encore trop sanitaire"

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OLD SCHOOL - Aborder le sujet de la sexualité avec les plus jeunes pour mieux lutter contre les stéréotypes et les préjugés sexistes et homophobes n’est pas une sinécure. Le défenseur des Droits publie ce lundi un rapport sur les droits de l’enfant et consacre un volet à cette épineuse question. Décryptage.

C’est une question que de nombreux parents se posent : comment développer chez leurs enfants un rapport sain à la sexualité à l’heure de la prolifération de contenus pornographiques sur Internet ? Le Défenseur des droits, Jacques Toubon, publie ce lundi son rapport annuel sur les droits de l’enfant. Et une partie de son rapport est consacrée à l’éducation à la sexualité des enfants.


Premier constat, la France a "une approche encore trop sanitaire" sur ce sujet. A ce titre, le rôle de l’école est primordial. Certes, il est essentiel de former les plus jeunes aux enjeux liés à la contraception et les prévenir des risques encourus (Sida, infections sexuellement transmissibles). D’autant que les IST ont augmenté de 10% chez les 15-24 ans entre 2012 et 2014.


Mais "l’apprentissage de l’égalité des sexualités, du respect des orientations sexuelles et des identités de genre et la lutte contre les préjugés sexistes ou homophobes" devraient également être des sujets de préoccupation selon le Défenseur des droits. Or, cette tendance à aborder la sexualité par la prévention crée "un décalage avec les attentes des bénéficiaires" et cela participe à "la consolidation d’une sorte de tabou" autour du sujet, pointe le rapport.

Questionner les normes sociales

Pourtant, l’éducation à la sexualité doit justement permettre de questionner les normes sociales, ajoute-t-il. Comme l’avait déjà indiqué le Haut Conseil à l’Égalité entre les femmes et les hommes (HCE), les jeunes filles se trouvent souvent confrontées à une "double injonction de se montrer désirables mais respectables" et les garçons sont soumis à une "norme de virilité".

Le Défenseur des droits souhaite que le sujet des violences faites aux femmes soit davantage aborder dans les séances dédiées à l’éducation à la sexualité, au nombre de trois par an du CP à la terminale. 


Enfin, l’impact de l’accès précoce à la pornographie doit faire l’objet d’un débat, suggère le Défenseur des droits, car celle-ci véhicule "des représentations inégalitaires de la sexualité". A cet égard, l’éducation à la sexualité peut s’avérer particulièrement utile car elle peut permettre de "développer une perspective critique sur l’écart entre représentations pornographiques et expériences vécues du sexe et du genre", selon les mots de la sociologue, Claire Balleys, auteur de Socialisation adolescente et usages du numérique, citée dans ce rapport.

Mieux former les enseignants

Pour aider le personnel de l’Education nationale (les enseignants mais aussi les chefs d’établissements, les CPE, les surveillants, les infirmières scolaires), le Défenseur des droits recommande notamment de renforcer leur formation "aux techniques d’animation permettant de favoriser les échanges entre et avec les jeunes". 


Des outils pédagogiques adaptés ne seraient pas non plus un luxe. Dans un rapport réalisé l’an dernier, le HCE avait dénoncé la vision "hétéronormée" et "biologisante" du guide du formateur qui définit la sexualité d’abord un mode de reproduction ainsi qu’une absence de réflexion sur l’égalité des sexes et des sexualités. Selon la direction générale de l'enseignement scolaire, ce guide, édité il y a presque 20 ans, est en cours de réécriture.

Le tabou de la prostitution des enfants

Naturellement, les parents ont également leur rôle à jouer même si ce sujet reste sensible dans de nombreuses familles. Selon une enquête réalisée en 2015 auprès d’élèves de 4e et de 3e, 59% des élèves n’ont jamais parlé de sexualité avec leur mère et 80 % avec leur père. Pour faciliter le dialogue, le Défenseur des droits préconise "d’associer les parents au projet d’éducation à la sexualité au sein des établissements afin de s’assurer de leur compréhension des enjeux et, dans la mesure du possible, de favoriser leur bonne appropriation de la démarche". Bien conscient du caractère intime du sujet, le rapport rappelle toutefois le droit des enfants à se taire s’ils ne souhaitent pas échanger avec leurs parents sur la question. 


Alertée par des associations sur ce phénomène jusqu’ici inconnu, le Défenseur des droits veut enfin porter "une attention particulière sur la prostitution occasionnelle qui semblent augmenter chez les jeunes". D’après l’association Agir contre la prostitution des enfants, des collégiennes et des lycéennes "consentent à exécuter des prestations sexuelles tarifées à leurs camarades d’établissement scolaire". Sans plus de précision, le rapport préconise de "mettre en place les actions adaptées" et d’améliorer "la protection et l’accompagnement des jeunes concernés".

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