Faut-il dire à sa fille qu’elle est belle ?

Faut-il dire à sa fille qu’elle est belle ?

DÉBAT – Une maman britannique a décidé d’adapter son éducation pour le bien de sa petite fille de 7 ans. Son principe : ne jamais lui dire qu’elle est belle. Une manière de lui faire comprendre qu'elle doit être jugée sur ses capacités intellectuelles et non physiques. Est-ce pour autant une bonne idée ? Nous avons questionné plusieurs spécialistes pour essayer de comprendre.

L'éducation n'a plus de secret pour vous ? C'est ce que pensait aussi Clare O'Reilly, britannique, mère de trois enfants. L'arrivée de la petite dernière - Annie - a quelque peu bousculé ses acquis. "Dès le début, j'ai constaté que les gens la traitaient différemment de mes deux garçons qu'on qualifiaient de "forts", "robustes" ou "aventureux".  Annie, elle, était "uniquement complimentée pour son physique", explique la mère de famille dans les colonnes du Daily Mail.


Résultat, cette maman a fait le choix de ne plus complimenter sa fille de 7 ans sur son aspect physique : "En regardant ma fille, innocemment inconsciente de sa propre apparence, j'étais soudain déterminée à faire tout ce que je pouvais pour équilibrer les choses. J'ai décidé très tôt que je ne dirais jamais à Annie qu'elle est belle, magnifique, ou même jolie. Je ne la complimenterai jamais pour son physique". Cette mère a donc fait le choix de ne mettre en avant que les capacités intellectuelles de sa fille, tout comme ses talents sportifs et musicaux. 


"Plus que jamais, les jeunes filles d'aujourd'hui sont exposées à un examen plus minutieux de leur apparence. Elles sont bombardées d'images de belles femmes sur les réseaux sociaux, et beaucoup commencent à partager des images similaires d'eux-mêmes très tôt dans la vie. Faut-il s'étonner que nos petites filles se transforment ensuite en jeunes femmes plus préoccupées que les générations précédentes par leur apparence ?", s'interroge Clare O'Reilly.

Une réponse "un peu brutale"

La décision de Clare a fait le tour des réseaux sociaux : alors que certains soulignent la pertinence de son choix éducatif, d'autres, en revanche, le trouvent bien trop extrême. À la rédaction de LCI, on s'est aussi posé la question : l'air de rien, ne conditionne-t-on pas trop nos filles à plus se préoccuper de leur physique, plutôt que de leur intellect ? Pourquoi complimente-t-on plus facilement une petite fille sur son physique, qu'un petit garçon ? A l'heure où plus que jamais, on tente de réduire les inégalités entre femmes et hommes, et que l'on sait que beaucoup de choses se jouent dès le plus jeune âge, il nous a semblé important d'en savoir plus sur le sujet. 


"Sur le fond, cette mère pose une question qui existe", nous confirme le psychologue pour enfants, Vincent Joly. Au Royaume-Uni justement, une étude de Girl Guiding UK a montré que plus d'un tiers des filles âgées de sept à dix ans pensent que le physique est la qualité la plus importante chez une femme. "C'est quelque chose qui est inscrit depuis des générations. Ce qu'on a longtemps attendu de la femme, c'est d'abord sa beauté", reconnaît de son côté la psychologue clinicienne, Sophie Tournesac.


Cependant, la réponse de cette maman à cette problématique est "un peu brutale", précise à son tour Vincent Joly. "Régler ça en contrant la beauté à l’intellectuel, pédagogiquement, la stratégie est discutable. Il est préférable de dire à sa fille qu’elle est belle plutôt que de ne rien dire. Par cela, on sous-entend des choses : qu’on l’aime, qu'on la chérit…". Une idée étayée par le pédopsychiatre Gilles Nester. "C’est une question d’excès. C’est important d’être valorisé même si le sujet de la beauté est très subjectif. Il faut le faire, oui, mais dans la modération", ajoute-t-il.

"Rien ne sert d’être dans l’excès"

Pas facile de trouver le juste équilibre. Car comme nous le rappelle Vincent Joly, "les parents ont beaucoup de pression, ils veulent que leurs enfants réussissent mais ne savent pas comment faire. Face à cette pression, on peut avoir des idées discutables". Et le risque, dans le cas bien précis de cette mère anglaise, c'est que sa fille ait des difficultés d'estime de soi. 


Attention également à ne pas projeter ses propres traumatismes sur son enfant, ce qui semble être le cas de cette mère. "J'étais une enfant difforme avec des sourcils broussailleux et de l'acné, je ne me suis jamais sentie assez jolie. Bien que j'étais l'athlète la plus rapide de mon école, le sport ne comptait pas à mes yeux. (...) Je savais juste que je ne faisais jamais tourner les têtes. Les comparaisons nuisibles que j'ai faites ont entamé ma confiance pendant des années", confie-t-elle au Daily Mail


"On élève toujours nos enfants par rapport à notre propre enfance", nous confirme le pédopsychiatre Gilles Nester. Sauf que "pour que la mère puisse transmettre correctement, il faut qu'elle ait une bonne estime d'elle-même à la base (...). Il faut qu'elle explique à son enfant pourquoi le physique n'est pas le plus important, pourquoi ça peut être un atout, mais pourquoi cela peut aussi la desservir (...). En tous les cas, rien ne sert d'être dans l'excès. Cela angoisse l'enfant si on ne met pas des mots pour expliquer". Car passer sous silence, comme le fait cette mère, qui a fait le choix de ne jamais parler de sa beauté à sa fille, sans lui expliquer, est potentiellement risqué, et peut établir à terme une "mauvaise relation" entre elles. En cas d'absence totale de compliments liés à son physique, l'enfant peut en effet décréter qu'elle n'est pas jolie et développer des complexes, qui peuvent poser de sérieux problèmes, notamment à l'adolescence.

"Travailler d'autres approches" de la beauté

Et inversement, comment réagir quand sa fille ne cesse de mettre en avant son physique ? "Souvent les enfants qui disent ça rapportent des paroles entendues. Un enfant ne dit pas les choses s'il ne les a pas déjà entendues", nous explique Sophie Tournesac. Si vous êtes confronté(e) à cette situation, une seule solution : l'écoute et le dialogue. 


Il faut "travailler d'autres approches de la beauté (...) En tant que mère, ce que j'ai toujours dit à ma fille, c'est que le plus important c'est la beauté intérieure (...) On y met à la fois l'affectif, l'esthétique et le cognitif", assure Sophie Tournesac. "Ce qui est important c'est de donner une notion de profondeur", assure la spécialiste. Avec ces quelques pistes, parents, vous voilà prêts à affronter la question avec votre enfant !

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