Egalité à l'école : l'ABCD de l'enfumage, par Benoît Hamon

SOCIÉTÉ
DECRYPTAGE - Sans admettre avoir renoncé aux fameux "ABCD de l'égalité", le ministre de l'Education a présenté lundi un nouveau plan d'action pour "l'égalité entre les filles et les garçons à l'école". Malgré un plan com' bien rodé, metronews décortique les 5 preuves qu'il s'agit bien d'un renoncement.

Recul ou progrès, abandon ou amplification ? Depuis que le ministre de l'Education nationale a annoncé lundi le retrait des ABCD de l'égalité , les avis divergent pour qualifier ce mouvement du gouvernement. Au lieu d'étendre les ABCD - ce dispositif lancé dans 600 classes à l'automne dernier pour lutter contre les stéréotypes de genre à l'école et qui devait être généralisé en septembre prochain - Benoît Hamon promet un nouveau plan d'action "plus ambitieux" et "sans équivalent". Et voici sa méthode pour nier qu'il s'agisse d'un enterrement des ABCD.

> Ne pas dire que c'est la faute des opposants
Il y a au moins une chose que Benoît Hamon ne peut nier : l'étiquette "ABCD" disparaît de son nouveau plan d'action. A cause de ses opposants, qui en avaient fait un chiffon rouge ? Pas du tout, assure son cabinet auprès de metronews : "Ce n'est pas à cause de la Manif pour tous ni à cause de Farida Belghoul (initiatrice des Journées de retrait de l'école, ndlr) que l'on abandonne ce nom". "Nous cherchons surtout à rassurer les parents qui se posaient des questions après de nombreuses rumeurs véhiculées autour des ABCD", ajoute l'entourage du ministre. Et Benoît Hamon lui-même d'en convenir : les ABCD étaient trop souvent associées à des "polémiques" et des "batailles d'adultes".  Des polémiques et des rumeurs absurdes qui ont justement été lancées et relayées... par la Manif pour tous et les Journées de retrait de l'école !

> Comparer l'incomparable
Le meilleur moyen de prouver qu'on ne recule pas, c'est de montrer qu'on avance. Fort de ce principe, le cabinet de Benoît Hamon diffuse un tableau comparant l'expérimentation des ABCD avec son nouveau plan d'action. Le ministère y insiste à plusieurs reprises sur l'étendue territoriale de ce dernier, qui concernera désormais "toutes les académies" (au lieu de 10 seulement pour les ABCD) et "tous les enseignants" (au lieu des seuls 600 volontaires pour l'ancien dispositif). Sauf que les ABCD avaient vocation à être généralisés après leur expérimentation, et donc de couvrir autant de territoire que le nouveau plan.

> Insister sur de nouveaux modules... qui existaient déjà
Dans ce même tableau comparatif, le ministère assure qu'avec le dispositif des ABCD, il n'y avait "pas d'offres de contenus de formation mis à disposition des enseignants". "Des modules 'prêt-à-l'emploi'" seront en revanche "mis à disposition" des enseignants avec le nouveau plan d'action, annonce-t-il. Sauf que le site ABCD de l'égalité, toujours en ligne , le faisait déjà, dans les rubriques explicitement intitulées "outils de formation" et "outils pédagogiques".

> Ne pas dire que les nouveaux modules seront facultatifs
Les échanges sur la question de l'égalité entre les filles et les garçons étaient le cœur des ABCD. Dans son nouveau plan, le ministre de l'Education propose désormais une "mallette pédagogique", disponible dès la rentrée prochaine. "Elle sera accessible en ligne et permettra à tous les enseignants de transmettre la valeur d’égalité lors des différents temps de classe", assure Benoît Hamon. Sauf que leur usage ne sera plus obligatoire. "Les enseignants sont maîtres dans leur classe, on ne peut pas leur imposer", confirme auprès de metronews l'entourage du ministre.

> Exagérer l'ambition du plan
Pour insister sur l'ambition de ce nouveau plan "sans équivalent", le ministre de l'Education annonce des "séquences pédagogiques enrichies" sur l'égalité filles-garçons qui intégreront les différents programmes scolaires. Une avancée ? "Il y a déjà des chapitres sur ces questions notamment en éducation civique", pointe auprès de metronews Alain Vriniaud, secrétaire national de la CGT éducation. En outre, la mise au point de nouveaux programmes scolaires prend du temps : ils ne verront pas le jour avant la rentrée 2016. De même, si le plan vise à former les 25.000 étudiants des écoles supérieures du professorat (Espé), ceux-ci ne sont que 3% chaque année à intégrer l'Education nationale. "Les professeurs qui enseignent actuellement bénéficieront d'une formation de 9 heures", rétorque le ministère. "Ce sont les académies qui appliqueront ces formations", nous explique Alain Vriniaud. "Mais franchement, ce n'est pas en 9 heures de réflexion que l'on va remettre en cause tous les stéréotypes", prévient-il.
 

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