Elena, transgenre et victime de discrimination à l'embauche "veut juste qu'on respecte la loi"

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JUSTICE - Elena est la première transgenre à faire condamner son employeur pour discrimination à l'embauche. Une décision qui fait date, même si elle l'assure : cette procédure, c'était d'abord son combat à elle. Elle se confie à Metronews.

Octobre 2011. Elena est pleine d'espoir. Elle vient de dénicher sur le site de Pôle Emploi une annonce pour donner des cours du soir aux jeunes Compagnons du devoir, sur le thème de la discrimination. Un domaine qu'elle maîtrise bien. Le premier entretien avec l'employeur, d'ailleurs, se déroule à merveille. "On m'a rappelée ensuite pour me dire 'c'est vous qu'on a choisi'". Rendez-vous est pris quelques jours plus tard pour fournir les documents nécessaires à l'établissement du contrat. "Ma pièce d'identité, de sécurité sociale, un extrait de casier judiciaire. Des demandes tout à fait normales."

"On cherchait une manière d'invalider ma candidature"

Mais si Elena, 48 ans, est une femme aujourd'hui, ses papiers administratifs indiquent encore qu'elle fut un homme, dans une autre vie. "En voyant mes documents, l'assistante de l'employeur m'a dit qu'il n'y avait pas de problème, qu'elle en référerait à la direction." Sauf qu'à partir de ce moment-là, tout change. Elena est convoquée une seconde fois par le directeur régional. Et a droit à un nouvel entretien en règle. "C'était complètement inapproprié. On me posait les mêmes questions que la première fois, sans attendre de réponses, d'ailleurs. C'était évident qu'on cherchait une manière d'invalider ma candidature." "On vous tient au courant" lui dit-on en partant, avant de lui serrer la main "du bout des doigts". L'après-midi même, elle apprend que sa candidature n'est plus retenue.

La suite, Elena la connait déjà. Quinze jours après cet épisode, elle saisit le Défenseur des droits. "Immédiatement, j'ai su que la discrimination était caractérisée. C'est quasiment un cas d'école." Le Défenseur la soutient et organise une conciliation en octobre 2014, avec le directeur de l'entreprise. Son employeur ne se déplace pas. D'ailleurs, Elena ne le reverra jamais, ni à cette occasion, ni à l'audience du mois d'avril 2015 au tribunal des Prud'hommes de Tours.

"J'ai créé un précédent"

Le 4 juin, elle obtient gain de cause. Selon les informations de France Info , les Compagnons du devoir sont reconnus coupables de discrimination à l'embauche et condamnés à verser à la victime 1500 euros de dommages et intérêts. "Je suis heureuse, nous confie-t-elle encore, mais pas vraiment surprise d'avoir gagné. En revanche, je suis bien étonnée d'être la première ! On dirait que j'ai créé un précédent."

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Car grâce à elle, la discrimination à l'embauche des personnes transgenres pourrait désormais être plus facilement reconnue par la justice. Mais Elena le dit sans détour, cette bataille, c'était d'abord la sienne. "Je n'ai pas fait tout ça pour devenir un symbole. Je n'appartiens à aucune association, je ne me réclame d'aucune démarche militante. Ce combat, je l'ai mené pour moi." Et d'ajouter : "J'ai toujours respecté la loi. Je ne demande rien d'exceptionnel, juste à ce qu'on la respecte à mon égard."

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