Une postière fait un AVC au travail, on lui dit de finir ce qu'elle a à faire

Une salariée de La Poste
SOCIÉTÉ

CONDITIONS DE TRAVAIL - Les employeurs d'une jeune salariée de La Poste en CDD auraient attendu trois heures avant d'appeler les secours, en dépit de la détresse de la jeune mère de famille, qui était en train de faire un accident vasculaire cérébral.

Elle a failli y passer. Une jeune postière de 25 ans, qui a fait un AVC sur son lieu de travail en février à Villeneuve-d'-Ascq (Nord), avait alors dû attendre trois heures avant que ses employeurs acceptent d'appeler les secours, a-t-elle confié à France 3

Que s'est-il passé ce jour de février ? Emeline, en CDD depuis sept ans au centre de distribution, raconte que, ne se "sentant pas bien" au réveil, elle envoie un SMS à son supérieure "pour le prévenir" de son état. Son patron la rappelle. Il lui "met la pression". "Il y a déjà des absents, on est dans la mer**", aurait-il martelé.   

Tu n'es pas médecin !- La direction à un syndicaliste

Elle arrive à 6h30 à La Poste. Les maux de tête s'accentuent. "Je commençais à ne plus sentir ma jambe et j'avais mal au bras", se souvient la jeune mère de famille. C'est un syndicaliste, membre du Comité d'hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT), qui finit par insister auprès de la hiérarchie. "Tu n'es pas médecin !" lui aurait-on rétorqué. 

Une encadrante appelle enfin les secours, il est 9h30. Emeline est là depuis trois heures.  A l'hôpital, un AVC lui est immédiatement diagnostiqué : le côté droit du cerveau est atteint, ainsi que le coeur. Elle est placée en soins intensifs durant six jours.

Pression sur les précaires

Emeline a porté plainte pour non-assistance à personne en danger. Interrogée par France 3, la direction de La Poste assure que la contractuelle "avait déclaré vouloir venir travailler sans consulter un médecin". Par ailleurs, un communiqué de l'organe public est formel : "Alors que la salariée ne souhaitait pas que les pompiers interviennent, l’encadrant a contacté le 15". 

Souffrant de lourdes séquelles, Emeline est toujours en arrêt longue maladie. Elle n'a notamment pas retrouvé le bon usage de l'une de ses jambes et a fait une demande pour être reconnue travailleuse handicapée. Comment explique-t-elle la réaction de sa direction ? Selon la jeune factrice, au centre de tri de Villeneuve, "les précaires doivent faire tout ce que les titulaires ne veulent pas faire". 

En juin dernier, La Poste annonçait qu'elle avait supprimé plus de 7000 postes en 2015, suscitant l'ire des salairés qui dénoncent régulièrement des conditions de travail plus difficiles et exigeantes.

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