Elles ont 20 ans et défilent contre le droit à l'avortement

Elles ont 20 ans et défilent contre le droit à l'avortement
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REPORTAGE - Comment peut-on avoir 20 ans, aujourd’hui, et défiler contre le droit à l’IVG ? Nous avons posé la question aux jeunes manifestants qui ont défilé dimanche à Paris lors de la " marche pour la vie ".

Elles étaient bien loin d’être nées, au moment où Simone Veil bataillait à l’Assemblée nationale pour le droit à l’IVG. Enfants des années 2000, elles ont grandi dans un pays où l’accès à l’avortement pour les femmes est un droit acquis, où le "manifeste des 343 salopes" appartient déjà aux livres d’histoire. Et pourtant, à la "marche pour la vie", manifestation annuelle des militants anti-avortement, anti-euthanasie, anti-PMA, elles étaient là : des jeunes femmes - 18, 20 ans à peine - venues en famille, entre amis du lycée, entre bandes d’étudiants. 


Sous la pluie glacée de ce dimanche 21 janvier, porte Dauphine à Paris, c’est cela surtout qui nous frappe : le nombre d’enfants et de jeunes qui ont fait le déplacement pour assister à cette manifestation qui, si elle se tient cette année dans le contexte particulier des états généraux de la bioéthique et des discussions autour de l’ouverture de la PMA à toutes les femmes, n’a jamais cessé de faire de la lutte contre le droit à l’avortement son cheval de bataille. Alors, on s’est posé cette question : comment peut-on avoir 20 ans en 2018 et défiler contre le droit à l’IVG, derrière des slogans du type "l’avortement est un poids, pas un choix", "IVG, ça suffit!" ou "Macron, Macron, touche pas aux embryons " ?

" Il y a les orphelinats, les familles d’accueil. "

"Parce que c’est un mouvement qui va au-delà des générations" nous explique Marie, étudiante parisienne. "Bon c’est sûr qu’il y a un lien avec ma religion et mon héritage familial : je suis catholique et une partie de ma famille pense comme moi " concède-t-elle rapidement. A côté, son amie Philippine, 19 ans, acquiesce. Jeunes, porteuses d’un utérus, elles ne se sentent pourtant pas vraiment concernées par la question de l’avortement : "Oui, je serai peut-être un jour confrontée au fait d’avoir un enfant que je ne veux pas. Mais il y a l’orphelinat, les familles d’accueil." Et Marie d’ajouter dans un demi-sourire, se sachant provocante : "C’est toujours mieux que de tuer quelqu’un…"


Les éléments de langage savamment distillés par l’équipe de la "marche pour la vie " sont bien présents. Devant Marie et Philippine, sur l’estrade au bout de la place, vient de s’installer Victoire de Gubernatis. "Symbole de la jeunesse du mouvement", comme la présentent les organisateurs de la manifestation, elle est porte-parole de la marche… à seulement 25 ans. Et dans son discours récité d’un ton d’église, elle met un point d’honneur à parler de "rencontre de deux générations ", "celle qui a vu la légalisation de l’IVG et celle des rescapés de l’avortement". Comme un appel du pied à tous les jeunes qui l’écoutent, sous une marée de parapluies.

"Bon okay, il y a des cas graves comme le viol, quand même… "

Mayalène est parmi eux. Versaillaise de 18 ans, elle se reconnaît dans ce discours qui dit vouloir " mettre la vie avant tout." Même si, devant ses amis, elle émet quelques réserves sur la remise en cause du droit à l’IVG. "Bon, okay, il y a des cas graves comme le viol par exemple, où ça ne se discute pas trop, quand-même… " nous indique-t-elle du bout des lèvres. Et si Marie, Philippine, Mayalène et les autres sont venues à la marche sans leurs parents, comme un acte de sage affranchissement, ce n’est pas le cas pour cette petite fille de neuf ans et demi, accompagnée de sa mère.


Pourquoi est-elle ici ? La petite hausse les épaules : "Pour dire non… à l’avortement. " "Voilà, c’est ça ", reprend sa mère. "J’essaie d’expliquer ces sujets sociétaux à mes enfants. Et leur innocence a été heurtée quand je leur ai dit qu’on pouvait tuer des bébés dans le ventre de leur maman. " Aux épaules de sa fille est scotchée une affiche, sur laquelle on peut voir le dessin d’un foetus, surmonté de ce slogan : "C’est mon corps, pas ton choix", détourné de la devise féministe "mon corps, mon choix ". " Ça veut dire que c’est son corps et que personne ne peut décider à sa place", décrypte la mère de famille. Etrange : une militante dans un rassemblement féministe n’aurait pas dit autre chose. "Si elle décide d’avorter, je ne pourrais pas l’en empêcher", complète-t-elle, avant de se rattraper : "Mais j’en serais vraiment très malheureuse."

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