13-Novembre : en face du Bataclan, les hommages émouvants et discrets des habitants

SOCIÉTÉ

Toute L'info sur

Les attentats du 13 novembre, trois ans après

REPORTAGE – Après les commémorations de la République, la nuit est tombée et le silence est revenu dans le 11e arrondissement. Devant le Bataclan, les habitants du quartier se recueillent à leur manière. Les hommages les plus émouvants se font dans l’intimité.

Pour un peu, ça ressemblerait à n’importe quel dimanche soir. Comme le 13 novembre dernier ressemblait à n’importe quel autre soir au Café des Anges, rue de la Roquette : bondé, bruyant, rigolard. Histoire de balayer le cafard de l’automne. Sauf qu’il y a un an, la patronne du Café des Anges avait invité son équipe à fêter ses 40 ans à La Belle Equipe. Personne n’en est revenu.

Ce 13 novembre 2016, le Café des Anges est aussi bondé et bruyant que d’habitude. Mais les serveurs se ferment quand on évoque le drame et refusent de nous parler. Aucun hommage n’a été prévu pour leurs amis et collègues : on fait comme si de rien n’était. La terrasse est pleine, comme chaque soir de l’année : c’est ici qu’il faut chercher la résistance, la saveur de la vie qui continue.

On n’a jamais vu de Parisiens se bousculer avec autant de délicatesse

A dix minutes de marche rapide, nous voilà devant le Bataclan, débarrassé des hommages officiels et rendu aux habitants du quartier. Une petite foule se masse devant la plaque portant les noms des victimes assassinés pour avoir voulu passer une bonne soirée. "Les touristes sont là pour faire des photos et c’est tout", lâche une jeune femme. Mais tout le monde lit les noms gravés. On sourit tristement en découvrant que notre collaborateur Guillaume B. Decherf s’appelait Barreau-Decherf… 

Sur le trottoir d’en face, quelques amateurs se relaient autour d’un piano. 

Pas d’  "Imagine" à outrance, mais quelques notes douces de jazz, plus appropriées à l’ambiance de recueillement silencieux ; on n’a jamais vu de Parisiens se bousculer avec autant de délicatesse. Juste derrière, une poignée de gens contemplent les fleurs et les bougies qui ornent les grilles du parc, dans un silence plus relatif. 

Un portable sonne, une jeune fille répond, elle s’énerve à moitié : "Je suis là, j’avais envie d’être là, c’est tout, ça aurait pu être moi, ou toi si tu sortais plus souvent !" Un monsieur bien plus âgé se penche vers les lettres manuscrites, se redresse et glisse à sa voisine : "J’arrive pas à lire mais je suis sûr que c’est beau." On rit pour ébrouer la solennité.

 

Un petit garçon rallume les bougies éteintes, devant un panneau qui proclame "L’amour court les rues". Au bout de quelques-unes, inquiet qu’on ne lui dise rien, il se retourne vers sa mère :  "Celles-là aussi, je peux ?" La maman acquiesce. Quelques caméras du monde entier filment l’enfant aux petites lumières.

En vidéo

Hommage aux victimes du 13 novembre : des lanternes sur le canal Saint-Martin

Lire aussi

    En vidéo

    Hommage aux victimes du 13 novembre : un piano et de la musique pour se recueillir

    En vidéo

    13 novembre : retour sur une matinée d'hommages

    Lire et commenter