EN IMAGES - De Bergson à la place d'Italie, la colère des jeunes dans la rue

SOCIÉTÉ

REPORTAGE - Les jeunes étaient mobilisés en ce 31 mars, pour protester contre la loi Travail. Du lycée Bergson, dans le 19e à Paris, puis à Nation, et place d’Italie, le cortège a grossi, petit à petit, pour rejoindre celui des salariés et syndicats. Le tout dans une ambiance plutôt tendue en matinée à Paris, avant de se calmer à l’heure du déjeuner.

Pétard mouillé ? C’est vrai que ce jeudi, il pleut fort à Paris. Ce qui explique sans doute pourquoi, devant le lycée Bergson, dans le 19e, il n’y a pas foule. Peut-être aussi que la suspension des cours, décidée la veille par le chef d’établissement, a incité les lycéens à ne pas venir. Sous son parapluie orange, dans l’enceinte, le proviseur est là, surveillant les entrées. Mais la matinée sera sans doute calme.

Pourtant, ce lycée de quartier populaire était particulièrement surveillé, depuis des débordements la semaine dernière. Jeudi, en marge de la manifestation contre la loi Travail, un jeune s’est fait frapper par un CRS. Une enquête interne a été ouverte, mais la vidéo a tourné, et le lendemain, une manifestation contre les violences policières a dégénéré.

EN SAVOIR + >>  VIDEO - Heurts, interpellations et record de mobilisation

Bref, ce nouveau jour de mobilisation était attendu - et appréhendé - au lycée. Mais à 10 heures, seuls quelques parents d’élèves viennent parler devant les grilles. Un peu avant, une prof de maths a installé, devant les caméras une banderole : "La violence policière détruit, le lycée Bergson construit". Puis des jeunes, enfin, surgissent. Une dizaine tout au plus, certains excités. Posant fièrement derrière leur banderole. Ils se chauffent en rigolant gentiment : "Yes, yes ! Bravo ! Allez, on part à Nation, ça va être vraiment le feu, même s’il y a la pluie ! Colbert et Voltaire y sont déjà !" Le cortège s'engouffre dans le métro.


Sortie place de la Nation, l’ambiance est nettement plus réchauffée. Sont déjà là environ 500 jeunes, quelques plus anciens aussi. Rieurs, surexcités. Et sur la place, à défaut de leader, l'organisation a du mal à se mettre en place. "Tous à Tolbiac !", crie une fille au mégaphone. Certains suivent le mot d'ordre, d'autres ne bougent pas. Moment de flottement...

"Vas-y balance des slogans", lance un jeune à un porteur de mégaphone "Gattaz, Gattaz au RSA !", "On est jeunes, on est beaux, tous ensembles dans le métro !". Plus classique, le "Get up, stand up, get up for your rights" de Bob Marley est repris en choeur. Les élèves affluent par petites grappes, salués à chaque fois. "Ouaaaais Henri IV ! Avec nous !" C’est joyeux, c’est léger. Même sous la pluie.


Mais tout autour de la Nation, les cordons de CRS refroidissent autant qu'ils tendent l'ambiance. Parmi les lycéens chauffés à blanc, on aperçoit certains jeunes cagoulés, avec pétards et projectiles en mains, visiblement prêt à en découdre. Les premiers heurts interviendront quelques minutes plus tard, boulevard Diderot. En tête de cortège, les éléments les plus excités allument des fumigènes, montent sur les véhicules, le tout strictement encadré par des CRS qui essuient des slogans hostiles.


 


Au milieu du boulevard Diderot, devant la gare de Lyon ou devant le commissariat du 13e arrondissement, des escarmouches éclateront : jets de projectiles, de peinture ou cailloux en direction des forces de l’ordre. La foule crie, hue. Dans le cortège lycéen, les rires sont nerveux. Quelques larmes coulent, la paniques gagne les rangs. Le cortège est hésitant, se sépare, fait demi-tour, s’arrête ou redémarre. Mais, au final, avance bel et bien. Toujours motivé. Et les banderoles officielles reprennent du terrain.


Enfin, c’est la traversée du pont d’Austerlitz, dernière ligne droite avant l’arrivée. Et, à mesure, des drapeaux FSU font leur apaprition. Un énorme ballon du NPA flotte au-dessus des têtes. Les camions de la CGT apparaissent, dans une belle enfilade ordonnée. De grosses sonos crachent l’Internationale. On approche, la moyenne d’âge s'élève. La logistique aussi : ça sent la saucisse grillée et le tractage à tour de bras.

Place d’Italie, la jeunesse rejoint ses aînés et la tension retombe d'un coup, avant le départ du cortège unitaire dans l'après-midi. Un sandwich et ça repart. Même sous la pluie.

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