EN IMAGES - Les Halles de Paris : de Zola à la Canopée, une histoire (très) mouvementéee

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LE VENTRE DE PARIS - La Canopée des Halles, dans le 1er arrondissement de Paris, est inauguré ce mardi après-midi, en plein centre de la capitale. Depuis un siècle, cette véritable bille dans la ville, traversée aujourd’hui par trois lignes de RER et cinq stations de métro, n’a cessé d’évoluer. Parfois pour le meilleur, parfois pour le pire.

En ce jour d’inauguration , les photos de la Canopée des Halles commencent à circuler sur les réseaux. Et, suscitent, déjà leur lot de commentaires, positifs ou pas. "C'est beau de loin, mais une fois en dessous on se sent oppressé, c'est lourd, c'est sombre", écrit ainsi Tony sur Facebook. "Ceci dit, ce n'est pas encore terminé. Peut-être qu’au final ça donnera quelque chose de pas mal." Naïma n’est pas convaincue : "Ils ont fait fort ! Arriver à nous faire regretter les Halles d'avant, fallait le faire !" Bref, les avis sont partagés.

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Les Halles, endroit maudit ? Ce vaste espace est un point névralgique de Paris, une véritable ville dans la ville, où aboutit une gare RER, où débouchent 5 stations de métro, où circulent chaque jour 750.000 personnes. Au cours des dernières années, les Halles n'ont cessé de changer, au gré des politiques urbaines, des volontés politiques, des envies de réinventer le quartier ou des modes architecturales. Petit retour en image.

Un marché grouillant

Les Halles, ça a d’abord été un marché de produits frais. En plein cœur de la capitale, installé là depuis le 12e siècle, l’endroit est dépeint bien plus tard par Emile Zola dans Le Ventre de Paris. C’est un lieu grouillant de monde, d’agitation, de nourriture, d’argent. Ici, sont rassemblées les halles au blé, aux cuirs, les fromageries, s’entassent les draps, gibiers, ou encore le marché aux veaux. Dans Le Ventre de Paris, le héros, Florent, se perd au milieu de ce "flot qui envahit tout", cet "embarras de tapissières, de charrettes, de chars à bancs", ce "déluge de choux, de carottes de navets". Les halles vivent, débordent, grandissent au point que de nombreux commerces investissent l'ensemble des rues avoisinantes. Les Halles sont le vrai cœur de Paris, bien battant. Comme l'illustre cette peinture monumentale de Léon Lhermitte, "Les Halles" faite en 1895. Elle est aujourd'hui exposée au Petit Palais.


Sauf que tout et entassement, cet empilement de marchandises, d’hommes, pose des problèmes d’encombrement, d’hygiène. Au fil des années, plusieurs aménagements ont lieu. Un des plus marquants est, au milieu du 19e siècle, période de nettoyage urbain et haussmannien, celui de l’architecte Victor Baltard. Il imagine l’édification de douze pavillons, couverts de vitrages et de parois en verre, avec de fines colonnettes en fonte. Les pavillons sont construits entre 1852 en 1870. Les deux derniers sont achevés en 1936.

Pendant des années, on retrouve, encore, l'ambiance à la Zola. Chaque pavillon a sa spécialité : la viande, le poisson, les légumes... Les caves abritent une foule de métiers aujourd'hui disparus : les cabocheurs, les pétrisseurs de beurre,  ou encore... les compteurs mireurs d'oeufs .


Mais en 1960, le transfert du marché des Halles à Rungis est décidé. Il est effectué en 1969. A l’époque, l’opération est d’ampleur, présentée comme "déménagement du siècle" : 20 000 personnes, 1 000 entreprises de gros, 5 000 tonnes de marchandises, 1500 camions évacuent le centre de la capitale. Que mettre à la place ? Les premiers projets d’aménagement sont repoussés.


C’est sous le mandat de Georges Pompidou que commence en 1971, la destruction des pavillons. A l’époque, la mesure suscite la colère des riverains, désolés de perdre ce joyau architectural. De ces pavillons, seuls deux ont été préservés aujourd’hui : l’un a été transposé à Nogent-sur-Marne et abrite la salle de spectacle "Pavillon Baltard". L’autre a échoué au Japon, à Yokohama.


A la place, s'installe un trou béant, en plein coeur de Paris. Le fameux "trou des Halles".


Quant aux projets à ériger aux Halles, ils ont connu bien des atermoiements, tan architecturaux que politiques. Au final, une équipe, composée de Georges Pencreac'h et Claude Vasconi l'emporte avec le projet du Forum des Halles, aménagement qui concerne la partie située au-dessus de la gare RER.


La partie aérienne, elle, est d’abord pilotée par un architecte espagnol, avant que Jacques Chirac, maire de Paris, ne fasse raser le gros œuvre, et n'impose Jean Willerval et ses "parapluies". Rappelez-vous...


S’installent peu à peu au cours des années 1980 le RER, les stations de métro, un forum de commerce et loisirs, des hôtels, les jardins sont aménagés. Tout cela dans une architecture des années 1970 qui a mal vieilli, que les riverains n’ont pas vraiment adoptée. Et qu'ils ne regretteront pas vraiment...


En 2004, sous Bertrand Delanoë, la mairie lance un concours d'architecture pour une rénovation totale du quartier. Quatre équipes d'architectes sont sélectionnées : Jean Nouvel, MVRDV/Winy Maas, OMA/Rem Koolhaas et David Mangin.


C'est finalement le projet de David Mangin qui remporte les suffrages. Dans les faits, il coordonnera le projet, sans pour autant tout réaliser. Car le projet définitif retenu est celui des architectes Patrick Berger et Jacques Anziutti, décidé en 2007. Un toit formé de 18.000 écailles de verre couleur sable surplombe un vaste espace de circulation ouvert à l'ouest sur une largeur de 96 mètres.


Et en images de synthèse, ça donne ça...

Dans les faits, le chantier a duré 5 ans, a pris des dimensions pharaoniques, et contestées, a connu des coups d'arrêts. A la fois par les riverains, par l'opposition qui dénonçait la facture à rallonge (plus d'un milliard d'euros), ou encore le rachat, en 2010, par le promoteur privé Unibail. 


Malgré tout, le chantier a fini par avancer. La Canopée était donc inaugurée, en présence des élus et des représentants d'Unibail ce mardi après-midi, avant d'être ouverte au public.

Et voilà, ça donne ça.


L'endroit abrite aujourd'hui le deuxième centre commercial de France. 150 boutiques (contre 115 avant)  sont installées, sur 75 000 m2. Mais, malgré les petits fours et le champagne, le chantier n'est pas pour autant terminé : il ne sera achevé qu'en 2018, après la fin des travaux dans la station de métro-RER, sur le plateau piétonnier puis la livraison finale du jardin.

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