En prison, bientôt un téléphone par cellule : qui va régler la facture ?

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UNIVERS CARCÉRAL - Le quotidien Le Monde révèle ce mardi 2 janvier 2018 que ministère de la Justice va installer un téléphone fixe dans chaque cellule de prison, hors quartier disciplinaire. Si l'OIP se questionne sur la facturation de la communication pour les détenus, le syndicat CGT Pénitentiaire craint, lui, un éventuel surcoût aux frais de l'administration.

Un téléphone fixe dans chaque cellule de prison. Telle est la mesure que va mettre en œuvre le ministère de la Justice d'ici fin 2018, selon les informations du Monde, qui a eu accès à l'appel d'offres gouvernemental. Ce dernier prévoyant un partenariat public/privé dans lequel l'entreprise qui remportera cet appel d'offres financera l'installation des appareils dans les cellules (plus de 50.000 en France) et se rémunérera sur le coût de la facturation des appels payé par les détenus. L'idée : permettre à chaque détenu qui n'est pas placé à l'isolement d'appeler, depuis sa cellule, des proches dont le numéro aura préalablement été autorisé par l'administration pénitentiaire.

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Téléphone en prison : à Montmédy, les cellules sont équipées d'une ligne fixe

Pour le ministère, l'objectif est double : favoriser le maintien des liens familiaux et limiter le trafic des téléphones portables, toujours illégaux à l'intérieur des établissements carcéraux. La mesure, quant à elle, ne tombe pas du ciel. Une prison de la Meuse, à Montmédy, a en effet d'ores et déjà fait l'expérimentation de ce système en juillet 2016 : elle sera donc généralisée à toute la France. 

Une facturation à la charge du détenu

"Il faut vraiment saluer la mise en place de ce dispositif", souligne François Bès, membre de l'Observatoire International des Prisons (OIP) contacté par LCI, qui émet tout de même des inquiétudes sur le prix des communications. "Si la démarche se calque sur l'expérimentation de Montmédy, la facturation à la minute sera à la charge du détenu. Or, une grande majorité d'entre eux n'ont pas de revenu et n'auront pas les moyens de téléphoner", explique-t-il.


Si à la prison de Montmédy, précisément, le coût de la communication revenait à 20% moins cher que le prix d'un appel via le poste collectif situé dans les coursives, on ignore encore aujourd'hui comment seront chiffrés les appels depuis une cellule. Sollicité, le ministère de la Justice n'a pas indiqué, pour l'instant, avoir fixé un seuil maximal de tarification à la minute. 

Les syndicats divisés

Du côté des syndicats, on s'inquiète également d'un éventuel surcoût : "Nous espérons que la prise en charge se fera entre le prestataire et le détenu et qu'aucune augmentation ne viendra impacter le budget de l'établissement pénitentiaire", note Christopher Dorangeville, secrétaire général de la CGT Pénitentiaire. Sur le fond, il se montre plutôt favorable à la démarche, à condition "que les numéros soient en effet vérifiés et limités, et que les conversations soient écoutées". "Pour nous, la priorité est la sécurité", explique-t-il encore. Et Christopher Dorangeville d'ajouter que le procédé devrait, selon lui, "faire gagner du temps aux surveillants, dont les journées sont déjà surchargées, car il ne faudra plus aller chercher le détenu et l'amener au 'point phone'". 


Une nouveauté qui pourrait améliorer la vie professionnelle des matons ? Pour le syndicat FO Pénitentiaire, rien n'est moins sûr. Contacté par Le Point, un porte-parole s'interroge : "Nous sommes déjà dans l'incapacité de contrôler les appels passés des points phone en détention, alors imaginer qu'on puisse contrôler tous les appels d'un détenu en cellule est tout simplement impossible ! Si l'argument est de limiter les trafics de portables, la ministre va-t-elle aussi proposer de mettre des distributeurs de drogue dans les détentions pour limiter les trafics ?".

 Si les résultats de la mesure sur le trafic des téléphones portables mettront un moment à être visibles, le prix du dispositif et l'impact sur le budget des détenus devraient être connus rapidement : selon Le Monde, le contrat entre le ministère et le prestataire devrait être signé en avril ou en mai. 

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