Enquête classée sur les pilules de 3e et 4e générations : "très en colère", Marion Larat va déposer une nouvelle plainte

Enquête classée sur les pilules de 3e et 4e générations : "très en colère", Marion Larat va déposer une nouvelle plainte

TÉMOIGNAGE - Le parquet de Paris a classé l’enquête sur certaines pilules contraceptives accusées de favoriser de graves pathologies veineuses et artérielles, a-t-on appris ce mardi. L’affaire était née, fin 2012, de la plainte de Marion Larat, victime à 18 ans d’un AVC qu’elle impute à la prise d’une pilule de 3e génération. Contactée par LCI, cette dernière s’est dite "très en colère" et évoque une décision "insupportable et de mauvaise foi".

"Je suis très en colère ! Je suis tellement en colère pour les familles dont les femmes sont mortes. Cette décision est insupportable et de mauvaise foi", a déclaré Marion Larat à LCI, devenue lourdement handicapée depuis un AVC qu'elle impute à la prise de la pilule de 3e génération Meliane, produite par le groupe allemand Bayer. La jeune femme aujourd'hui âgée de 30 ans avait été la première à déposer plainte contre le contraceptif, et avait été suivie par plus de 130 femmes. Leurs plaintes avaient été centralisées au pôle de santé publique dans le cadre d'une enquête préliminaire notamment pour "atteinte involontaire à l'intégrité de la personne". Elles visaient 29 marques de pilules de 3e et 4e générations, huit laboratoires et l'Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM).

Ce mardi, il a été révélé que le parquet de Paris avait classé l'enquête ouverte fin 2012 sur ces pilules accusées de favoriser de graves pathologies veineuses et artérielles. Au terme de "nombreuses investigations" menées durant quatre ans et demi, l'enquête n'a pas permis de "caractériser" une infraction pénale, a conclu le parquet dans sa décision datée du 16 juin. Pour lui, "l'enquête ne permet pas d'établir avec certitude l'existence d'un lien de causalité entre la prise du contraceptif et les pathologies présentées par les plaignantes". 

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Il est écrit, dans les notices, qu’il y a des risques d’embolies et d’AVC.- Marion Larat

Une conclusion qui ne passe pas auprès de Marion Larat, aujourd'hui handicapée à plus de 80%. "Je ne comprends pas, car cela a été prouvé pour moi et pour beaucoup d'autres femmes. Il est écrit, dans les notices, qu’il y a des risques d’embolies et d’AVC", explique la jeune femme. Le lien entre pilule et AVC a été confirmé dans le cas de Marion. La jeune femme a découvert après son accident qu'elle était porteuse d'une anomalie génétique, le facteur V de Leiden, qui accentue la coagulation du sang. Son AVC étant survenu dans les trois mois suivant la prescription de Meliane, la Commission régionale de conciliation et d'indemnisation des accidents médicaux de la région Aquitaine avait alors conclu qu'il était possible d'"imputer la survenue de l'AVC à l'administration" du contraceptif. "C’est quand même bizarre, dans mon cas, d’avoir fait un AVC à 18 ans en prenant la pilule…. Ce n’est pas mon chocolat du matin qui m’a causé un AVC", ironise Marion.

Pour elle, si la pilule avait concerné les hommes, l'issue de l'enquête aurait été tout autre. "Cette décision a été prise au mépris de la santé des femmes. Je ne sais pas, si la pilule était destinée à des hommes, si le dénouement aurait été le même. Je pense que l’affaire aurait eu plus d’importance. Les femmes meurent pour la contraception. Les hommes, eux, sont les grands gagnants. Ils peuvent faire l’amour quand ils veulent sans avoir à supporter les risques de la pilule."

Une nouvelle plainte en partie civile

Marion Larat, maman d'un petit Armand âgé de huit mois, n'entend pas arrêter là son combat. "Mon avocat va déposer plainte en partie civile, pour qu’un juge d’instruction daigne regarder l’affaire", nous a-t-elle affirmé. Elle continuera également à médiatiser son combat, et à faire prendre conscience aux femmes du danger qu'elles peuvent courir en prenant la pilule. "Plus l’information passe, plus des filles seront sauvées. Il faut réaliser que la pilule n’est pas un moyen de contraception magnifique, et il faut empêcher de parler tous ceux qui sont proches des laboratoires et continuent de nier certains problèmes." 

Marion Larat pense également que le problème est sous-estimé car trop peu de femmes informent les autorités de leurs accidents. Or, selon elle, "depuis que j'ai déposé plainte, il y a 25% moins d'accidents dus à la pilule". A l'époque, la plainte de Marion avait conduit l'agence du médicament à renouveler ses recommandations sur ces pilules qui ne doivent être prescrites qu'en deuxième recours à cause des risques plus importants de voir développer des embolies pulmonaires, des accidents vasculaires cérébraux et des thromboses veineuses.

Je vis avec l’Allocation handicapée, soit 800 euros par mois.- Marion Larat

Aujourd'hui, Marion Larat est handicapée à plus de 80% et ne peut pas travailler. "Je m’occupe de ma santé, je m’occupe avec mes kinés, à soigner mon épilepsie. C’est dur pour moi, d’avoir été en bonne santé puis d’être maintenant lourdement handicapée", dit la jeune femme qui était en classe préparatoire et promise à un brillant avenir quand elle a eu son accident. Elle continue de s'occuper de son association Mikado, qui propose aux malades de sérigraphier leurs bas de contention ou tout autre produit à usage médical avec des motifs variés pour leur remonter le moral. "Mais cela ne me rapporte rien, je vis avec l’Allocation handicapée, soit 800 euros par mois", conclut-elle.

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