Remboursement des séances chez le psychologue : "On ne peut pas saucissonner la souffrance"

Remboursement des séances chez le psychologue : "On ne peut pas saucissonner la souffrance"

RÉACTIONS - Si Emmanuel Macron a affirmé accéder à "une demande historique", en annonçant ce mardi la prise en charge des séances chez le psychologue, les modalités présentées sont loin de convaincre la profession.

Les syndicats de psychologues libéraux s'attendaient à ce qu'Emmanuel Macron annonce, ce mardi 28 septembre, lors des Assises de la santé mentale et de la psychiatrie, un remboursement de leurs consultations par la Sécurité sociale. Mais ils ignoraient en revanche le détail des modalités qui pourraient encadrer le dispositif dès l'an prochain.

Verdict ? Comme l'a concédé le chef de l'Etat lui-même, "toute la profession des psychologues n'est pas totalement ravie".  Si le secteur plaide globalement en faveur de ce remboursement des séances, deux points majeurs concentrent les crispations. 

"Des tarifs pas entendables"

Première déception : le plafond qui devrait leur être imposé est loin de combler les attentes des professionnels concernés, à savoir 40 euros pour la première séance et 30 euros pour les sept suivantes. "Il n'était pas sûr que des tarifs soient annoncés, nous pressentions que si c'était le cas, ils seraient modestes, mais là ils sont au-dessous de ce qu'on souhaite", réagit pour LCI Benoît Schneider, président honoraire de la Fédération française des psychologues et de psychologie (FFPP), professeur de psychologie de l'éducation à l'université Nancy 2, évoquant des "tarifs pas entendables". Et de développer : "Quand on considère l'ensemble des charges, le temps passé avec les patients, de toute façon le compte n'y est pas (...) Le taux de rémunération ne permet pas de vivre de façon correcte en tant que libéral."

Cette annonce, poursuit-il, équivaut à "une non-reconnaissance du niveau de qualité des interventions" et à une "déqualification du niveau de compétence destiné aux usagers". Si la durée de la consultation n'a pas été précisée, le coprésident de la FFPP déplore l'hypothèse d'une demi-heure de consultation évoquée lors des négociations, puis de nouveau ce mercredi par le ministre de la Santé. "C'est 30 euros une consultation, ce n'est pas 30 euros de l'heure, la consultation peut être plus courte", a ainsi défendu Olivier Véran, interrogé par un auditeur de France Inter sur ces montants. "Ça ne peut pas correspondre au travail de psychologue (...) on ne peut pas saucissonner de la souffrance psychique et dire à un patient, à la minute de près : 'c'est fini, vous repartez'", rétorque Benoît Schneider.

"Un mépris profond de notre profession"

"C'est absolument scandaleux ce qu'on vient d'entendre, ça marque un mépris profond de notre profession et de la population", abonde auprès de l'AFP Patrick Ange Raoult, secrétaire général du Syndicat national des psychologues (SNP). Refusant un remboursement "indécent" de l'Assurance maladie à la veille des annonces, il avait déjà expliqué "ne pas se faire trop d'illusion" estimant que "ce n'est pas cette logique du moindre coût qui résoudra les problèmes de fond du secteur".

"Les psychologues veulent défendre leur indépendance vis-à-vis de la médecine", a aussi expliqué Laurent Laporte, de la CGT, lors d'un rassemblement devant le ministère de la Santé organisé peu avant les annonces présidentielles. "On voudrait être associés, on ne l’est pas, ils décident de tout sans nous, avec des médecins", renchérit Christine Manuel, du SNP. Dès le 10 juin, plusieurs organisations de psychologues avaient d'ailleurs manifesté pour ne pas "laisser les pouvoirs publics décider pour eux", et dénoncer un dispositif étendu "à la hâte" sur fond d'épidémie de Covid-19

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En cause également, le passage obligatoire par un médecin généraliste pour bénéficier de ce forfait. "Nombre de mes patients ne souhaitent pas se confier à leur médecin généraliste au sujet de leur souffrance psychique, et les médecins ne sont pas formés en psychopathologie. Cela pose un vrai problème de secret médical", a réagi sur ce point Mathieu Collet, psychologue libéral en Occitanie, pour Le Figaro

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