En Ile-de-France, les opposants aux projets "destructeurs" de terres agricoles convergent vers Paris

En Ile-de-France, les opposants aux projets "destructeurs" de terres agricoles convergent vers Paris

MOBILISATION - Le bétonnage des terres agricoles de l'Ile-de-France est la cause pour laquelle quatre collectifs franciliens organisent plusieurs marches, qui arrivent ce dimanche place de l’Hôtel de Ville à Paris.

Contre le Grand Paris Express, les zones d'activités et la spéculation foncière qui dévorent des hectares, des défenseurs de l'environnement partiront samedi des quatre coins d'Ile-de-France en direction de Paris pour dénoncer "l'urbanisation massive" de la région. Leur arrivée est prévue à la mi-journée place de l'Hôtel de Ville, puis les participants ont prévu de rallier  Matignon.

En cinquante ans, "100.000 hectares de terres fertiles" ont disparu en région parisienne et "ces dernières années, ce sont 1.500 hectares de terres agricoles qui sont transformées chaque année en espaces urbains", selon la chambre d'agriculture d'Ile-de-France.

Pour enrayer cet étalement urbain qui grignote inexorablement le pourtour parisien, des collectifs de défense de l'environnement ont organisé des "Marches des terres" qui doivent se rassembler dimanche après-midi devant l'Hôtel de Ville de Paris. Elles sont parties la veille de quatre lieux de contestation franciliens.

"Tout projet qui consomme des terres agricoles doit être stoppé" et un moratoire sur ces questions instauré, demande Bernard Loup, le président du collectif pour le Triangle de Gonesse (Val-d'Oise), où doivent pousser une gare du Grand Paris Express et une zone d'activités aux contours encore flous. Le supermétro suscite la mobilisation d'un autre collectif participant, "Urgence Saclay", qui se bat pour la préservation du plateau de Saclay, au sud de Paris, où l'Etat veut poursuivre le développement d'un pôle national de recherche.

 La future ligne 18 est "le cheval de Troie d'une urbanisation massive qui va continuer" à rogner des hectares de terres, s'inquiète Fabienne Mérola, ancienne chercheuse à l'université de Paris-Saclay et membre du collectif qui la conteste.

La future ligne 18 dans le viseur

Les terres agricoles doivent être vues comme "un outil de lutte contre la crise climatique. Ce sont des puits de carbone, des lieux de vie pour la biodiversité", rappelle Mme Mérola. C'est ainsi qu'au Val Bréon en Seine-et-Marne, des militants s'élèvent contre la volonté de la communauté de communes de transformer en zone d'activités une partie des 150 hectares de champs qu'elle a achetés, pour 17 millions d'euros.

Autre front de cette bataille, le zoo de Thoiry (Yvelines) vient de renoncer à son projet de création de buttes paysagères à partir de 400.000 m3 de déchets inertes issus de chantiers. Satisfaits de cette "belle victoire", ses opposants rallient quand même la capitale ce week-end. Leur route les conduit par le domaine agricole historique de Grignon, occupé par l'école d'ingénieurs AgroParisTech, que l'État a promis à un groupe immobilier.  Cette action "permet de montrer aux citoyens de la région que tous ensemble on sera plus fort pour imaginer les années à venir", estime Guillaume Dartiguenave, membre du collectif "Stop Val Béton" (Seine-et-Marne).

Les agriculteurs pas conviés

Hormis quelques représentants, les agriculteurs, acteurs majeurs de l'aménagement du territoire, seront pourtant les grands absents de cette manifestation. "La question des terres agricoles, c'est celle des citoyens, de la société civile", balaie Bernard Loup, estimant que les agriculteurs restent majoritairement focalisés sur "l'agro-industrie".

"Pour les gros agriculteurs, il y a un intérêt économique certain" à vendre des hectares au prix de terrains urbanisables, note Lise Debout, agricultrice bio près du Val-Bréon. Elle dit participer aux marches avec "l'impression qu'on ne s'arrête pas pour réfléchir à la spéculation foncière" et ses conséquences.

La Chambre d'agriculture d'Ile-de-France affirme, elle, travailler au maintien d'une agriculture périurbaine et note une "tendance à la baisse" des projets d'artificialisation récemment, grâce à des outils de contrôle.  Mais "il y a une pression immobilière, de zones d'activités et autres car l'Ile-de-France est assez stratégique", reconnait Laurence Fournier, sa secrétaire générale chargée des affaires foncières. 

Dans quinze, vingt ans il n'y aura peut-être plus de terres agricoles dans ces coins-là- Laurence Fournier, de la Chambre d'agriculture d'Ile-de-France

La région Ile-de-France doit prochainement réviser son schéma directeur régional (SDRIF), un document de planification territoriale dont l'un des piliers sera le "zéro artificialisation nette", un objectif sur lequel s'est aussi engagé le gouvernement dans la loi Climat. Est-ce crédible, alors que la population francilienne ne cesse d'augmenter (+576.000 habitants entre 2007 et 2017) ? "Dans quinze, vingt ans il n'y aura peut-être plus de terres agricoles dans ces coins-là... À long terme, on n'y échappera peut-être pas", craint malgré tout Mme Fournier

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