Erreur de commande : SNCF, une largeur d'avance

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OUPS - La SNCF et les Régions travaillent depuis cinq ans au renouvellement des trains express régionaux vétustes. Près de 2.000 rames flambant neuves ont été commandées à Alstom et Bombardier pour près de quinze milliards d'euros. Problème, nous apprend le Canard enchaîné, elles sont trop larges.

C'est ce qui s'appelle une grosse boulette. La SNCF, qui a commandé près de 2.000 nouvelles rames pour ses futurs TER à Alstom et Bombardier, pour une quinzaine de milliards d'euros, n'a visiblement pas été très regardante sur la taille de ses engins. Ils sont effet un poil trop larges, révèle le Canard enchaîné dans son édition de mercredi. Il faudra donc raboter 1.200 quais. Coût de l'opération, selon la SNCF et Réseau ferré de France (RFF) qui ont confirmé l'information, 50 millions d'euros.

La société ferroviaire a défini le cahier des charges avec l'aide du gestionnaire des rails de l'Hexagone. Sauf que RFF lui a fourni les écarts existants entre les wagons et les quais, construits il y a une trentaine d'années. Et a autorisé les constructeurs à élargir les voitures de 20 centimètres, ce qui aurait dû passer de justesse. "Or, les savants ingénieurs de la SNCF ont omis de vérifier la réalité sur le terrain", écrit le Canard. Nombre de gares ont en effet été construites il y a plus de cinquante ans, époque où les normes étaient inexistantes et les trains moins bedonnants. Conséquence, ça ne passe pas. A ce jour, 300 quais ont été rabotés sur quelques mètres ou intégralement. La région Midi-Pyrénées serait la plus impactée.

"Comiquement dramatique"

Interrogé par l'AFP, le secrétaire d'État aux Transports Frédéric Cuvillier a qualifié la situation de "rocambolesque" et de "comiquement dramatique", résultant de l'"ineptie du cloisonnement étanche" entre la SNCF et RFF. "L'enjeu de la réforme ferroviaire prend tout son sens quand on constate l'état du dysfonctionnement du ferroviaire en France", a fait valoir le politique. Le projet, qui doit être examiné le 16 juin par l'Assemblée nationale, prévoit de regrouper les deux entreprises en un grand groupe public.

Les deux protagonistes du dossier expliquent de leur côté que ces travaux de rabotage font partie d'une logique de modernisation et de mise aux normes classiques. Ainsi, les 50 millions d'euros nécessaires pour élargir les quais sont intégrés dans les 4 milliards d'euros habituellement consacrés chaque année par RFF au développement. Mais l'hebdomadaire précise que le gestionnaire d'infrastructure a débloqué d'urgence 80 millions et que "la note risque d'être beaucoup plus salée". Il se serait alors tourné vers les régions pour partager la douloureuse. Mais Alain Rousset, président de l'Association des régions de France, ne semble pas prêt à mettre la main à la poche. "Nous refusons de verser un seul centime sur cette réparation, a-t-il réagi mardi soir. On ne va pas, quand même, être à la fois pigeon et financeurs."

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