Espionnage américain : "Cela va forcément laisser des traces"

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ECOUTES – Libération assure dans son édition de mercredi que les services secrets américains ont espionné les conversations de Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy et François Hollande jusqu'en 2012. Pour Pascal Boniface, directeur de l'Institut de relations internationales et stratégiques, cela n'a rien d'étonnant.

Peut-on réellement être surpris aujourd'hui d'apprendre que des Présidents français ont été mis sur écoute ?
Oui et non. On ne découvre pas aujourd'hui que les Etats-Unis mènent des écoutes en France : les révélations de l'ancien membre de la NSA Edward Snowden, en 2013, avaient déjà levé le voile sur leurs programmes de surveillance. Ce qui surprend aujourd'hui, c'est l'ampleur et l'intensité de ces écoutes, qui touchent même le plus haut niveau de l'Etat.

Depuis mercredi matin, de nombreux hommes et femmes politiques ont pris la parole pour dénoncer le programme américain. Faut-il y voir une vraie colère ou plutôt une posture pour donner le change ?
Je pense qu'il y a beaucoup de postures aujourd'hui dans les réactions que l'on entend. Protester, c'est bien, encore faut-il prendre des mesures concrètes ensuite. Une chose est sûre, on ne peut plus se contenter de déclarations d'intention. Après les premières révélations, les Etats-Unis avaient pris des engagements purement formels. La France va devoir aller plus loin pour marquer sa désapprobation. On pourrait, par exemple, envisager de retarder la signature du traité de libre-échange transatlantique.

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Ces annonces peuvent-elles entacher durablement les relations franco-américaines ?
Il faut bien comprendre que la France ne va pas, du jour au lendemain, arrêter de parler avec les Américains. Il n'est pas question de rentrer dans une crise ouverte. Mais c'est sûr que ces écoutes portent un nouveau coup de canif au contrat moral qui lie la France et les Etats-Unis. Cela va forcément laisser des traces, le niveau de confiance ne pourra plus être le même dans l'opinion publique.

Les chefs d'Etat français n'ont-ils pas également fait preuve de légèreté en ce qui concerne la sécurité de leurs échanges ?
Peut-être qu'effectivement, les mises en gardes des responsables de la sécurité de nos Présidents n'ont pas été suffisamment entendues. Mais il faut également bien voir que les moyens mis en place par les Etats-Unis pour espionner les conversations dans le monde entier sont énormes, et probablement disproportionnés par rapport aux résultats qu'ils ont permis d'obtenir.

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A ce titre, le fait que l'ambassade des Etats-Unis se trouve à moins de 500 mètres du palais de l'Elysée ne pose-t-il pas problème ?
Peut-être, oui. Mais en même temps, il paraît difficile de déménager l'un comme l'autre. Et il n'est pas possible non plus d'entrer dans l'ambassade pour voir s'ils ont installé des appareils d'écoute. La seule possibilité pour remédier à ce problème serait donc de renforcer les défenses de l'Elysée pour éviter que cela se reproduise.

Les Etats-Unis assurent qu'ils n'écoutent plus les Présidents français. Peut-on réellement les croire ?
Il serait bien difficile d'apporter une réponse à cette question. Peut-être que, dans cinq ou six ans, on découvrira d'autres programmes d'écoute américains. Comme le dit le proverbe, les promesses n'engagent que ceux qui y croient…

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