SOCIÉTÉ

SANTE – La semaine dernière, un essai clinique a été arrêté, à Rennes, après la survenue d’effets graves et l’hospitalisation de six volontaires testant les propriétés d’une molécule pour un médicament. Combien d’essais sont menés chaque année ? Combien de volontaires ? Comment ça se passe ? Tentative de réponses.

L’accident était sans précédent, décrit comme un "événement exceptionnel". La semaine dernière, six patients ont été hospitalisés à Rennes, après avoir subi des "effets graves" à la suite d’un test clinique. L’un d’entre eux est mort. L’affaire éclate… et très vite, la question fuse : faut-il interdire les essais cliniques ? Un débat vite clos ce lundi par la ministre de la Santé Marisol Touraine, indiquant qu’il n’y a "aucune raison de cesser les essais thérapeutiques en France".

Il est vrai que ces pratiques de volontaires ou "cobayes humains" sont largement répandues : d’après les chiffres de l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé, 1 795 essais cliniques ont été conduits en France en 2014, dont 821 pour des médicaments. Et dans ce petit process, chacun y trouve son compte.

Avancement de la science, mais aussi intérêts financiers

"Aidez à l’avancement de la science", argumente ainsi test-clinique.fr , portail qui recense tous les essais cliniques en cours et les profils de volontaires recherchés, en matière cosmétique, alimentaire ou médicale. Ici, on cherche de tout : des volontaires présentant une "calvitie avec une longueur de cheveux d'au moins 3 cm sur le dessus" pour essayer une lotion capillaire antichute, des "personnes sans antécédents de troubles gastro-intestinaux chroniques", pour tester "les effets d’un complément alimentaire sur la fréquence des selles"... A chaque fois, la rémunération pour l'essai est clairement indiquée, allant d’une vingtaine d’euros à plus de 1500. Pour postuler, pas compliqué : une adresse mail, sur laquelle on envoie nom, prénom, résidence, date de naissance et téléphone.

Laboratoires et centres d’études recrutent eux aussi directement sur leurs sites. Impossible d’y échapper, par exemple sur le portail de Biotrial , le laboratoire,mis en cause dans l’affaire rennaise, et par ailleurs très bien référencé dans Google.  De larges bandeaux "devenez volontaire", "questions fréquentes sur les essais cliniques", et "témoignages de volontaires" accrochent le regard. Sur son portail, Biotrial joue la totale transparence. L’institut rappelle que tous ces protocoles sont très encadrés et sécurisés. Qu'aucune recherche biomédicale ne peut être pratiquée sur une personne "sans son consentement libre et éclairé", qui doit être recueilli par écrit. Qu’avant d’être mis en route, tout essai clinique est validé par l’Agence nationale de la sécurité du médicament, qu’il se déroule sous la direction d’un médecin, que des réunions d’informations et de suivi sont organisées systématiquement. Si une hospitalisation est nécessaire pour le test, les équipes médicales sont "présentes 24h/24 pour une surveillance optimale". Et en cas de problème, le test est immédiatement arrêté. De quoi être rassuré avant de postuler. 

Baisse des essais cliniques

Mais le plus gros des intérêts est sans doute financier, aspect lui aussi clairement mis en avant par Biotrial : chaque essai est indemnisé de 100 à 4 500 euros. Une indemnité qui est non-imposable et rémunère "le temps que vous consacrez à notre étude et qui couvre l’ensemble de vos frais de transports et de vie", précise Biotrial.

Même si l’indemnité est légalement plafonnée, donc, à 4500 euros par an, c’est aussi l’aspect financier qui est mis en avant dans les témoignages de "cobayes humains" mis en ligne sur le site. Isabelle, étudiante en cours de test, confie ainsi que l’indemnité versée est "plus intéressante qu’un job étudiant bien rémunéré, d’autant que cela demande beaucoup moins d’heures de travail pour une même rémunération". Michel, retraité et volontaire, qui "prête son corps" en contrepartie d’un "petit complément de retraite", a participé à neuf essais cliniques. Les deux témoignages sont révélateurs : ce sont en majorité des étudiants et des retraités qui participent aux programmes.

Si cette promotion en ligne est aussi jolie, c’est aussi que cette quête de cobaye humain n’est pas si facile. Le nombre d'essais cliniques diminue d'année en année, notent les Entreprises du médicament, dans leur rapport qui sort tous les deux ans. Car même si les Français reconnaissent l'utilité scientifique des essais cliniques, 54% d'entre eux ne seraient pas prêts à participer à un test de médicaments, révélait ainsi un sondage Ipsos publié en 2010.

A LIRE AUSSI
>> Essai thérapeutique à Rennes : l'homme en état de mort cérébrale est décédé

>> Essai thérapeutique mortel : "Aucune raison de suspendre les essais cliniques", selon Touraine

EN SAVOIR +
>> Accident de Rennes : comment se déroule un essai thérapeutique et à quoi ça sert ?

Lire et commenter

Alertes

Recevez les alertes infos pour les sujets qui vous intéressent