Est-il vrai qu'en Guyane 15.000 enfants ne sont pas scolarisés, comme l'affirme Jean-Luc Mélenchon ?

Jean-Luc Mélenchon lors d'une conférence de presse le 4 janvier 2021 à Paris.

ÉDUCATION - En visite en Guyane, le candidat insoumis à l'élection présidentielle a regretté que "15.000 enfants" soient "sans aucune scolarisation" dans ce territoire ultramarin. Qu'en disent les chiffres ?

Des chiffres de la scolarisation en question. Invité de Radio Péyi, mardi 26 octobre, le patron de La France insoumise (LFI) et candidat à l'élection présidentielle, Jean-Luc Mélenchon, a assuré que plusieurs milliers d'enfants n'étaient pas inscrits à l'école en Guyane. "On ne peut pas laisser 15.000 enfants sans aucune scolarisation comme c'est le cas en Guyane", a ainsi tweeté l'ancien président du groupe LFI à l'Assemblée nationale.

Toute l'info sur

L'info passée au crible

Les Vérificateurs, une équipe de fact-checking commune aux rédactions de TF1, LCI et LCI.fr

Des chiffres encore plus élevés que ceux déjà évoqués par Unicef France. En juillet dernier, l'organisation a publié un rapport sur la scolarisation des jeunes guyanais. Selon elle, si le territoire enregistrait "environ 85.000 enfants scolarisés en 2020", "certaines estimations évoquent plus de 10.000 enfants qui n'accèdent pas à l'école".

Dans son constat d'effectifs pour la rentrée 2020, l'Académie de Guyane recense effectivement autour de 85.000 élèves inscrits dans ses établissements. Dans le détail, ils étaient 45.626 dans le premier degré, et 39.523 dans le second. 15.000 enfants non scolarisés, comme l'avance Jean-Luc Mélenchon, signifierait donc qu'environ 15% des élèves en âge d'être scolarisés ne fréquenteraient pas les bancs de l'école.

Mais selon un rapport de la Cour des comptes publié en décembre 2020, "en fonction des indicateurs retenus, l'estimation du taux de non-scolarisation des 6-16 ans varie de 3 à 10%", écrivent les auteurs. Ce qui représente, d'après un collectif de lanceurs d'alertes et de personnalités issues de la société civile cité dans le rapport, jusqu'à 10.000 enfants sans école.

Toutefois, les sources diffèrent. En novembre 2020, la sénatrice de Guyane Marie-Laure Phinera-Horth estimait que chaque année, "plus de 6000 enfants ne peuvent être scolarisés sur le territoire guyanais faute de places dans les établissements".

Pas de décompte officiel

Du côté du ministère de l'Éducation nationale comme de l'Académie de Guyane, impossible de déterminer le nombre exact d'enfants hors des établissements scolaires. "Nous ne comptabilisons pas les élèves non scolarisés", expliquent les services de l'Académie de Guyane à LCI. "D'après les sources des associations, il y en aurait 10.000, mais il est impossible de le prouver", poursuit le rectorat, qui précise qu'un "observatoire de la scolarisation en Guyane" est actuellement dans les tuyaux pour recenser précisément ce phénomène.

Lire aussi

En 2018, le rectorat indiquait pourtant à l'AFP que le taux de non-scolarisation atteignait déjà 13,7%, ce qui représentait alors environ 11.000 élèves. "Le problème est connu des pouvoirs publics", juge auprès de LCI Alexis Corbière, député (LFI) de Seine-Saint-Denis. "Depuis 2018, cela s'est aggravé", poursuit-il, assurant baser le nombre de 15.000 sur les données communiquées par Gabriel Serville, président de la collectivité territoriale de Guyane (CTG). Contacté par LCI, le cabinet du président de la CTG ne confirme pas ces chiffres, et table plutôt sur "une fourchette haute autour de 10.000" enfants loin de l'école.

Pourquoi autant d'enfants éloignés de l'école ?

Ces milliers d'enfants non scolarisés représentent, quel que soit leur nombre exact, "les fragilités du système éducatif en Guyane", pointe le rapport de l'Unicef. Le manque d'infrastructures scolaires figure parmi les points noirs. "Certains établissements sont obligés de pousser les murs et peuvent atteindre jusqu'à 150% de taux de remplissage", alerte l'Unicef France auprès de LCI. "Dans le même temps, la population en âge d'être scolarisée ne cesse d'augmenter, puisque le solde naturel reste très important en Guyane." Dans son rapport, l'organisation pointe aussi des "difficultés d'accès aux services essentiels liés à la scolarisation", tels que les transports scolaires ou la restauration.

La répartition des établissements sur ce territoire ultramarin figure aussi dans le viseur de l'Unicef. "Tous les lycées sont situés sur le littoral", précise l'organisation. "Les élèves des communes de l'intérieur (dans les terres, ndlr) n'ont donc pas d'autre choix que de quitter leur famille très tôt" pour continuer leur enseignement.

La France insoumise réclame "des moyens pour l'école publique"

En outre, l'Unicef regrette le "manque structurel d'enseignants titulaires" ou encore "la distance culturelle et linguistique entre familles et institution scolaire". "Il y a des enfants de maternelle qui sont inscrits, mais qui n'ont pas d'affectation faute de places", déplorait en 2019 le réseau éducation sans frontières, auprès de l'AFP. "Il y a aussi les non-inscrits à cause des mairies qui ne permettent pas l'inscription de tous les enfants." En cause, selon la communauté éducative, l'exigence par l'administration de justificatifs de domicile, dans un territoire qui compte de nombreux habitats spontanés.

"La Guyane est en chantier", reconnaît de son côté le rectorat. "Nous travaillons avec les collectivités, à qui les établissements appartiennent. Cinq collèges et cinq lycées doivent sortir de terre dès que possible." La France insoumise milite aussi pour une augmentation des moyens alloués à l'éducation des Guyanais. "Notre solution, c'est la République : des moyens dans les écoles publiques pour accueillir les enfants", nous indique Alexis Corbière, qui déplore des "collèges surchargés" et un "manque d'infrastructures".

Vous souhaitez nous poser des questions ou nous soumettre une information qui ne vous paraît pas fiable ? N'hésitez pas à nous écrire à l'adresse lesverificateurs@tf1.fr. Retrouvez-nous également sur Twitter : notre équipe y est présente derrière le compte @verif_TF1LCI.

Sur le même sujet

Les articles les plus lus

EN DIRECT - Covid-19 - Variant Omicron : la plupart des cas son "légers", selon l'agence européenne des médicaments

Covid-19 : peut-on recevoir une dose de Moderna après une vaccination Pfizer (et inversement) ?

EN DIRECT - Conférence de presse d'Emmanuel Macron : suivez notre édition spéciale

Avant son débat face à Bruno Le Maire, que propose Eric Zemmour sur l'économie ?

Le variant Omicron semble avoir un taux de réinfection plus élevé, prévient l'OMS

Lire et commenter
LE SAVIEZ-VOUS ?

Logo LCI défend l'ambition d'une information gratuite, vérifiée et accessible à tous grace aux revenus de la publicité .

Pour nous aider à maintenir ce service gratuit vous pouvez "modifier votre choix" et accepter tous les cookies.