Et si vous accueilliez un sans-abri ? "Merci pour l'invit'", le Airbnb des SDF, lance son appli

SOCIÉTÉ

SOLIDARITÉ - Il y a un an, un collectif proposait à ceux qui se servaient des sans-abri français pour refuser l’accueil des migrants d’héberger un SDF. L'initiative, satirique, avait fait le buzz. Mais un an après, le projet a pris une nouvelle dimension, avec le lancement la semaine prochaine d’une application permettant de mettre en relation sans-abris et hébergeurs potentiels.

"Je m’appelle Antoine, je suis SDF depuis 10 mois. Mes amis SDF et moi sommes très touchés par la soudaine considération à notre égard, de la part des nombreux opposants à l’accueil des réfugiés. Nous nous engageons à venir camper chez vous, nos nouveaux amis. Merci encore pour votre invitation, et à très, très, très vite chez vous !" 

Souvenez-vous, c’était il y a un an sur Facebook : la réponse des "SDF français" à tous les anti-migrants qui prônaient la préférence nationale en matière de solidarité avait fait le tour du web. Pascal Pistone, directeur de la filière musique à l'université de Bordeaux-Montaigne et auteur de la diatribe, s’en souvient encore. "On était en plein débat autour de l’accueil des migrants, comme c’est encore le cas aujourd’hui", raconte-t-il à LCI. "J’en avais discuté avec des SDF à Bordeaux, qui étaient outrés de cette récupération. J’ai posté cette affichette sur mon profil, je suis parti deux jours. Quand je suis revenu, ça avait été partagé plus de 40.000 fois  et vu par 2 millions de personnes."

Ils ont besoin d’une main tendue, d’urgence- Pascal Pistone

Pascal Piscone a voulu faire de cette grande vague numérique un élan constructif. "Je ne voulais pas rester sur un petit happening sans lendemain. On a reçu beaucoup de messages, de propositions d’hébergements. Il fallait du concret." C’est comme cela qu’est née l’idée de l’appli "Merci pour l’invit’", par le collectif du même nom. Une sorte de Airbnb pour sans-abris, de Meetic des SDF, qui vient d'être lancée.  L’idée : mettre en contact les personnes qui veulent proposer un lit pour une nuit, ou plus, et les SDF en recherche d’un toit pour quelques heures. 

"Dans la vie, il y a deux types de profils", explique Pascal. "Il y a les héros, qui bossent 365 jours par an dans le caritatif ou le social. Et les gens comme moi, qui ont besoin d’un outil pour prendre leur part." L'appli vise à les aider à franchir le pas, et à modifier le regard sur les sans-abris. "On a souvent une image caricaturale,  on voit des hommes alcoolisés, des punks à chiens. Mais concrètement, la moitié des sans-abris sont des femmes, qui se cachent dans les centres d’hébergement. Et la très grande majorité des SDF sont des gens qui ont du cœur, qui veulent avoir un toit, trouver un boulot. Ils ont besoin d’une main tendue, d’urgence."  

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    L’appli "Merci pour l’invit’" se veut très simple d'utilisation. Une fiche à remplir, avec son nom, son âge, le quartier où l’on habite, la durée pour laquelle on propose une chambre. "L’originalité de cet outil, c'est qu’on sait qui on va recevoir et combien de temps. On a la maîtrise, et ça peut rassurer", détaille Pascal. Evidemment, l'hôte et la personne hébergée vont devoir s’apprivoiser, se mettre en confiance. Pour cela, le site mêle les caractéristiques des sites de rencontres et des sites marchands, laissant la place aux commentaires positifs sous les profils. "De toute façon, le mieux, c’est que bénévoles et SDF se contactent rapidement, qu’il y ait une approche progressive : on s’appelle, on se prend un café, on partage une pizza…", estime Pascal Pistone. "Ça peut d’ailleurs s’arrêter là : l’hébergement est le stade ultime, mais prendre un café, discuter, c’est déjà créer du lien social, et c’est déjà un rayon de soleil."

    Même si ça fait le bide du siècle, on aura déjà aidé quelques centaines de personnes- Pascal Pistone, de Merci pour l'invit'

    Et la vague numérique peut produire un tsunami de solidarité sur le terrain, croit le professeur : "40.000 personnes sont obligées de dormir dehors toutes les nuits. On multiplie ce chiffre par 365 jours dans l’année, cela fait 10 millions de nuitées." Enorme, à vue de nez. "Mais on compte 37 millions de foyers fiscaux en France. Si moins d’un tiers d'entre eux acceptait d’héberger une seule nuit par an un sans-abri, il n’y aurait plus personne dehors !" Utopique, peut-être, mais mais Pascal Pistone veut y croire : "C’est quand même dingue, on a le pouvoir de régler un problème que les politiques ne sont pas en mesure de régler."

    A quelques jours du lancement, Pascal pressentait déjà la tendance : "C’est paradoxal, mais je pense qu'on va enregistrer pas mal d’inscriptions de bénévoles. A l’inverse, ça va sans doute être plus compliqué pour convaincre les sans-abris : ce n’est pas évident pour eux d’aller chez quelqu’un qu’ils ne connaissent pas." C’est là, selon lui, que les citoyens entrent en jeu : "Ils voient un SDF, ils peuvent lui proposer et l'inscrire eux-mêmes. L’appli fonctionne aussi comme une boîte mail, à consulter quand on veut, si le sans-abri n’a pas de téléphone tout le temps."

    En parallèle, Pascal Pistone veut "inonder" la page Facebook du collectif de petites vidéos, de témoignages positifs et d'exemples de mains tendues. Le buzz reviendra-t-il ? L’appli deviendra-t-elle virale ? Impossible de savoir. Mais l’initiative risque d’être bien médiatisée : depuis l’an dernier, journaux, radios, télés l’ont contacté et guettent la sortie de l’outil. De toute façon, l’universitaire est confiant. "On a déjà gagné. Même si ça fait le bide du siècle, on va déjà aider quelques centaines ou milliers de gens, et ça, c’est super. On ne peut pas perdre." En tout cas, il y en déjà un qui va en entendre parler, et ce n'est pas rien : le pape François. Le 11 novembre prochain, Pascal Pistone, qui accompagnera en délégation au Vatican une chorale de SDF, compte bien lui glisser deux mots sur son appli...

    > Merci pour l'invit', téléchargeable sur Androïd et Iphone. A voir sur le site mpli.fr

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