Etre voisin de Manuel Valls, "c'est pas tous les jours facile"

SOCIÉTÉ
REPORTAGE - Ils sont des dizaines à habiter rue Keller dans le 11e arrondissement de Paris, là même où vit Manuel Valls. Trois jours après des incidents survenus alors que des militants du mouvement Nuit Debout voulaient prendre un #ApérochezValls, quelques riverains racontent ce mardi à metronews leur cohabitation avec le Premier ministre.

Il était 23h15 environ samedi soir quand "environ 300 personnes"  - selon la préfecture de police de Paris - du mouvement Nuit Debout ont quitté la place de la République pour se rendre au domicile du Premier ministre Manuel Valls. Les militants avaient pour ambition de prendre un "Apéro chez Valls" - alors même que ce dernier était à Alger.


Présent ou pas, l'apéro n'a pas eu lieu. Bloqués par la police, les manifestants ont dû quitter les abords de cette rue située entre la Bastille et le boulevard Voltaire, avant de regagner la place de la République vers une heure du matin. Entre temps et pendant près d'une heure, le quartier a été bouclé et de nombreux incidents ont eu lieu. Poubelles brûlées et jets de projectiles d'un côté, gaz lacrymogène de l'autre. Un enfer pour les riverains du Premier ministre qui voient pourtant dans l'événement de samedi quelque chose "d'exceptionnel".

"Quoi? Il y en a qui se plaignent !"

S., concierge dans un immeuble de la rue a entendu, comme tous les habitants du quartier, le bal des sirènes samedi soir. Pour autant, cela ne la dérange pas, au contraire. "Des sirènes, il y en a ici, comme dans tout Paris. Madame, c'est l'état d'urgence, vous comprenez ? Alors les 'pimpons', qu'il y ait Valls ou pas, on n'a pas fini de les entendre", confie celle-ci depuis sa loge à metronews.

Bernard, qui vit aussi rue Keller, s'étonne : "Quoi ? Il y en a qui se plaignent ! Moi, depuis qu'il est là, je me sens en sécurité. Sincèrement, je suis rassuré. On est surveillé 24h/24, c'est un privilège quand on connait les menaces qui pèsent sur la France. Vous en connaissez beaucoup des gens qui ont des policiers et des gendarmes à chaque extrémité de leur rue et une voiture banalisée ?"

Une facture EDF pour passer

Tout le monde ici n'est pas de cet avis. Dans plusieurs magasins, certains affirment que la présence de fourgons et de policiers ou gendarmes "armes à la main" en permanence depuis l'attentat du 7 janvier 2015 contre Charlie Hebdo "fait parfois peur au client". Des habitants se sont retrouvés parfois "enfermés dehors", la rue étant bloquée pour "protéger le domicile du Premier ministre et ses occupants". 

Ainsi, Pierre a eu beaucoup de mal samedi dernier lors de la tentative d'#apérochezValls à rentrer chez lui. "Il était minuit environ, ma femme a pu regagner notre domicile sans problème en présentant sa carte d'identité. Moi, l'adresse sur mes papiers n'est pas celle de la rue Keller, ils n'ont pas voulu me laisser passer. Ils m'ont demandé une facture EDF. Franchement, qui se promène avec un justificatif de domicile dans sa poche ?" Radical, Pierre menace de s'allonger au pied du CRS et de dormir là, avant d'avoir une idée. "J'ai montré la photo de ma femme, comme il venait de lui autoriser l'accès, ils ont fini par me laisser passer."

"L'année prochaine, c'est fini"

Depuis la tentative d'apéro, les galères continuent pourtant pour les habitants. Dimanche, Pierre n'a pas pu se faire livrer de pizza "à cause des policiers toujours déployés en bas" de chez lui. Pour remplir son estomac, il est parti chez le traiteur asiatique, mais a dû présenter à deux reprises sa fameuse facture EDF.

"Hier (lundi), il y avait encore dix cars de CRS, sérieux là, c'est plus possible", glisse la serveuse d'un bar à son collègue. Un client qui a entendu la conversation lui répond : "Vous inquiétez pas, il y en a pour un an maximum. L'année prochaine, c'est fini tout ça : ou Manuel Valls aura déménagé, ou plus personne n'aura de raisons de venir l'embêter ici."

En attendant l'échéance électorale, les forces de l'ordre seront toujours présentes rue Keller. "Faut s'y faire, dit Dominique, riverain. Eux ils font leur travail, on peut par leur reprocher. Certains sont sympas, avec d'autres ça rigole pas. Et c'est sûr pour nous, c'est pas tous les jours facile."

EN SAVOIR +
>>  Quand la sécurité de Manuel Valls met en émoi une "ambassade des libertés"
>> 
Nuit Debout : le mouvement s'étend en France, les Parisiens tentent de s'inviter chez Valls >>  Loi Travail - Nuit Debout : qui sont les "Indignés" de la place de la République ?
>>  Pétition, réseaux sociaux, Nuit Debout : la contestation contre la loi Travail est-elle d'un genre nouveau ?

Lire et commenter