Natalité : la France va-t-elle rattraper son "Baby krach" ?

-13% en janvier : baisse de la natalité en France jamais vue depuis 40 ans

FÉCONDITÉ - 13% de naissances en moins ont été recensées au mois de janvier. Considérée comme un effet du Covid, une telle baisse ne s’était pas produite depuis près de 50 ans. Faut-il craindre un "baby krach" durable ?

Et si les Français, privés de perspectives sur le long terme, arrêtaient tout simplement de faire des enfants ? Dans son dernier bilan provisoire publié jeudi 25 février, l’Insee apporte un début de réponse en indiquant observer une baisse des naissances enregistrées de l’ordre de 13% en janvier 2021. Dans le détail, 53.900 enfants sont nés en France le mois dernier contre 62.180 en janvier 2021 . Au mois de décembre, une chute de 7% de la natalité avait déjà été rapportée. 

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"Cette double statistique mensuelle laisse peu de doute sur le rôle important joué par le contexte de la pandémie sur cette évolution", indique l’Institut chargé des statistiques. Il est vrai qu’en période exceptionnelle, les comportements se trouvent bousculés mais d’après lui, une baisse de cet ordre-là ne s’était pas produite depuis près de 50 ans : "il faut remonter à 1975, la fin du baby-boom, pour observer un phénomène de telle ampleur. Les naissances en septembre et octobre 1975 avaient en effet diminué de 14% par rapport aux mêmes mois en 1974, et celles d’août et novembre de 10%". 

Ce recul des naissances s'explique d'abord par la difficulté pour certaines femmes à avoir eu recours à la PMA, qui représente aujourd'hui 3,5% des bébés nés en France. Comme le rappelle l'Insee, "pendant ce premier confinement du printemps 2020, les centres de procréation médicalement assistée ont été fermés". Mais de manière générale, les désirs d'enfants ont été retardés au vu de la période. "Nous partons de l’hypothèse qu’en période normale, lorsque les gens sont plus souvent ensemble, cela provoque plus de naissances neuf mois plus tard. Ici, il s’est passé tout le contraire : les gens ont été plus souvent ensemble mais ont moins conçu d’enfants. Tout laisse entendre qu’ils ont reporté leur projet fécond et que les mécanismes de ce report sont liés à un sentiment d’insécurité, notamment professionnel", souligne Didier Breton, professeur de démographie à l’université de Strasbourg et chercheur associé à l’Ined, l’Institut national d'études démographiques. "La montée du chômage et les incertitudes quant à l’avenir poussent les couples à reporter leur projet à plus tard", abonde Gilles Pison, lui aussi chercheur associé à l’Ined et professeur au Muséum national d'histoire naturelle.

... mais des rebonds en sortie de crise

Mais tout n'est pas perdu selon le démographe, qui indique qu'"il y a souvent une récupération en sortie de crise". Ce dernier se fonde sur les bilans des crises économiques passées pour tirer de telles conclusions. Ainsi, il a été observé depuis la fin de la Seconde Guerre Mondiale qu’une fois la crise derrière eux, les Français ont de nouveau eu envie de concrétiser leur désir d’enfants. "Au vu de ces précédents bilans, on pourrait s’attendre à une récupération totale ou partielle des naissances qui ont été reportées. Mais il faut attendre que l’avenir se dégage", poursuit Gilles Pison. C’est aussi ce qu’a démontré l’historien et démographe Hervé Le Bras, en s’appuyant une étude réalisée par des chercheurs américains ayant comparé neuf crises différentes, comme les virus Ebola, Zika ou la grippe espagnole. "C’est presque toujours le même graphique", a-t-il décrit sur le plateau de LCI vendredi 26 février : "Il y a une baisse (de la natalité, ndlr) assez importante au dixième mois. Cela continue un peu et puis il y a une reprise souvent plus importante que la baisse. (...) Dans les neuf cas qui ont été documentés, il y a une remontée après. C’est quelque chose de conjoncturel."

Une baisse qui pourrait durer "trois ou quatre ans"

S’il doit y avoir une remontée des naissances, elle ne sera pas pour tout de suite, prédit de son côté Didier Breton. Selon lui, la nature de la crise sanitaire et économique actuelle ne favorise pas les projets de conception : "Puisqu’elle dure depuis un an et qu’elle est durable, il y a de grandes chances qu’on observe toute l’année 2021 une baisse de la fécondité. Il va y avoir un ‘effet confinement’, suivi d’un ‘effet crise économique’ : cette baisse peut donc s’inscrire sur trois ou quatre ans." Et puis, il faut distinguer la chute de la natalité proprement liée au Covid-19 de celle qui s’observe depuis 2014. En effet, l’Insee constate "un contexte tendanciel de diminution des naissances depuis plusieurs années" (voir graphique ci-dessus). Ainsi, 2020 a connu "le plus faible nombre de naissance depuis la fin de la seconde guerre mondiale", avec 735 000 bébés nés en France, "soit 18 000 naissances de moins qu’en 2019 (- 2,5 %)". "Depuis la fin du baby-boom, la fécondité est relativement stable en France", nuance Gilles Pison, qui indique que la tendance à la baisse, bien réelle depuis une dizaine d’années, "reste modeste" et surtout "fait suite à une tendance à la hausse dans la décennie précédente". 

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La chute de la natalité va-t-elle durer ?

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Et si la France s'en sortait mieux que les autres ?

Quoi qu’il en soit, cette chute des naissances "n’est pas une singularité française", assure Didier Breton : elle devrait se confirmer dans la majorité des pays ayant été frappés de plein fouet par l’épidémie. Concrètement, la natalité a baissé de 22% dans au moins 15 villes d'Italie au mois de décembre, selon une étude de l'agence de statistiques Istat, et aux États-Unis, elle pourrait marquer un recul de 8 à 14% en 2021 par rapport à 2020, d'après l'institut Brookings. 300.000 à 500.000 naissances en moins sont attendues cette année dans le pays le plus touché par la pandémie. Et certains de nos voisins pourraient essuyer davantage les conséquences de cette fécondité en berne. "Dans des pays comme la France qui ont développé des politiques sociales et familiales importantes, la baisse pourrait être amortie par rapport à d’autres pays qui n’ont pas ce genre de politiques, comme l’Espagne", explique Gilles Pison. À cette heure, la France est toujours championne d’Europe en matière de fécondité, avec en moyenne 1,84 enfants par femme.

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