Euro 2016 : Omniprésentes, les publicités défigurent-elles les villes hôtes ?

Euro 2016 : Omniprésentes, les publicités défigurent-elles les villes hôtes ?
SOCIÉTÉ

STOP PUB - L'association Sites & Monuments demande à la Ville de Paris de retirer une partie des bannières et fanions déployés sur les voies et certains monuments historiques parisiens, estimant qu'ils constituent de la publicité illicite pour l'UEFA ou des sponsors du tournoi européen. Pour la Ville, il s'agit non pas de publicité, mais de promouvoir un grand événement international.

"Vous avez vu la fan zone ? C'est incroyable, c'est un supermarché à ciel ouvert". Julien Lacaze, vice-président de Sites & Monuments, association de sauvegarde du patrimoine, ne décolère pas. Son association vient d'adresser une mise en demeure à la Ville de Paris , demandant le retrait des toutes les publicités illicites mises en place pendant le championnat d'Europe de football. Le préfet a également été saisi et une plainte contre X déposée auprès du procureur de la République.

"Nous ne sommes pas contre la tenue de cet événement sportif, bien au contraire. Mais on aimerait juste que ça s'inscrive dans le respect du Code de l'environnement", explique-t-il à metronews. L'association pointe en effet l'omniprésence de ce qu'elle qualifie de "publicité illicite", qui a fleuri sur les voies parisiennes pour l'Euro : bannières, banderoles portant la mention UEFA EURO 2016 TM, qui est, rappelle l'association, une marque déposée. La moitié de ces bannières portent par ailleurs les logos de marques, comme Coca, Mac Do, Turkish Airlines, ou encore Orange et Crédit Agricole.

"Il y a vraiment deux poids, deux mesures"

Ces bannières sont déployées sur des voies parisiennes accrochées aux lampadaires, comme dans les quartiers Montparnasse, Odéon, Cluny, gare de l'Est et du Nord, rue de Rivoli… Mais aussi, sur l'Hôtel de Ville, le pont d'Iéna, les quais de Seine, les Champs Elysées, l'Arc de Triomphe, ou encore le site du Champs-de-mars, qui sont des monuments historiques ou des sites classés.

"Le Code de l'environnement interdit la publicité sur les installations d'éclairage public, ainsi que sur les monuments ou sites classés", rappelle Julien Lacaze. "C'est inscrit sur tous les documents municipaux adressés au grand public. Quelle crédibilité va ensuite avoir la Ville pour faire respecter de règlement aux particuliers ? Il y a vraiment deux poids, deux mesures." D'autant plus inacceptable, selon le vice-président, que "la Ville dispose de milliers de supports publicitaires sur son mobilier urbain, ainsi que des mâts porte-affiches consacrés à l'annonce de manifestations sportives."

"Si on ne veut pas respecter les contraintes d'un site protégé, on va ailleurs"

L'association est claire : "L'UEFA veut le beurre, et l'argent du beurre. Elle a voulu avoir le Champs-de-Mars, qui est un site protégé, pour sa fan zone, mais ne veut pas respecter les prescriptions. Si on ne veut pas respecter les contraintes d'un site protégé, on va ailleurs. On ne peut pas tout avoir." En plus l'aspect visuel, du respect des symboles, Julien Lacaze pointe plus largement ces "zones de consommation presque forcées, avec un modèle économique très pensé, qui s'éloigne de plus en plus de l'esprit du sport. Les supporteurs vont sur les fan zones voir les matches, pas de la publicité qui leur est imposée." 

Il y a quelques jours, Sites & Monuments a fait retirer huit des dix bannières qui pendaient sur le Capitole de Toulouse, lui aussi classé monument historique, sur lequel la publicité est interdite. "Nous avions déposé une plainte devant le procureur. La mairie a bien compris le message, et ils étaient au final assez contents de pouvoir se débarrasser de cette publicité imposée par l'UEFA", croit savoir Julien Lacaze. A Paris, la bataille risque d'être d'un autre acabit.

La mairie de Paris s'agace

La Mairie, justement, commence à s'énerver de ce "bashing" sur l'Euro 2016. "On a eu le débat sur la sécurité, aujourd'hui celui sur la publicité… Il faut arrêter de partir dans les détails, de voir tout ce qui ne va pas", indique-t-on à metronews. La municipalité revendique d'œuvrer "dans le respect du droit et de la règlementation" : "Il ne faut pas confondre publicité et promotion d'un grand événement sportif. Sur tous les fanions déployés dans les rues, on est sur de l'annonce de l'événement. L'idée est de planter un caractère festif, d'une grande fête populaire, pour l'accueil de l'Euro", nous explique-t-on. 

L'exception des Champs-Elysées

Quant à la fan zone du Champs-de-Mars, elle est un espace clos, sans visibilité sur l'extérieur. "Ce qui est diffusé ne correspond donc pas à de l'affichage sur la voie publique", indique la mairie. Les Champs Elysées, eux, constituent en revanche une exception, assumée par l'équipe d'Anne Hidalgo : "Nous avons fait le choix d'un partenariat, avec des sponsors. C'est un choix de la Ville pour générer des recettes et limiter le coût pour les Parisiens."

Reste que la municipalité réfute tout "usage débridé" : "Nous avons un règlement local de publicité contraignant, auquel nous sommes très attentifs. Paris est très protégée par rapport à d'autres capitales". Bref, il faut plutôt positiver : "L'Euro est un grand événement festif, populaire, convivial, on a la chance de l'accueillir. On en a besoin, alors laissons les Parisiens profiter !"

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