Euthanasie : "Le Covid-19 nous oblige à nous poser la question de la fin de vie", estime Jean-Luc Romero

Jean-Luc Romero, président de l'Association pour le droit de mourir dans la dignité

FIN DE VIE - L'Assemblée examine ce jeudi une proposition de loi créant un droit à l'euthanasie. Mais le texte a peu de chance d'être voté, au grand dam de Jean-Luc Romero, président de l'Association pour le droit de mourir dans la dignité. Auprès de LCI, il appelle Emmanuel Macron à s'emparer rapidement du sujet pour légiférer.

Le débat divise les parlementaires et gêne le gouvernement. Ce jeudi 8 avril, l'Assemblée nationale examine une proposition de loi pour un droit à "une fin de vie libre et choisie" légalisant l'euthanasie, présentée par le député Olivier Falorni dans le cadre de la niche parlementaire du groupe Libertés et Territoires. Mais les députés ne devraient pas avoir le temps de venir à bout des quelques 3000 amendements, en grande majorité déposés par des députés LR, et donc de voter le texte. Ce qui arrange le gouvernement, qui estime que le temps n'est pas venu de légiférer à ce sujet.

Une situation que regrette le président de l'Association pour le droit de mourir dans la dignité (ADMD) Jean-Luc Romero. Auprès de LCI, il estime qu'il est urgent de se doter d'une loi "qui permette l’accès universel aux soins palliatifs et qui légalise l’euthanasie et le suicide assisté", et appelle le président de la République à prendre "ses responsabilités" sur ce grand sujet de société.

Pourquoi pouvoir décider de sa fin de vie devrait être un droit accordé à tous, selon vous ?

La mort nous concerne tous. Nous n'avons pas le choix de notre naissance, la moindre des choses serait que nous puissions décider du moment et de la manière dont nous voulons mourir. Aujourd'hui ceux qui ont ce droit sont les médecins et les familles, rarement les personnes en fin de vie. Même si à l'association ADMD nous serions allés un peu plus loin que la loi Falorni*, au moins elle a l'avantage de mettre le patient au centre des décisions, et non pas ceux qui sont autour de son lit. 

Jean Leonetti estime que cette proposition de loi "donne délibérément la mort", qu'"on est dans une dépénalisation de ce que juridiquement, on appelle un homicide". Que lui répondez-vous ?

La loi Leonetti** permet d’endormir quelqu’un et de ne jamais le réveiller, j'aimerais qu'il m'explique la différence. Sa loi pourrait être utilisable pour des gens très malades qui vont mourir dans les 24h, mais parfois certains mettent plusieurs semaines à mourir. Dans ces cas-là, j'estime qu'il s'agit d’acharnement thérapeutique. 

Le gouvernement estime que l'heure n'est pas au débat sur la fin de vie. Vous pensez le contraire ? 

Les débats nous les avons eu, ils ont lieu depuis 30 ans. J'estime plutôt que ce qu’il se passe aujourd’hui avec le Covid-19 nous oblige à nous poser la question de la fin de vie. Nous sommes dans une période où nous mourrons dans des conditions terribles et ça ne serait pas le moment de parler de la mort ? J’en entends certains qui disent ‘il faut parler de la vie’. Mais nous ne parlons pas d’un choix entre la vie et la mort, nous parlons d’un choix entre deux morts. 

J'en appelle directement au président de la République."- Jean-Luc Romero

La majorité des parlementaires sont pour la légalisation de l'euthanasie, et à en croire les sondages la majorité des Français aussi. Alors pourquoi tant de blocages, selon vous ?

Ils tiennent en deux lobbies puissants : les parlementaires comme Jean Leonetti, et la religion. Or je tiens à rappeler que nous sommes dans une République laïque, et que dans une République laïque, il n’existe pas de principe supérieur qui vous obligerait à mourir le plus tard possible, dans la souffrance.

Si le texte n'est pas voté à l'Assemblée nationale, vous appelez le gouvernement à s'en saisir et à l'inscrire de nouveau à l'ordre du jour ? 

Oui, j'en appelle directement au président de la République. L'association a lancé une pétition en ligne pour qu'Emmanuel Macron mette la loi à l'ordre du Parlement et que nous ayons enfin une loi. Dans cette période où nous mourrons dans des conditions difficiles, nous avons besoin d’une loi qui pose des conditions claires et qui permette à chacun de partir comme il le souhaite. Il y a aujourd'hui une majorité prête à voter en ce sens, le moment est venu. N'attendons plus.

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* La proposition de loi d'Olivier Falorni prévoit "une assistance médicalisée" permettant "une mort rapide et sans douleur" à "toute personne capable majeure, en phase avancée ou terminale d'une affection grave et incurable (…) lui infligeant une souffrance physique ou psychique qui ne peut être apaisée ou qu’elle juge insupportable". D'autres dispositions prévoient une clause de conscience pour les médecins ou apportent des garanties sur le consentement des malades.

** Il existe deux lois au nom du député Jean Leonetti ; la loi Leonetti de 2005 instaurant un droit au "laisser mourir" et la loi Claeys-Leonetti de 2016 autorisant une "sédation profonde et continue jusqu’au décès".

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