Evacuation de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes : un dispositif hors-norme pour éviter le moindre risque

DÉCRYPTAGE - Le gouvernement a annoncé ce mercredi l'abandon du projet d'aéroport à Notre-Dame-des-Landes. Conséquence : la ZAD (pour "zone d'aménagement différée") devrait être évacuée de ses 200 habitants. Pour éviter tout débordement, Matignon joue la carte de l'apaisement et préfère attendre le printemps.

Un dispositif exceptionnel pour éviter tout débordement. Pour évacuer le plus sereinement possible la ZAD de Notre-Dame-des-Landes, au cœur du projet – abandonné ce mercredi – d'aéroport, le gouvernement a vu les choses en grand. Des centaines de gendarmes et de CRS ont en effet été mobilisés sur place, même si aucune opération d'évacuation ne devrait avoir plusieurs mois.


La Zad sera "évacuée des éléments les plus radicaux", avait prévenu il y a quelques jours le ministre de l'Intérieur Gérard Collomb. L'option la plus probable ? Celle d'une forme d'ultimatum pour permettre aux volontaires de quitter les lieux. Sauf que celui-ci devrait durer un certain temps : le gouvernement a donné jusqu'au printemps aux opposants, en promettant la "fin de la zone de non-droit". Selon l'AFP, Matignon refuse d'être dans une "logique qui vise à jouer le rapport de forces pour le rapport de forces". "Et ensuite, il y a la trêve hivernale" qui s'appliquerait "pour certaines parcelles", selon la même source.

"Les routes doivent être rendues à la circulation"

S'il laisse du temps aux principaux intéressés, le gouvernement demande néanmoins un certain nombre de gestes : "Les trois routes qui traversent le site de Notre-Dame-des-Landes doivent maintenant être rendues à la libre circulation pour tous. Les squats qui débordent sur la route doivent être évacués, les obstacles retirés, la circulation rétablie. A défaut, les forces de l'ordre procèderont aux opérations nécessaires", a prévenu le Premier ministre Edouard Philippe, qui entend bien reprendre la main sur les lieux.


 Les lieux, il s'agit de cette "ZAD", une vaste "zone d'aménagement différée" de 1.600 hectares, rebaptisée "zone à défendre" par les opposants, actuellement occupée par 150 à 200 personnes qui, selon les autorités, en ont fait un "camp retranché". "Miradors", "tranchées", "engins incendiaires" font, en effet, craindre le pire aux forces de l'ordre qui gardent en mémoire la mort de Rémi Fraisse, militant écologiste tué par une grenade tirée par un gendarme sur le chantier du barrage de Sivens (Tarn), en 2014.

Plusieurs compagnies de CRS et peut-être l'armée de terre

Pour s'assurer que les routes vont être "libérées", des renforts de sept escadrons de gendarmerie mobile, soit plus de 500 hommes, sont arrivées mercredi sur place. Plusieurs compagnies de CRS sont, elles, à Nantes et Rennes afin d'assurer le maintien de l'ordre en cas de manifestations, notamment entre "anti" et "pro" aéroport. 


Au total, des centaines d'hommes devraient être mobilisés. Un chiffre à la hauteur de l'enjeu. A savoir, éviter l'échec de l'opération "César", cette expulsion massive qui avait capoté en 2012. A l'époque, environ 40.000 personnes (selon les organisateurs) s'étaient mobilisées pour empêcher la reprise par l'Etat de la zone. Des milliers d'opposants qui s'étaient rassemblés après la décision d'évacuer. 

Autre enseignement du passé : le rôle stratégique de la "route des chicanes". C'est ainsi qu'est surnommée la départementale 281, qui traverse la zone. C'est là que, durant l'opération "César", avaient eu lieu des affrontements sévères entre zadistes et forces de l'ordre. Malgré une tentative de nettoyage au printemps des associations "institutionnelles", elle est toujours entravée de pneus, barricades et mirador. Pour récupérer la main sur cette voie symbolique, le gouvernement pourrait ainsi avoir recours à l'armée de terre.

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