Exercice de maths sur les migrants : quel est le processus de validation d'un manuel scolaire?

Exercice de maths sur les migrants : quel est le processus de validation d'un manuel scolaire?

CORRECTION – La semaine dernière, un exercice proposé aux élèves de Terminale ES et L dans un manuel scolaire a créé la polémique, entraînant le retrait du livre incriminé. Nous avons voulu savoir comment étaient rédigés et validés les manuels scolaires. Pascale Gélébart, directrice de l'association des éditeurs de l'éducation, nous explique les différentes étapes de fabrication.

"En tant qu'éditrice, je ne comprends pas comment c'est passé à travers les mailles du filet", souffle Pascale Gélébart, directrice de l'association des éditeurs de l'éducation. L'exercice, qui demandait aux élèves d'effectuer des suites mathématiques en s'appuyant sur un cas concret, le drame des migrants, ne serait donc qu'une erreur "rarissime". Et pour cause, avant d'être édité, les manuels scolaires subissent "un nombre d'aller-retours colossal" avant d'être validés, ceux des éditions Nathan y compris. S'il n'existe pas de validation officielle par le ministère de l'Education nationale, ces relectures sont gérées par des professionnels de l'enseignement. Explications.

Une équipe d'auteurs variés et complémentaires

Concrètement, à chaque nouvelle édition d'un manuel scolaire, la maison d'édition constitue une équipe d'auteurs. On y trouve "des professeurs de terrain, des professeurs formateurs en IUFM (centre de formation des enseignants, NDLR) et des inspecteurs disciplinaires", détaille Pascale Gélébart. Des universitaires peuvent également être consultés, notamment quand leur discipline concerne un chapitre donné. "Ce type d'équipe est à géométrie variable mais les auteurs sont toujours issus du monde enseignant", souligne-t-elle. Bien souvent, ce n'est pas l'éditeur qui va "chercher" ces professeurs, ce sont les enseignants eux-mêmes, déjà constitués en groupes de travail dans leur établissement ou leur région, qui proposent à l'éditeur des exercices qui fonctionnent auprès de leurs élèves.

L'écriture du manuel, un travail d'équipe

L'équipe d'auteurs, une fois constituée, rédige une proposition pédagogique en s'appuyant sur le programme mis à disposition par le manuel scolaire. "Il faut structurer le programme de l'année", explique la directrice de l'association. Premièrement en termes de temporalité : il est impératif que les élèves puissent acquérir les connaissances demandées en un temps imparti, leurs 36 semaines de cours. En fonction des difficultés abordées, un volume horaire est attribué pour chaque grands chapitres du programme. Deuxièmement, en termes de complexité : des bases aux notions les plus sibyllines. L'ordre de ces acquis peut alors différer d'un manuel scolaire à l'autre (s'il n'est pas explicitement établi par l'Education nationale). 

Déjà, à ce stade, le contrôle est omniprésent  : certaines parties de l'ouvrage peuvent être confiées à certains auteurs en particulier, mais dans tous les cas, "toute l'équipe repasse derrière pour effectuer un lissage", explique Pascale Gélébart.

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La relecture, typographique … et critique

L'éditeur ajoute à ce manuscrit des iconographies, puis envoie cette première épreuve à des relecteurs. "Il y a des relecteurs typographiques qui vont vérifier qu'il n'y a pas d'erreur de syntaxe et d'orthographe", mais aussi "des relecteurs critiques". Il s'agit là "d'autres professeurs de la discipline et du niveau concernés", poursuit-elle. Ces derniers donnent leur avis sur les différents exercices et les testent dans leurs classes. "On cherche aussi à diversifier les points de vue, en choisissant des relecteurs issus d'établissements très différents". La directrice de l'association l'assure : "Un premier manuel d'auteurs ne sera jamais validé du premier coup", les allers-retours sont nombreux avant que tous s'accordent. "Parfois, on connait une page par cœur à force de la relire", raconte-t-elle pour appuyer ses propos. Difficile, donc, pour elle d'expliquer la faute de goût qui s'est glissée dans un des manuels cette année.

De son côté, "le ministère de l’Education nationale n’exerce aucun contrôle sur le contenu des ouvrages scolaires", explique-t-on sur le site du service public, "en raison des principes d'indépendance des éditeurs et de liberté pédagogique des enseignants qui choisissent les manuels". Car c'est bien les professeurs qui décident du manuel utilisé durant l'année scolaire. Seule exigence imposée par le gouvernement : être conforme au programme officiel fixé par le ministère de l’Education nationale et ne pas être "contraire à la morale, à la Constitution et aux lois".

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Les éditeurs sont donc tenus de mettre à jour leurs manuels à chaque changement de programme, ils ont alors un an avant la mise en application en classe. Et, dans tous les cas, les ouvrages sont renouvelés tous les quatre ans au primaire et au collège, pour rester en adéquation avec les nouvelles générations et leur société. "Les enfants de 6ème d'aujourd'hui ne sont pas les mêmes qu'il ya quatre ans", fait remarquer Pascale Gélébart. "Quatre ans, ça peut nous paraître court, mais c'est un tiers de leur vie!"

En conclusion, la responsable d'édition nous glisse que c'est peut-être cette recherche d'adaptation à la société actuelle qui a porté défaut au manuel scolaire de Nathan. "Il était destiné à des élèves de ES, une section qui vise l'interdisciplinarité". Or "en sciences sociales et économiques mais aussi en géographie, les étudiants se penchent sur la question des migrants, je pense que les auteurs et les relecteurs ont manqué de recul, ils ne se sont pas rendu compte que l'exercice était douteux. On parle de gens passionnés, avec de vrais valeurs, j'étais mortifiée quand j'ai découvert cet exercice mais je reste persuadée qu'ils n'avaient pas de mauvaises intentions." 

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