Existe-t-il vraiment des "zones de non-droit" en France ?

MISE AU POINT - Le Premier ministre Manuel Valls en visite à Viry-Châtillon où deux policiers ont été blessés, a affirmé lundi "qu'il n'y a pas de zones de non-droit" en France. Pourtant les policiers et les habitants de ce territoire disent le contraire. Alors qui dit vrai ?

Il faut se mettre d’accord sur le sens des mots.  Si l’on définit une zone de non-droit comme un territoire où le droit ne passe pas du tout et la police ne peut pas du tout entrer, c’est vrai qu’il n’y a pas de zone de non-droit en France. Pour preuve, la BRI ou le RAID sont capables d’intervenir en France dans des situations très dures et exceptionnelles, notamment en matière de terrorisme. 


Mais l’expression "zones de non-droit" ne recouvre pas des moments exceptionnels.  C’est justement une expression qui vient du journalisme de terrain et qui décrit une réalité de tous les jours dans certains quartiers. 

D’abord il s'agit d'un territoire où la police ne peut pas entrer et circuler en sécurité. C’est le cas dans le quartier de la Grande Borne à cheval sur les villes de Grigny et Viry-Châtillon. Les policiers ne peuvent y patrouiller qu’avec du renfort et des véhicules prêts à évacuer rapidement la zone car les caillassages sont fréquents. Du coup, les patrouilles restent à la lisière du quartier.


Deuxièmement, une zone de non-droit est un territoire où les services publics et les commerces disparaissent. C’est évidemment le cas à la Grande Borne. Il y avait encore une grande surface le mois dernier mais elle a fermé. Et le dernier service public, la Poste, a quitté le quartier en 2014. 


Troisièmement, même si ce n’est pas dit ouvertement, une zone de non-droit est un territoire où la police ne tire pas en cas de légitime défense pour éviter des émeutes ou un embrasement comme en 2005. Ce fut le cas à Viry-Chatillon, malgré les cocktails Molotov et la quinzaine d’assaillants, les policiers ont gardé leur sang-froid. 


Contrairement à ce qu’a dit Manuel Valls, mais un Premier ministre ne peut pas l’avouer, il y a bien des zones de non-droit en France. Les spécialistes de la petite et grande délinquance estiment leur nombre à 80. Elles vivent principalement du commerce de la drogue, le chiffre d’affaires global de ces zones est estimé à environ 5 milliards d’euros par an. 

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