Quelles facs sont bloquées ? Pourquoi ? On fait le point sur le mouvement étudiant

Quelles facs sont bloquées ? Pourquoi ? On fait le point sur le mouvement étudiant

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MOUVEMENT - Alors que le campus de Tolbiac, à Paris, a été évacué par des CRS au petit matin, vendredi, où en est le mouvement contre la loi ORE de Frédérique Vidal ? Et comment s'annonce la suite pour les étudiants ?

Enraciné sur plusieurs sites universitaires, le mouvement de protestation contre la loi pour l’orientation et la réussite des étudiants (ORE), pourrait entrer dans une nouvelle phase, après l'intervention des forces de l'ordre qui ont évacué plusieurs campus, dont celui de Tolbiac, à Paris, vendredi. 


D'autres sites restent touchés par la mobilisation alors que les examens approchent. Et en dehors des facs, le débat fait toujours rage sur le bien-fondé de cette loi ORE, portée par la ministre de l'Enseignement supérieur Frédérique Vidal et accusée d'instaurer une sélection à l'entrée de l'université via la plateforme Parcoursup sans répondre au problème des moyens des universités.

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VIDÉO - Tolbiac évacué : "Les dégradations sont énormes", selon le président de l'université

Où les forces de l'ordre sont-elles intervenues ?

Ce vendredi, vers 5h du matin, une centaine de CRS ont levé le blocage du site Tolbiac de l'université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, occupé depuis le 26 mars. Une centaine de personnes ont été évacuées et une personne a été interpellée, selon la préfecture de police. L'intervention des forces de l'ordre avait été réclamée le 9 avril par le président de l'université, Georges Haddad, après la découverte de cocktails molotov sur le site. Des engins incendiaires ont effectivement été découverts par les CRS ce vendredi, et le coût des dégradations s'élève, selon Georges Haddad, à "plusieurs centaines de milliers d'euros".


Les forces de l'ordre sont également intervenues à Sciences Po Lille, ce vendredi, rapporte 20 Minutes. Des CRS ont débloqué une entrée secondaire, mais l’entrée principale reste bloquée par une cinquantaine d’étudiants.

À Strasbourg, selon nos informations, une intervention policière a aussi eu lieu dans la nuit de jeudi à vendredi pour évacuer les étudiants qui occupent le bâtiment de Maths-Info.

La présence de CRS est également signalée aux abords de Sciences Po Paris mais aucune opération évacuation n'a eu lieu, alors que le bâtiment de la rue Saint-Guillaume était de nouveau occupé ce vendredi. Selon plusieurs témoins, les forces de l'ordre contrôlaient les identités des personnes qui circulent dans cette rue. Finalement, les étudiants qui avaient décidé du blocage ont accepté de libérer le bâtiment, en échange de l'ouverture de salles dédiées à des "conférences et des débats libres", a indiqué la direction.

Quels sont les établissements encore bloqués ?

Outre Sciences Po Lille, évoqué ci-dessus, Sciences Po Rennes est également bloqué depuis jeudi. Ces instituts d'études politiques (IEP) sont les derniers venus dans le mouvement de contestation de la loi ORE, né dans les universités. Sciences Po Grenoble doit, pour sa part, rouvrir le 23 avril, après dix jours de fermeture administrative qui ont suivi une AG ayant décidé du blocage de l'établissement. Au total, selon l'AFP, quatre facultés sont totalement bloquées et une dizaine de sites sont perturbés.


L'université Paul-Valéry à Montpellier est bloquée depuis mi-février, mais le tribunal administratif a ordonné mercredi aux occupants de "libérer les lieux sans délai". Les universités de Toulouse Jean-Jaurès, et Rennes 2 sont également bloquées, ainsi que l'université de Paris-Nanterre, où les étudiants ont voté en AG la poursuite du blocage jusqu'au 2 mai prochain. 

Une fois la fac débloquée, que se passe-t-il ?

Après l'évacuation du site de Tolbiac, l'un des plus emblématiques du mouvement étudiant, quelle sera la suite ? "Le site Tolbiac sera repris par l’Université qui le fermera pour des raisons de sécurité et de remise en état, suite aux dégradations des occupants", indique un communiqué du ministère de l'Intérieur. Dans la matinée, des groupes d'étudiants manifestaient devant le bâtiment, gardé par les forces de l'ordre.


À Strasbourg, alors qu'un amphithéâtre a été débloqué dans la nuit, une AG était prévue à la mi-journée pour décider des suites de la mobilisation.  

Et les examens ?

Pour Emmanuel Macron, "le défi des prochains jours" est la tenue des examens, rapporte le porte-parole du gouvernement Benjamin Griveaux. "Il incombera" à la ministre de l'Enseignement supérieur Frédérique Vidal de le relever. Celle-ci a affirmé jeudi que des "les examens auront bien lieu", qu'ils sont "vraiment importants pour la crédibilité du diplôme", mais que les lieux où ils auront lieu seraient précisés "au dernier moment" pour éviter que des étudiants n'empêchent leur tenue.


Le président de Paris 1, Georges Haddad, a indiqué vendredi que la direction de l'université ferait en sorte que les examens, qui doivent débuter dans environ 10 jours, se déroulent "dans les meilleures conditions possibles", mais n'a pas précisé dans quels locaux ils auraient lieu. La ministre Frédérique Vidal a affirmé pour sa part que les examens ne s'y tiendraient "probablement" pas et qu'ils devront être délocalisés. 


À Toulouse, en revanche, les examens ont été reportés. À Nanterre, ils étaient censés commencer le 16 avril, mais les bâtiments étant encore bloqués, ils n'ont, de fait, pas eu lieu. La semaine précédente, le blocage avait été voté en AG et des professeurs, également réunis en AG, ont décidé de donner à leurs étudiants un "20/20 politique" pour ne pas pénaliser les étudiants. Mais rien n'empêche la direction de délocaliser les examens, comme c'est le cas pour les universités de Bordeaux ou de Metz.

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VIDÉO - Facultés : pourquoi les examens sont un casse-tête

Un mouvement qui s'étend ou qui diminue ?

"D’une université à l’autre, mais aussi d’un jour à l’autre, le mouvement est très fluctuant, analyse Gilles Roussel, à la tête de la Conférence des présidents d’université (CPU), dans Le Monde, ajoutant que  "ce mouvement n’a pas l’air de flamber, mais il ne diminue pas non plus". Au fil des blocages et des déblocages, il est en effet difficile de jauger le niveau de mobilisation des étudiants, le nombre de sites perturbés restant stable sur les dernières semaines.


À l'université de Strasbourg, dont plusieurs bâtiments sont bloqués, un sondage en ligne suggère qu'une majorité d'étudiants souhaite leur déblocage. 16.272 étudiants sur les 51.000 que compte l’université ont répondu à la question "Approuvez-vous ces blocages ?", et 11.696 (71,88 %) se sont prononcés contre, tandis que 3.000 ont voté pour (18,44 %%) et 1.576 ne se sont pas prononcés (9,69 %). 


Une consultation semblable a eu lieu à l'université de Metz. Sur 8.200 étudiants censés passer leurs examens, 2.500 ont participé au vote, et 74% d'entre eux ont approuvé la fin des blocages, contre 20% ayant répondu "non"  à la question "Approuvez-vous la fin des blocages?". Un vote que les bloqueurs considèrent "illégitime", rapporte France Bleu. S'ils ont laissé plusieurs salles libre en vue des examens, ils avaient appelé au boycott de la consultation "parce que nous devons donner notre nom pour voter, mais ce n'est pas normal, un vote doit rester anonyme".

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Contestation universitaire : les étudiants anti-blocage se mobilisent

Qu'en disent les professeurs et les présidents d'université ?

La communauté éducative semble également divisée sur la loi ORE comme sur la conduite à tenir. Une quinzaine d'enseignants-chercheurs de Nanterre  se sont opposés au blocage des bâtiments et à l'annulation des examens, et expliquent dans une tribune parue dans Le Monde, vouloir "être en mesure, comme d'ailleurs nos étudiants le demandent, par une pétition qui rassemble déjà près de 3 000 signatures, d'organiser des examens dans les meilleures conditions possibles, de délivrer des diplômes de qualité, crédibles, reconnus".


Dix jours auparavant, ils étaient plus de 400 enseignants à dénoncer la loi ORE et affirmer leur soutien au mouvement étudiant dans une tribune à franceinfo. Ils arguent notamment que "le système APB a révélé l'impossibilité d'accueillir tous les étudiants, faute de place et de moyens" et que Parcoursup, "un mode de sélection (sur dossier, pour tous les bacheliers) ne répond pas à ces besoins".


Les présidents d'universités semblent, pour leur part, conditionner le succès du système Parcoursup aux moyens alloués aux étudiants. Dans une lettre publiée jeudi dans Le Monde, 63 d'entre eux, sur un total de 73, disent soutenir les objectifs de la loi ORE, mais estiment que "mettre en œuvre cette loi sans moyens nouveaux à la hauteur des enjeux et inscrits dans une perspective pluriannuelle, ce serait la condamner à l’échec".

Que répond le gouvernement ?

Sur le fond de la réforme comme sur les moyens alloués à l'enseignement supérieur, le gouvernement n'a pas fait de nouvelles annonces depuis le début du mouvement étudiant. Frédérique Vidal a rappelé jeudi que son ministère prévoit de créer 19.000 places supplémentaires dans les universités, notamment dans les filières en tension, afin d'éviter que des bacheliers se retrouvent sans affectation. 

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