Tolbiac vote le blocage illimité... et ce n'est pas du goût de tout le monde

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REPORTAGE – Près d’un millier d’étudiants de la faculté parisienne de Tolbiac, réunis en assemblée générale, ont voté ce mardi 3 avril le principe d’un blocage illimité. Pourtant, de nombreux étudiants semblent regretter une telle radicalité.

"La fac, elle est à qui ? Elle est à nous !" En chœur, quelques dizaines d’étudiants reprennent ce slogan dans une liesse digne d’un match de football pendant que d’autres baillent, par faim ou par fatigue. Il est presque 13 heures ce mardi 3 avril et la faculté parisienne de Tolbiac vient de voter en assemblée générale (AG) le principe d’un blocage illimité tant que le gouvernement n’aura pas abrogé la loi ORE (dont l’acronyme signifie Orientation et réussite des étudiants) et renoncé à Parcoursup. 


Il faut dire que durant environ trois heures, les centaines d’étudiants présents ont écouté une kyrielle d’interventions, dont certaines peuvent apparaître superfétatoires. Alors qu’ils débattent sur les modalités de la mobilisation, un étudiant, micro en main, se met à évoquer les tensions géopolitiques avec la Turquie, réclamant que "la commune de Tolbiac déclare la guerre à cet état fasciste". La plupart des interventions porte toutefois sur des enjeux plus concrets. Beaucoup insistent sur "la nécessaire convergence des luttes" pour faire "plier le gouvernement", en s'alliant notamment avec le mouvement des cheminots.

A l’extérieur, Claude et Romane, tous deux étudiants en 3e année, paraissent fatigués par ces grands discours. Cela fait déjà une semaine que l’université est bloquée. "On n’en a marre de ne pas aller en cours ! Nous aussi, on est contre la sélection à l’université mais on ne peut pas se permettre de louper une année", lance Romane, qui juge les organisateurs de l’AG "illégitimes", puisqu’ils sont tous partisans du blocage.


A l’intérieur, certaines interventions se risquent à remettre en cause la neutralité des organisateurs. Mais des huées viennent vite interrompre ces prises de parole. A écouter le directeur de Tolbiac, Florian Michel, la question mérite pourtant bien d’être posée. "On est clairement dans de la récupération politique", assure ce professeur d’histoire contemporaine, convaincu que ce mouvement est noyauté par la France insoumise et le NPA. Une chose est sûre, ce ne sont pas les nombreuses interventions de représentants du NPA et de la France insoumise, lors de l’AG, qui permettront de le contredire. 

Après presque trois heures de débat et de multiples votes, vient le moment tant attendu par tous, celui portant sur le blocage. Tout à l’extrême gauche de l’amphi, une petite centaine d’étudiants anti-blocage a tenu le coup et espère se faire entendre. Bien que minoritaires, certains osent prendre la parole, proposant une cohabitation entre mobilisation et maintien des cours. Mais les travées ne semblent pas y souscrire. Comme le confirmera le vote final, très largement en faveur du blocage. 


Dehors, Arthur, un étudiant en économie qui était opposé au blocage, regrette la radicalité du mouvement. S’il juge "scandaleux" la sélection à l’université, il estime que ce combat peut être mené sans perturber les cours. "Il y a des organes démocratiques pour s'opposer. On peut lutter contre cette loi tout en étudiant". Quelques mètres plus loin, Adrien, lui aussi étudiant en économie, n’est pas cet avis. "Je comprends les étudiants anti-blocage mais on n'a pas d'autres moyens d'action. Si les médias viennent et parlent de notre mobilisation, c’est grâce au blocage. Ce n’est pas en manifestant le week-end que cela marchera". 

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