Face aux méthodes choc de L214, les salariés des abattoirs en grande détresse psychologique

Face aux méthodes choc de L214, les salariés des abattoirs en grande détresse psychologique
SOCIÉTÉ

SOUFFRANCE ANIMALE - Samedi a eu lieu une manifestation à l’appel de L214 devant l’abattoir municipal de Limoges pour dénoncer, une nouvelle fois, les méthodes de mise à mort des animaux. Mais les actions choc de l’association ont aussi un revers : des salariés en grande souffrance.

Des images choc, sanglantes. Une vidéo, lancée sur les réseaux sociaux, qui fait le buzz. Face au scandale, des politiques qui se penchent sur le dossier. La méthode est devenue connue : c’est le mode d’action de l’association pro-vegan L214, qui lutte contre la souffrance animale et s’est fait une spécialité de dénoncer notamment les dérives des abattoirs.

Il y a trois semaines,  c’est l’abattoir municipal de Limoges, qui est l’un des plus gros de France, qui a été la cible de L214. Un employé de l’abattoir a filmé l'abattage de vaches en gestation, pratique courante mais que l’association veut interdire, et les images ont, une nouvelle fois, déclenché un scandale. Ce samedi, à l’appel de L214, du Collectif limousin d'action militante pour les animaux, de L-PEA (Lumière sur les pratiques d'élevage et d'abattage), environ 300 personnes se sont réunies à Limoges pour dénoncer à nouveau les pratiques de l'abattoir. Ils ont été reçus par l’élu en charge de l’abattoir, qui a promis des améliorations. Succès, donc.

Il y a aussi la protection des hommes, cette association l'a un peu oublié- Le directeur de l'abattoir municipal de Limoges, à France Bleu

Mais l’action de L214 a eu un double effet Kiss-Cool. Car sur le terrain, les 85 salariés de l’abattoir, mis en cause, ont pris de plein fouet les conséquences du buzz en ligne : critiques, insultes, et coups de téléphone en série à l’abattoir. D’un coup, ils sont devenus des pestiférés, des coupables. Violent. Et ils ne comprennent pas, ayant l’impression de faire bien leur travail. Ludovic, employé depuis 13 ans, raconte ainsi à France Bleu avoir pris "les choses très mal" : il a d’ailleurs les "vétérinaires avec lui", mais raconte que sa famille a été "touchée par ces vidéos" et que dorénavant, on lui demande constamment "pourquoi tu fais ça". "Le pauvre ouvrier d'abattoir n'y est pour rien", crie-t-il. 

Ludovic a été voir un psychologue. Mais il n’est pas le seul touché. La direction de l’abattoir municipal a mis en place un soutien psychologique pour aider les salariés. "Ils ne comprennent pas qu'on remette en cause leur travail", explique à France Bleu le directeur Pascal Pain.  "Ils sont contrôlés, surveillés tous les jours. Il est pratiquement impossible de ne pas bien faire son travail. C'est dur d'être mis sur le devant de la scène médiatique. Ils ont l'impression d'être mis au ban". Et le directeur, qui estime "normal de travailler sur la protection animale", pointe tout de même les méthodes de l’association : "Il y a aussi la protection des hommes. Cette association (L214) l'a un peu oublié. On n'a sans doute pas les mêmes valeurs".

Cadences infernales

Des salariés visés, en souffrance, ce n’est pas une première, et sans doute un revers de la médaille du combat de L214, dont le but est justement de faire le maximum de bruit. En mai dernier, ce sont trois salariés de l’abattoir de Mauléon, dans les Pyrénées-Atlantiques, qui s’étaient confiés à Sud-Ouest. Un mois avant, une vidéo filmée en caméra cachée montrait des images d’employés découpant des membres sur des bêtes encore vivantes, ou encore assommant des ovins à coup crochets.  

Le responsable de l’abattoir s’était dit "effondré, catastrophé", après le visionnage des vidéos, et promis de licencier les employés… tout en incriminant les cadences de travail : "Il faut tuer 15 000 agneaux en quinze jours pour Pâques. Si on travaillait plus sereinement, ils ne commettraient pas ce type d’action", disait-il dans Le Monde. Et, pour le coup, le responsable avait tenu parole. Un mois après les faits, les salariés avaient été mis à pied. Et subissaient encore les conséquences dans leur quotidien. 

Car sur les premières images, leurs visages n’étaient pas floutés. "Notre mode de vie a changé", avouait l’un d’eux à Sud-Ouest, qui racontait : "Avant-hier, je suis allé voir un match. C’était la première fois que je revoyais une foule. Je n’ai pas pu rester. Certains savent qui je suis. D’autres non. Mais je n’arrive pas à faire la différence entre les regards positifs et négatifs." Un autre abonde : "Les médias, les réseaux sociaux, les collègues… De tout ça, c’est le regard des autres qui pèse le plus. La Soule (région des Pyrénées-Atlantiques), c’est bien pire que Facebook." Une punition, d’autant que, d’après eux, ils ne maltraitent pas "régulièrement" les bêtes et que ces dérives sont dues à des cadences infernales et un manque de personnel. "Quand on voit cette vidéo, c’est sûr, ça choque", dit l’un d’eux. "Mais on ne donne pas des coups de crochet pendant dix heures tous les jours. Personne ne pourrait faire ça. Ce sont nos agneaux qu’on tue à l’abattoir. Ce sont des bêtes et on est très vigilants. On n’est pas des branques. Ce n’est pas vrai."

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