Sexualité, addictions, culture... Que savons-nous vraiment des ados de la génération Z ?

Sexualité, addictions, culture... Que savons-nous vraiment des ados de la génération Z ?

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ADO - On les dit "ultra-connectés", "ultra-impatients", "ultra-têtus". Mais que connaissons-nous réellement de la génération Z, ces jeunes gens nés après 1995, évoluant à l'abri des codes et des aspirations de leurs aînés ? "Des mutants", comme les appellent certains chercheurs fascinés par leur fusion avec le monde digital, qu'il importe de considérer sans préjugé ni stéréotype.

Mais qui sont ces jeunes "mutants" de la génération Z qui manipulent plusieurs écrans comme dans Matrix, qui trouvent normal d'obtenir gratuitement d'un clic le dernier album de Kanye West, qui regardent les films en plusieurs parties sur YouTube ? On les dit adeptes de jeux vidéos, de super-productions hollywoodiennes, de K-Pop et de LolCat, s'exprimant en acronymes, en anglicismes, en hashtags et surlikant les tutoriels sur YouTube. On a surtout envie de dire "sus aux clichés" ! Cette génération mérite mieux que ces lieux communs. Elle pourrait même s'avérer riche, "existentiellement parlant".


"La grande différence entre la génération Y (personnes nées entre 1980 et le milieu des années 90, ndlr) et la génération Z, c’est que cette dernière est directement née dans la civilisation de l’image", confirme Samuel Dock, psychologue et auteur du livre Punchlines des ados chez le psy, habitué à accompagner les adolescents. "La génération Z n’a pas eu à faire le deuil de cette transition entre une société post-moderne et une société hyper-moderne. Manipulant mieux l'image, elle n’a pas eu à faire le deuil d’un monde qu’elle n’a pas connu contrairement à la génération Y qui, elle, se révèle en deuil perpétuel du rapport à l’autre, d’un certain plaisir de vivre, d’une forme de simplicité qui était sans doute un simulacre."

Et si on arrêtait de les juger ?

Du propre aveu du psychologue clinicien, ce qui tourmente le plus nos adolescents actuels, c’est la quête de sens : comment on fait sien ce monde désenchanté ? Est-ce que ce monde-là est vraiment perdu ? Est-ce qu’il y a encore des raisons de se battre ? Est-ce qu’il faut se révolter ? "On peut aussi faire fi de nos préjugés et respecter leurs désirs, on peut comprendre que c’est fatigant d’être un adolescent aujourd'hui, que c’est fatigant de devenir un adulte dans notre monde actuel et que, oui, c’est fatigant de découvrir la portée de sa finitude".


"Les ados de la génération Z ont des questionnements forts, ils ont des tabous", poursuit Samuel Dock. "La mort est un sujet sur lequel ils ont parfois des difficultés à échanger. Je crois que son ensevelissement par la société de l’entertainement, du like à tout prix, du narcissisme qui refuse de montrer ses faiblesses, ne leur offre pas d’étayage pour réfléchir autour de ce sujet. Le corps aussi est tabou, la façon dont on l’investit, le traite, le soigne... C’est comme s’il valait mieux ne pas en parler. Enfin, les violences peuvent être des tabous. Il n’est pas facile pour les ados de reconnaître une vulnérabilité."

Une génération "anxieuse" mais "solidaire" et "rêveuse"

Plus encore que la génération Y, la génération Z reste aussi et surtout une génération solidaire, qui a besoin de l’autre : "Quand les ados actuels s’engloutissent dans les réseaux sociaux, ils ne sont pas forcément déconnectés de la réalité" insiste Samuel Dock. 


"La plupart du temps, on ne donne pas à l'adolescent l'autorisation de rejoindre ses amis dans le véritable espace social qui est la réalité. Si on lui donne la possibilité de sortir, alors il choisira toujours cette option de quitter son smartphone pour aller vers l'autre, dans son groupe d’élection, son autre famille." 

La série qui revient tout le temps chez les ados, c'est '13 reasons why', à travers laquelle ils se sentent compris.Samuel Dock, psychologue

Une génération qui, dans un monde sombre, puise sa lumière dans la culture, dans les fameux "shōnen" qui font florès. Ces mangas narrant l’histoire d’un héros qui, au départ, n’est rien et qui va réussir à accéder à une autre vie, à advenir : "Netflix attire beaucoup les adolescents" confirme le psychologue. "Pendant les consultations, les patients me parlent beaucoup des séries Sense8, de La casa de papel. La série qui revient tout le temps, c'est 13 reasons why, à travers laquelle ils se sentent compris. J’ai des patients qui s’amusent à suivre des YouTubeurs qui font des résumés de l’actualité politique chaque semaine mais de façon générale, ils ne se reconnaissent pas dans les projets politiques de la France, ils rêvent d’autre chose, je sais que le thème du voyage revient souvent en consultation, avec l’envie de construire quelque chose de mieux, ailleurs."

Allô parents, bobo ?

Et les parents dans tout ça ? Pas trop déphasés par cette génération engluée dans le numérique ? "Si je devais donner un conseil à un parent qui ne comprend pas son enfant, ce serait de dire qu'il faut pouvoir écouter simplement cette transformation, poursuit Samuel Dock. On oublie souvent qu’un adolescent doit se sentir suffisamment en confiance avec ses parents pour pouvoir se révolter. La révolte adolescente n’est pas forcément synonyme de reproches profonds à l’égard des parents mais il peut s’agir d’un remaniement, d'une autre façon de représenter les personnes autour de lui et de se représenter lui-même. On dit que les adolescents s’ennuient beaucoup mais il faut que les parents s’interrogent sur ce qu’ils mettent à disposition de leurs adolescents, pour qu’ils puissent se divertir, pour qu’ils puissent trouver du lien social jusque dans les activités extra-scolaires." 


Et lorsque l'on entend que l'ado de la génération Z est réellement différent de l'ado de la génération Y, qu'il est foncièrement plus précoce, s'agit-il d'un mythe ou d'une réalité ? "Je ressens effectivement cette maturité dans cette génération Z. Il y a une grande vivacité d’esprit chez ces ados, très jeunes, de 13-14 ans, et je la pense liée au flux perpétuel d’informations faisant qu’ils apprennent plus vite. Pour autant, sur le plan sexuel et du rapport à l’autre, je ne pense pas que cela ait foncièrement changé". En d'autres termes, si la société évolue, l'adolescent reste définitivement le même.

"Cinq idées reçues sur la génération Z" par Samuel Dock

  • 1"L'ado est égoiste"

    "On entend souvent que l’adolescent de la génération Z ne s’intéresse qu’à son petit monde et passe son temps à regarder Les anges de la télé-réalité. C’est faux. Très fréquemment, les adolescents me parlent de politique, d’écologie, de transformations sociales. Bien sûr, ils évoquent ce qui les touche dans l’intimité, mais ils sont aussi très observateurs, très critiques, très sensibles sur ce qui se passe dans le monde. Quoi de plus intéressant que d’écouter un être en transformation nous parler d’un monde en mutation ?"

  • 2"L'ado n'a pas d'ambition"

    "On s’imagine que le rêve de l’adolescent aujourd’hui, c'est de faire 'The Voice' ou de devenir YouTubeur. Or, les ados de la génération Z sont pleinement conscients des difficultés du monde hyper-moderne et de la société de l’hyper-consommation, de l’individualisme contemporain, etc. Ils savent que ce sera difficile pour eux de trouver du travail. D’autant que Parcoursup représente une première étape de disqualification forte, prouvant que même lorsque l’on travaille beaucoup, on n’a pas toujours ce que l’on veut. Je les trouve certes anxieux sur le futur mais pas défaitiste. Ils se mobilisent, ils travaillent et ils essaient de construire des projets. 

  • 3"L'ado s'ennuie"

    "On dit de cette génération Z qu’elle n’est pas passionnée et qu’elle s’ennuie rapidement. Je la trouve au contraire en ébullition. Contrairement à ce que l’on croit, c’est une génération qui lit beaucoup. J’ai même un patient qui lit de la poésie et des essais philosophiques, je trouve ça plutôt encourageant et c’est une génération qui est extrêmement créative, qui a besoin de façonner une empreinte sur le monde, de se sentir responsable et maîtresse de son environnement. J’ai des patients qui peignent, qui écrivent, qui font même des petites séries télé, qui imaginent la suite d’un film, qui font de la bande dessinée. En tout cas, ils arrivent à puiser dans la société d’images pour se dévoiler et confier leur univers intérieur. 

  • 4"L'ado est passif"

    "On les assimile à une génération connectée et passive. Pourtant, c’est une génération qui réussit à avoir une distance critique face aux images. Il ne s'agit pas d'une génération ébahie, sidérée face aux images, ils réagissent, ils les critiquent… Et ils puisent dans les représentations culturelles de quoi rendre figurables leurs angoisses."

  • 5"L'ado ne regarde que des pornos"

    "Il faut arrêter de penser que la génération Z passe son temps à consommer des films pornographiques. C'est un cliché que j'entends très, très souvent en consultation. Et que cela pervertirait leur représentation du corps, de la sexualité. Ce n’est pas vrai, j’ai même la sensation que certains ados sont effrayés par ces images. N'oublions jamais que l'adolescence est une période où l’on essaye de se construire une identité et ce n’est que lorsqu’on se sent narcissiquement fort que l’on peut s’engager dans une relation avec l’autre. La sexualité demande une vraie confiance en soi ; ce que les ados n’ont pas forcément. Bien sûr, chaque adolescent est singulier. Mais je ne vois pas une génération d’obsédés sexuels, marqués par les films pornos. Ce n’est pas du tout ce que je ressens, ni ce que j’observe." 

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