Fanch ou Fañch ? Quand la justice refuse un tilde sur le prénom d’un enfant breton

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ÉTAT-CIVIL - La justice a refusé qu'un couple prénomme son fils Fañch sous prétexte que le "n" tildé n’appartient pas à la langue française. Soutenu par des élus bretons qui dénoncent une "discrimination" linguistique, il a décidé de faire appel.

Le petit Fañch pourra-t-il garder son tilde ? Lydia et Jean-Christophe Bernard étaient loin de prévoir un tel emballement au moment de prénommer leur fils comme son arrière-grand-père paternel. En effet, la naissance le 11 mai dernier du petit Fañch (diminutif de François en breton) est au coeur d'une polémique inattendue. La raison : un simple tilde posé sur le "n" de son prénom mais banni par l'état-civil au nom du respect de la langue française. 


Retour sur les faits. L'officier d'état-civil de Quimper oppose tout d'abord un premier refus, retoqué par l'adjointe au maire. C'est alors que le procureur intervient et saisit le tribunal, au nom du respect de la langue française. Le 13 septembre, le jugement tombe : admettre le tilde reviendrait "à rompre la volonté de notre État de droit de maintenir l'unité du pays et l'égalité sans distinction d'origine", tranche le tribunal de Quimper.


A l'appui de son argumentation, il cite la loi du 2 Thermidor An II (20 juillet 1794) qui impose le français comme seule langue de l'administration. Ainsi qu’une circulaire ministérielle de 2014, établissant une liste limitative des signes (accent, tréma, cédille, etc.) "connus de la langue française" pouvant être utilisés dans l'état-civil. Une liste dans laquelle ne figure pas le tilde.

Dans cette région tant attachée à sa culture, une telle affaire interpelle. "Tout le monde en parle en basse Bretagne, il y a une incompréhension totale de la population", assure à l’AFP Bernez Rouz, président du conseil culturel de Bretagne. Ce dernier tient à rappeler que le tilde "a été utilisé couramment en français au Moyen-Âge", citant notamment un édit de Charles IX en 1567 où France est écrit "Frãce". "Il est tombé en désuétude mais n'a jamais été complètement abandonné", souligne Bernez Rouz, prenant pour exemple le mot "cañon".


Au ministère de la Justice, on explique que "l'Académie française avait été sollicitée" lors de l'écriture de la circulaire de 2014 et qu'elle a validé la liste retenue. "L'idée même d'écrire un prénom en français n'a guère de sens car un prénom ne relève pas forcément d'une certaine langue et n'a pas d'orthographe", répond Philippe Blanchet, professeur de socio-linguistique à l'Université de Rennes 2. "C'est un débat d'un autre âge", tranche le député LREM du Morbihan, Paul Molac, qui, avec une vingtaine de députés de la majorité, a demandé au ministère de revoir sa circulaire.


La région Bretagne et le département du Finistère lui ont emboité le pas, en votant des voeux à l'unanimité. Et la famille de Fañch, qui a fait appel, est soutenue par l'association Skoazell Vreizh (Secours Breton), qui paiera les frais de justice grâce aux dons. "On va aller jusqu'au bout, il aura son tilde", assure le père.

L'histoire de Fañch a par ailleurs trouvé un écho au Pays basque où Alexandra Ibañez, 33 ans, n'a pas pu léguer le tilde de son nom de famille à son fils Ronin. "Sans ce tilde, ce n'est plus le même nom. C'est comme une faute d'orthographe", dit-elle. Via sa page Facebook "Touche pas à mon n tildé", elle a fait connaissance avec de nombreux parents dans la même situation, pour leurs enfants Aña ou João.


L'affaire Fañch devrait être jugée en appel en 2018. Le combat est loin d'être gagné d'avance. Dans les années 2000, les parents de Martí (prénom catalan avec un accent aigu sur le i) avaient essuyé revers sur revers, jusque devant la Cour européenne des droits de l'Homme...

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