Fashion Week : les mannequins "grande taille" sur les podiums parisiens ? "Ça va venir", selon le top Clémentine Desseaux

Fashion Week : les mannequins "grande taille" sur les podiums parisiens ? "Ça va venir", selon le top Clémentine Desseaux

ÉVOLUTION - Alors que les grandes maisons de luxe ont signé une charte de "bonne conduite" s'engageant à ne plus faire défiler de femmes trop maigres, la France demeure encore un peu frileuse en matière de diversité physique sur les podiums. Contrairement aux Etats-Unis où les mannequins "grande taille" ont le droit de citer durant la Fashion Week, Paris persiste à faire défiler, presque exclusivement, des mannequins filiformes. LCI a tenté de comprendre pourquoi.

Personne n'a oublié la sentence du couturier Karl Lagerfeld, prononcé en 2013 : "Personne n'a envie de voir des femmes rondes sur les podiums. Ce sont de grosses bonnes femmes assises avec leur paquet de chips devant la télévision qui disent que les mannequins sont hideux. La mode, c'est le rêve et l'illusion". Pourtant, les frontières bougent. Début septembre, les groupes Kering (Saint Laurent, Balenciaga, Gucci …) et LVMH (Dior, Louis Vuitton, Loewe, Céline, Givenchy, Kenzo…) signaient une charte commune dans laquelle ils s’engagent à ne pas recourir à des mannequins de moins de 16 ans et de taille inférieure à 34, entre autres mesures. 

Une mesure saluée par l'ensemble de la profession et pourtant, pourtant, les physionomies n'ont pas vraiment changé, sur les podiums des défilés, depuis le début de la Fashion Week. Quatre ans après, la donne est toujours la même : en France, faire défiler les mannequins "grande taille" demeure une exception. Pour quelles raisons ? 

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Qu'est-ce qu'une taille "plus size" ?

Selon le site de la marque spécialisée, Navabi, un modèle grande taille doit mesurer 1.70 minimum et avoir des mensurations comprises entre le 42 et le 46. Une silhouette avec des formes harmonieuses et un corps proportionné. Mais comme une mannequin classique, elle se doit d'avoir un joli visage, des pommettes hautes et une peau parfaite. Elle se doit également de maintenir sa taille. 

Ashley Graham, la superstar des modèles "plus size"

Depuis le début de la semaine de la mode à Paris, deux marques ont fait défiler des modèles aux formes rondes : Jour/né et Koché. Contrairement à New York, Paris semble encore réticente à faire porter ses vêtements par des femmes au physique généreux. Depuis plusieurs saisons, la grosse pomme a pris une longueur d'avance sur les autres capitales de la mode, justement, en faisant défiler la superstar des mannequins "plus size" : Ashley Graham. 

Avec sa taille 48 et ses 5,2 millions d'abonnés sur Instagram, le mannequin a marqué de sa présence cette semaine de défilés américains en compagnie d'un autre mannequin XL, Candice Huffine, qui a défilé pour Prabal Gurung, Fenty et Christian Siriano : un créateur qui a également fait défiler Precious Lee, "plus size" noire. Des marques de prêt à porter pas franchement connues pour être sur le créneau "grande taille". 

Dans un secteur extrêmement conservateur dans le domaine, on remarque poutant que depuis quelques temps, ces femmes pulpeuses ont de plus en plus de succès sur Internet, dans les magazines de mode. Un engouement auquel les réseaux sociaux ne sont pas étrangers, semble-t-il.

Pour Clémentine Desseaux, 29 ans et modèle "grande taille" française installée aux Etats-Unis, "les réseaux sociaux ont eu un énorme rôle dans le développement de cette industrie et dans notre société en général. Les mannequins n'ont plus seulement une image inaccessible, uniforme et irréelle mais sont devenues une présence forte et affirmée. Le look "off duty" (de tous les jours) et la personnalité sont aussi importants voire plus importants que les qualités de mannequins. D'ailleurs on voit de plus en plus d'individus être utilisés comme mannequins alors qu'ils ne correspondent pas du tout à l'idée que l'on s'en fait. Toutes les tailles, couleurs, types... tout plait et tout est possible aujourd'hui", analyse-t-elle pour LCI. 

Même aux Etats-Unis, ce n'est que le début. Paris suivra.- Clémentine Desseaux

Si tout est possible, les plus grands noms de la Fashion Week de New York, de Tom Ford à Calvin Klein en passant par Alexander Wang laissent pourtant porte-close à ces mannequins. Même chose, semble-t-il pour la France. Mais pour Clémentine Desseaux, "on a toujours fait la même chose qu'aux USA mais 10 ans après... donc ça va venir. C'est la première année où l'on voit une vraie diversité sur les défilés, à New York, avec près d'une centaine de passages "non taille mannequin", tous défilés confondus. Donc même chez nous ce n'est que le début. Paris suivra. Ils n'auront pas le choix". 

Pour elle, pas d'inquiétude à avoir : "la donne changera d'elle-même", à Paris. "Cette année ma copine Paloma a défilé pour JOUR/NE. C'est un petit début", dit-elle. En effet, les trois créateurs âgés de moins de trente ans, ont présenté leur collection mardi 29 septembre dernier, et milieu des mannequins longilignes a ainsi défilé une jeune femme aux formes généreuses, qui n'est pas un mannequin professionnel", a indiqué la griffe. "C'est une amie de la maison", précise la marque.

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A Paris, le créateur Jean Paul Gaultier avait surpris la planète mode en montrant des femmes aux physiques très différents et en faisant défiler des personnalités comme la chanteuse Beth Ditto, en 2010 et plus récemment, la marque Jour/né a affiché sa volonté de ne "pas se cantonner à un modèle" de femmes. Pourtant, un marché de la mode "grande taille" existe bel en bien en France. Selon l'Institut Français du Textile et de l'Habillement (IFTH), la taille la plus vendue en France est le 40 et plus de 40% des femmes portent du 44 et plus. Il est vrai que le marché paraît plus restreint dans l'hexagone qu'aux Etats-Unis, car là-bas, la taille moyenne est le 44. 

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Alors ces mannequins travaillent-elles vraiment comme des mannequins aux physiques classiques ? Pas vraiment, à en croire la créatrice de BonjourClem. "Le niveau de reconnaissance des mannequins 'plus size' est moins important que celui des mannequins dits 'classiques'. À quelques exceptions près comme Ashley Graham, mais je pense que c'est la seule pour le moment". 

 "Aux USA, il n'a quasiment plus de différences. La diversité des jobs auxquels nous avons accès est le seul gros point de différence", précise Clémentine Desseaux. "Nos jobs sont principalement dans les catalogues, campagnes spécialisées mais très peu de campagnes "classiques" comme dans le secteur de la beauté, par exemple", dit-elle. Il reste donc un bon bout de chemin à parcourir avant que ces professionnelles soient autant considérées que des mannequins "classiques". 

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