Fermer Fessenheim : le mirage vert de François Hollande

Fermer Fessenheim : le mirage vert de François Hollande

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ENERGIE - Des dizaines de militants de Greenpeace ont fait mardi une spectaculaire intrusion dans l'enceinte de la centrale de Fessenheim (Haut-Rhin) afin de réclamer une nouvelle fois la fermeture de la doyenne du parc nucléaire français. Une promesse, réitérée maintes fois par le président, qui s'éloigne un peu plus chaque jour.

Lui président, il a promis de fermer la centrale nucléaire de Fessenheim. Cet engagement de François Hollande, le n°41 de sa campagne, est avant tout un symbole : fermer la doyenne des centrales françaises, c'est amorcer la transition énergétique du pays promise par le président (ramener à 50% la part du nucléaire dans la production d’électricité d'ici 2025). Et tourner le dos au nucléaire. Mais c'est aussi un gage politique, une des conditions réclamées par les Verts en échange d'une alliance avec le PS en 2012.

Mais voilà. Moins de deux ans après, la promesse semble intenable. Et après une série de rétropédalages sur les dossiers écolos , le doute plane chez les Verts sur la volonté de François Hollande de boucler ce dossier. Ses priorités semblent ailleurs. Pourtant, il l'a dit et redit : "la fermeture aura lieu fin 2016". Le discours officiel n'a d'ailleurs jamais changé. Mais les obstacles, eux, se sont bel et bien accumulés.

Une facture surprise

D'abord par ce que la dangerosité supposée de la centrale, qui justifiait à l'origine sa fermeture, n'a pas été reconnue par l'Autorité de sûreté nucléaire (ASN). Le ministère de l'Ecologie a lui-même dû le reconnaître, dans un document datant d'octobre 2012 . Une nouvelle donne qui s'est révélée utile à EDF. En mai 2013, l'exploitant de la centrale alsacienne obtient ainsi le feu vert de l'ASN pour les dix prochaines années.

Autre conséquence : l'entreprise (détenue à 80% par l'Etat français) peut désormais demander une indemnisation à l'Etat si celui-ci ferme la centrale. Ce que son PDG Henri Proglio a promis de faire. C'est ainsi qu'une facture qui se chiffre en milliards d'euros plane au-dessus de la promesse de François Hollande. Un coût exorbitant pour un Etat déjà étranglé financièrement.

Des délais qui semblent intenables

Le gouvernement n'a alors pas d'autre choix : s'il veut fermer Fessenheim, et forcer la main d'EDF, il lui faudra passer par une loi. Qu'à cela ne tienne. Début 2014, Jean-Michel Malerba, le nouveau "Monsieur Fessenheim", annonce que le cadre juridique de la fermeture figurera dans le fameux projet de loi de programmation sur la transition énergétique. Sauf que son calendrier demeure flou. Reporté d'ici à fin 2014 (après un parcours chaotique ), il ne figure pas dans la lettre de cadrage 2014 du ministre de l'Ecologie , Philippe Martin. Le "cas Fessenheim" semble avoir disparu des écrans radars.

Les délais, de toute façon, semblent intenables : l'ASN considère en effet qu'il faut cinq ans pour fermer une centrale. Il sera donc difficile d'y parvenir à Fessenheim avant 2018. Et dans l'hypothèse où les deux réacteurs alsaciens seraient effectivement mis à l'arrêt avant la fin du quinquennat, ils ne seraient pas considérés, d'un point de vue réglementaire, comme à l'arrêt définitif. Ce qui laisserait donc la possibilité à une nouvelle majorité de relancer la machine après 2017.

Les Verts ne cachent pas leur inquiétude. "Si le texte de loi (sur la transition énergétique) est mauvais, alors cela marquera notre rupture avec le gouvernement", prévient ainsi dans le JDD la secrétaire générale d'EELV, Emmanuelle Cosse, fin février. Une petite piqûre de rappel à l'attention de François Hollande, que Greenpeace s'est chargé de réitérer à sa façon ce mardi, avec son action coup de poing dans la centrale. Que les écologistes ont gratifiée de leurs félicitations . La cohésion de la majorité ne tient plus qu'à un fil, qui s'appelle Fessenheim.

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